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BDSM : Le consentement

BDSM : Le consentement

BDSM : Le consentement

BDSM : qu'est-ce que le consentement ?

Dans le domaine moral, le consentement se rapporte à un acte libre de la pensée par lequel on s'engage entièrement à accepter ou à accomplir quelque chose. Du point de vue de la sexualité, et notamment sur le plan juridique, la notion de consentement permet de distinguer ce qui relève du viol de ce qui relève d'un acte sexuel consenti. Plus qu'en tout autre domaine d'expression érotique, le consentement dans une relation BDSM est une notion aux contours parfois mal définis bien que largement convoquée. 

Le contrat de soumission qui lie les deux partenaires est supposé énumérer et encadrer les pratiques réalisées au cours des séances et parfois, plus généralement, la conduite de la personne soumise dans les actes les plus anodins de son quotidien. Mais est-ce aussi simple ? De quel type de liberté de consentement dispose réellement la soumise ? Pour répondre à cette question importante, nous pensons essentiel de considérer non pas seulement le fait de consentir, mais tout autant les raisons qui nous y poussent. L'acte consenti résulte-t-il du désir ou de la volonté ? Plus clairement, prenant l'exemple de l'une des pratiques BDSM les plus répandues, la question peut se poser en ces termes : "Je n'ai pas le désir d'être exhibée lors d'une soirée dans un club, mais j'ai la volonté de satisfaire ce désir de mon maître, ce pourquoi j'y consens." Le consentement exprimé ne parle pas tant du désir dirigé vers soi que de la volonté dirigée vers le désir de l'autre, parfois identifiée à son désir propre. 

Volonté et désir sont deux processus différents pouvant parfois s'opposer.

Ils peuvent s'opposer lorsque par exemple, l'on veut quelque chose sans vraiment le désirer, ou lorsque l'on désire quelque chose, sans vraiment le vouloir. Par exemple, on pourrait éprouver le désir d'inviter une tierce personne à partager les ébats de son couple, mais ne pas vouloir le faire pour ne pas blesser son/sa partenaire. Ou l'on pourrait ne pas désirer repasser la pile de linge qui s'accumule dans le dressing, mais vouloir le faire par obligation.

Alors le consentement d'une personne soumise doit-il porter sur la notion de désir ou celle de volonté ? Les deux sont-elles d'ailleurs si différentes ? Souvent confondus, ces deux concepts ne se structurent pourtant pas de la même façon. Le désir est un élan spontané qui porte vers un objet, une personne, une situation. Selon Freud, il émanerait pour partie de l'inconscient et serait la recherche d'une satisfaction vécue antérieurement, associée à une représentation et dont la force conditionnerait la façon dont l'individu construit ses relations avec autrui. Quoi qu'il en soit, le désir peut être assimilé à une envie, une inclination, ou même à un besoin. Il appelle une satisfaction rapide et vise une sensation de plaisir plus ou moins immédiate. La volonté, qui émane du conscient, semble davantage faire appel à la notion d'effort, pouvant même figurer une lutte intérieure. Arrêter de fumer fait appel à la volonté alors que le désir de fumer, combiné au besoin de nicotine harcèle le fumeur. 

La volonté peut être également l'unique condition de la réalisation du désir en ce sens que seul l'effort conduira à sa satisfaction. Désirer être plus mince convoque la volonté de résister à la gourmandise, comme désirer satisfaire son maître convoque chez la soumise la volonté de consentir à ses désirs, même au détriment des siens. Dans ce cas, le consentement est fondé sur le désir du maître et la volonté de la soumise est de lui plaire, de "lui faire plaisir". 

L'objet du désir de la soumise est ainsi réduit à la satisfaction de celui du maître puisqu'elle a abandonné entre ses mains sa volonté propre. Alors s'agit-il d'un consentement fondé sur le désir ou sur la volonté de la soumise ? La réponse est qu'il peut être fondé à la fois sur l'un et sur l'autre, par procuration en quelque sorte, parce que dans l'absolu et en théorie, la soumise désire plus que tout satisfaire son maître et dans ce but, elle engagera l'effort de volonté. De plus, si l'on considère la nature d'une relation D/s, il devient extrêmement difficile de plaider le consentement par le désir de la soumise dont la condition la ramène précisément à l'état d'être non désirant. En tant que soumise, elle aura consenti, à priori, à obéir à son maître, à ne rien exiger, ne rien vouloir, ne rien désirer pour elle-même, pas même son propre plaisir. Il n'est donc pas exagéré de prétendre que l'acceptation du contrat, écrit ou non, qui lie soumise et dominant revient d'une certaine façon, à la signature d'un chèque en blanc en matière de consentement. 


Toutefois, il nous faut garder à l'esprit que le consentement d'un individu ne saurait relever d'une absolue liberté, laquelle implique une parfaite transparence de soi-même et l'absence de toute contrainte intérieure comme extérieure. Et comme nous le précisions lors d'un précédent article, il est de la responsabilité du dominant de discerner ce qui peut se dissimuler derrière un oui, alors qu'il lui sera sans doute plus naturel de chercher à savoir ce qui se cache derrière un non. Michela Marzano, chercheuse, philosophe et écrivaine italienne contemporaine a également mis l'accent sur la complexité du consentement, attendu qu'il paraît impossible de réduire la personne à ce qu'elle dit, compte-tenu qu'elle n'est ni transparente à elle-même, ni totalement libre et que, pour autant, cela n'autorise pas à nier sa parole en prétendant savoir pour elle et mieux qu'elle, ce qu'il en est de son désir (Marzano, 2006).

Il est donc délicat, hors champ des éléments de contrainte tels que la tromperie, l'abus de faiblesse, la manipulation perverse etc., de déterminer la valeur du consentement d'une personne soumise, y-compris pour elle-même. Et si Kant associe la notion de consentement à celle de dignité humaine, celle-ci prend un tout autre sens dans les contextes d'humiliations pratiquées dans le cadre d'une séance BDSM consentie. Pour le philosophe, dignité, liberté, autonomie et respect sont associés à l'idée d'une transcendance qui dépasserait tout être humain, ce à quoi les pratiquants BDSM peuvent aisément apposer leur propre vision, à priori tout à fait conforme à cette idée. 

Mais comme nous l'avons souligné précédemment, le consentement peut, dans certains cas, être invalidé par un vécu infantile traumatique. Dans son étude traitant du consentement sexuel, David Simard, philosophe et psycho-sexologue, relève que les études d'associations abolitionnistes révèlent que la plupart des personnes exerçant un travail sexuel ont subi des abus dans leur enfance, souvent de nature incestueuse (ou, à défaut, des carences affectives, ce qui étend considérablement le champ des personnes concernées). Ce constat n'est pas sans évoquer l'objet de notre sondage qui a révélé que 45% des personnes interrogées avaient été victimes d'abus sexuels, bien que 15% d'entre elles affirmaient qu'il n'y avait aucun lien entre leur traumatisme et leur attirance BDSM. Il semble donc bien exister un déterminisme psychologique qui prédispose certaines personnes aux préférences sexuelles BDSM, comme il prédispose d'autres personnes à la prostitution. Selon les nombreuses recherches effectuées, les prostituées ont un lourd passé traumatique et une histoire d'abus sexuels chroniques (Poulin, 2003).

Cette parenthèse, pouvant paraître subsidiaire, au contraire nous a semblé incontournable, puisque touchant à une dimension centrale de l'univers BDSM. La notion de consentement, comme nous venons de le voir, dépasse de beaucoup les habituelles considérations la réduisant à la verbalisation d'un simple oui, car elle se veut garante de l'équilibre psycho-sexuel des personnes engagées dans une démarche dont elles ne mesurent pas toujours le potentiel destructeur pas plus qu'elles n'en discernent, pour certaines, l'origine psychologique.

En conséquence, tout réside dans la relation de confiance établie entre les deux partenaires, faisant que chacun saura respecter l'autre, tant du point de vue de sa sensibilité, de ses attentes, que de ses limites physiques et psychologiques connues. Et dès l'instant où la personne soumise se trouvera en situation de souffrance non désirée sans que la dominante n'en prenne acte et n'adapte son comportement, il conviendra de recadrer la relation ou, si cela s'avère impossible, d'y mettre un terme. Car tout le développement de ce sujet pourrait être contenu dans la citation de cette autre philosophe, Geneviève Fraisse  :

Le spectre du consentement va de "adhérer à",  à "se résigner à" (Abolition 2012, 2013). 

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