Sphère émotionnelle

BDSM : introduction

BDSM : introduction

BDSM : introduction

Introduction au BDSM. 

Derrière son terme générique, le BDSM surfe sur la vague des sexualités dites alternatives encore récemment définies comme paraphilies par le DSM (Diagnostic and Statiscal Manual of Mental Disorders) et se décline en une multitude de pratiques à caractère sexuel ou non.  

Hors du champ lexical gravitant autour de cet univers, il peut s'avérer délicat, voire impossible de donner une définition au BDSM. Ses multiples variantes (Bondage/Shibari, sadomasochisme, contraintes, discipline, laudation…) rendent la chose difficile et les adeptes de ces différentes pratiques ne nous éclairent pas davantage, limitant parfois l'univers BDSM à leurs seules représentations. Quant aux sexologues, sociologues, psychologues et psychanalystes, leurs études ne livrent le plus souvent qu'une vision académique, ardue à comprendre ou tout au moins à transposer à sa propre expérience, études parfois privées de l'élément qui fait parfois la différence entre celui qui sait et celui qui connaît : la pratique. Mais quel professionnel peut se prévaloir d'une expérience couvrant tous les thèmes que traite la sexologie ? En revanche, il est indispensable d'aborder la question avec recul dès lors que l'analyse se base sur son expérience personnelle et ce pour des raisons évidentes, au risque de se ranger dans la catégorie précédemment citée.

Face à la récurrence des critiques, beaucoup ont adopté un tout autre leitmotiv, à savoir "À chacun son BDSM !", dans la mesure où prime la notion de consentement. Pourtant, ce desideratum de liberté appelle en contrepartie toutes sortes de lois. La pratique du BDSM est extrêmement codifiée, à la Majuscule/minuscule près. Quel paradoxe ! Et les paradoxes, cet univers n'en manque pas. Hormis quelques initiés, qui associeraient spontanément les concepts de liberté et d'entrave, de plaisir et de douleur, de respect et d'humiliation, d'égalité et de soumission ? Quels ne sont pas les témoignages et les commentaires glanés par nos soins sur les tribunes dédiées, regorgeant de ces apparentes contradictions ?

Jamais je ne me sens plus libre que lorsque mon Maître me possède, attachée, immobilisée, livrée corps et âmes à ses fantasmes, aux moindres de ses désirs ! 

Libre de s'abandonner, contrainte à la jouissance. C'est le B.A BA, toutes les personnes soumises vous le diront, l'empêchement comme l'obligation stimulent, émancipent, on "joue à faire semblant", mais on en jouit vraiment. Ces contraintes ouvrent grand les portes du plaisir et de la volupté en titillant des penchants et pulsions plus ou moins enfouis, plus ou moins refoulés. 

Des mises en situation censées révéler, canaliser, parfois exorciser, contribueraient à l'équilibre voire, dans certains cas, à la guérison intérieure. C'est un peu le principe, par exemple dans un autre registre, de la Gestalt thérapie, (de la famille des thérapies psychocorporelles) qui utilise souvent le jeu et la mise en scène. Dans le cadre du rapport de domination/soumission, il n'est pas rare de rencontrer des cas où la personne soumise dit ressentir un état général de bien-être, de légèreté et de joie indicibles, délestée de la charge des responsabilités, du poids de la prise de décisions, elle s'en est remise à ce tiers qu'elle vouvoie, qu'elle vénère et qui décide pour elle jusqu'à l'endroit et l'instant où elle devra uriner.

Ce qui peut sembler complètement aberrant aux non-initiés trouve pourtant sa justification chez les pratiquants BDSM qui ne sont, pas plus que la moyenne, des déséquilibrés dangereux pour la société et pour eux-mêmes. C'est ce que tend à démontrer une étude : Caractéristiques psychologiques des praticiens du BDSM, réalisée par Andréas Wismeijer et Marcel van Assen, publiée en 2013. Après avoir interrogé 902 pratiquants BDSM et 434 personnes à la sexualité dite plus classique (sans qu'aucun ne sache le véritable objectif de l'expérience), l'étude a révélé que les adeptes du BDSM étaient notamment plus extravertis, plus ouverts à de nouvelles expériences, moins névrosés et moins angoissés que les autres.

De facto, du moins du point de vue de la raison, rechercher le plaisir autour, voire au-delà de certaines limites exige d'être absolument sain d'esprit, mais est-ce toujours le cas ? Assurément non, ce qui oblige à plus de prudence quant à la personne à laquelle on confie sa sécurité physique et psychologique. 

Soyons très clairs, les pratiques liées au BDSM sont toutes, sans exception, des pratiques à risque. Si l'application d'une bonne fessée cul-nu n'a rien en soi de très périlleux, l'utilisation de lames, cordes, aiguilles, cires et autres instruments électriques et/ou médicaux, les diverses méthodes de suspension, d'étouffement ou d'étranglement simulés n'ont rien d'anodin et sont potentiellement dangereuses. Les faits divers sont là pour nous rappeler que les mauvaises pratiques BDSM sont source d'accidents mortels. Les risques sont légion et peuvent être liés à la méconnaissance des pratiques elles-mêmes mais pas seulement. Une hygiène irréprochable doit être observée pour lutter contre la transmission des IST ; la désinfection systématique du matériel avant et après chaque séance, voire son remplacement, sont parmi les règles qui doivent être scrupuleusement observées. Élémentaire ! D'autres dangers, moins visibles, sont intrinsèquement liés à la pratique BDSM et relèvent du domaine psychologique. Par définition, le rapport D/s (dominant/soumis), implique une emprise psychologique et bien que les rares études sur la question de l'équilibre mental des pratiquants BDSM tendent à démontrer le contraire, les cas ne sont pas rares où la domination d'une personne naïve ou fragile prend des airs pervers et conduit à la mise en danger de son intégrité physique et mentale. Graves dépressions, suicides, faillites personnelles, désocialisation, rupture familiale, sont les conséquences directes d'abus caractérisés, tombant par ailleurs sous le coup de la loi et n'ayant rien à voir avec une relation D/s, saine, responsable, basée sur le respect et la confiance mutuels. Fort heureusement ! 

Mais de là à prétendre que les bdsmeurs(es) sont plus équilibrés que les "vanilles", il y a un monde et ce monde, c'est celui du non-dit, de l'inconscient, de l'insondable et, accessoirement dans le contexte d'une étude, de l'insondé. En effet, un principe de précaution élémentaire consiste à se méfier, à priori, d'une tendance têtue à vouloir imposer comme étant normal voire supérieur, ce qu'un large consensus reçoit comme étant anormal, ou tout au moins hors normes, pour les plus tolérants. Dans le cas de cette étude supposée révéler une différence d'équilibre émotionnel entre pratiquants BDSM et non BDSM, on ne peut que s'interroger. S'il est fait mention de l'ignorance des participants du but de l'étude, il va sans dire que le choix du panel comme des questions, constitue déjà en lui-même un début d'indication. Si je suis sélectionné sur un site BDSM, je me doute bien qu'il s'agit de me positionner par rapport à mes semblables "vanilles". Cela ne suffirait-il pas à orienter mes réponses pour faire pencher la balance de l'ombre vers la lumière ?

Chercher à dédramatiser, à démystifier des pratiques sexuelles jusqu'alors jugées comme déviantes, perverses et ne pouvant être le fait que de dangereux détraqués est une chose, faire une vérité absolue du résultat d'une étude aux contours flous et à l'objectivité indéfinie en est une autre. Bien sûr, les pratiquants de sexualités alternatives ne sont pas (en principe) des individus plus dingues que les autres, mais en faire de "meilleurs" spécimens, plus équilibrés, presque plus "normaux" relève du prosélytisme et ne peut qu'accentuer davantage encore les clivages existants.

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