Sphère émotionnelle

BDSM : quelle domination ?

BDSM : quelle domination ?

BDSM : quelle domination ?

Les paysages où s'exerce la relation D/s sont multiples et variés. 

Cela étant, la plupart du temps ils s'imbriquent les uns les autres dans un agglomérat de pratiques, ce qui n'est d'ailleurs pas du goût des puristes pour lesquels les lettres de noblesse du BDSM s'acquièrent dans un cadre strict, voire psychorigide. Certains regrettent :

Le BDSM est devenu une référence fourre-tout au niveau des pratiques, sauf que n'utiliser qu'une partie de ces pratiques ne fait pas tout. 

Alors on se demande : qu'est-ce qui "fait tout" ? Dans la majorité des cas, les témoignages convergent plutôt vers un panel de pratiques choisies en fonction d'aspirations personnelles partagées. Alors domination physique ou cérébrale ? Avec ou sans sexe ? Avec ou sans punitions corporelles ? Avec ou sans protocole ? Avec ou sans humiliations ? D'autant que d'autres variables concernent non plus seulement les pratiques en elles-mêmes mais les titres souvent de rigueur (Monsieur/Madame, Maître/Maîtresse) ainsi que les grades (Dominant/Maître, soumise/esclave), jusqu'au mode opératoire (éducation/dressage), avec toujours un phénomène de graduation dans l'intensité et l'implication.

Fatalement, si l'on recherche l'information immuable, infaillible, révélant les codes et règles en matière de D/s, on aura toutes les peines à la trouver, quels que soient les sites visités, y-compris ceux faisant référence. Pourquoi ? Parce qu'il n'en existe pas. Sauf à remonter plusieurs siècles dans l'histoire du BDSM, certaines de ces règles et protocoles nous renverront aux us et coutumes communément admis par la majorité des pratiquants. Par exemple, quels détails nous indiquent que l'on est dans le cadre d'une relation D/s ? Certains signes visibles : laisse, collier, postures d'infériorité, utilisation du vouvoiement, rituels d'appartenance, contrat. Mais à mesure que se démocratisent ces pratiques, les règles et protocoles tendent à s'assouplir, jusqu'à finir par se diluer.


La domination dite "cérébrale"

Chaque relation D/s a sa couleur, sa particularité, son histoire. Toutefois, certaines excluent toute pratique de type SM (flagellations, cire, pinces, contrainte, bondage etc.), même celle du spanking (fessée), qui n'a pourtant rien de bien extrême. Même si de fait et par définition, le rapport de domination est cérébral, certains pratiquants aspirent à élever la domination sur un plan purement et strictement cérébral. Que faut-il comprendre de cette spécificité de domination ? À priori que la punition, en cas de non observance des règles, sera davantage orientée vers des pratiques dites d'humiliation (exhibition dite forcée, urolagnie, cages, enfermement…), ou de frustration (privations diverses, interdiction d'orgasme, ceinture de chasteté) plutôt que vers des punitions corporelles de type flagellation ou fessée. Le dominant exigera par exemple de sa soumise qu'elle marche à quatre pattes, qu'elle mange et boive dans une gamelle de chien. Elle pourra aussi servir de table, de lampe, léchera avec application ses pieds etc. Le dominant pourra aussi exiger d'elle une masturbation publique (lieux dédiés ou non), ou une exhibition, lui imposer le port d'un plug anal ou de boules de Geisha lors d'une soirée, l'offrir comme objet sexuel, les situations n'ayant pour limites que celles de l'imagination.

Le but de l'humiliation et de son acceptation est avant tout une recherche de dépassement de soi qui se transforme en excitation et en plaisir. "Lorsque Mon Maître m'humilie, je me sens toujours plus possédée, Notre lien est renforcé et c'est ce qui me permet l'acceptation et le dépassement de mes limites." 

Ce qui interpelle ici, c'est le "dépassement de limites" assimilé au "dépassement de soi". Pourtant, comme la peur, les limites - qui ne sont pas systématiquement des blocages - ont une fonction, celle de protéger le corps et/ou l'esprit contre des situations pouvant leur être préjudiciables. Dans le cadre d'une relation D/s où l'emprise psychologique est puissante, la personne soumise pourra consentir à certains scénarios car elle les assimilera à ses désirs propres "enfin révélés". Elle pensera donc avoir découvert "grâce à son Maître", une part d'elle-même alors qu'en réalité, elle aura obéi à la seule volonté du dominant auquel elle aura abandonné sa volonté propre et qui exercera sur elle son ascendance.

Si la plupart du temps les diverses expériences de soumission et d'humiliation sont vécues sans trop de conflits intérieurs, il peut arriver qu'une fois la relation terminée (dans de plus ou moins bonnes conditions), un sentiment pesant de honte assorti d'un profond dégoût de soi anéantissent littéralement la personne humiliée, lui occasionnant une blessure narcissique profonde. L'autre dimension de la relation BDSM, et non la moindre, rend plus périlleuse encore la pratique de l'humiliation. Il s'agit de la dimension amoureuse. S'il peut s'avérer imprudent de franchir certaines limites dans le cadre d'une relation D/s classique, que peut-il en être quand cette relation est construite sur les fondations du sentiment le plus "risqué" qui soit : l'amour ? Le danger est celui de la double peine, être à la fois dégoûté de soi et déconnecté de sa propre capacité à aimer et être aimé. 


Education ou dressage ?

Divers et variés sont les points de vue sur la question de cette nuance aux contours flous, que tout pratiquant BDSM est pourtant supposé faire entre éducation et dressage. Pour les uns, le dressage précède l'éducation :

Pour moi une relation D/s commence par une éducation, afin que le soumis soit conscient des règles mises en place par son dominant.

D'autres n'y trouvent aucune différence alors que certains feront une distinction d'ordre pédagogique entre les deux termes :

L'éducation consiste à (faire) acquérir un ensemble de connaissances et de codes. Le dressage lui, a une vocation systématique qui vise un comportement automatique. Il est question d'acquisition de réflexes. S'il peut être question de pédagogie et d'argumentation dans le cadre de l'éducation, le dressage implique au contraire d'éviter la case "réflexion" pour obtenir une réaction simple et directe après un stimulus particulier. 

Mais dans de nombreux cas, ce que l'on appelle éducation n'est en réalité qu'un dressage accompagné d'une justification : "C'est pour ton bien" (ou, pour les poètes, un rappel étymologique sur "ex ducere"…), encore faut-il avoir discerné ou s'arrête l'éducation et où commence le dressage et surtout savoir différencier les deux.

L'éducation et le dressage relèvent du même type de relation que nous, braves gens aussi libéraux que civilisés, avons juste du mal à assumer. J'ai beaucoup de mal avec le dressage, précisément parce que ça renvoie à l'éducation (et non parce que ça s'en éloigne). 

Pourtant, l'éducation relève bien de la construction de l'autonomie du sujet par l'acquisition de ce qui est bien ou mal, approprié ou pas. On éduque un jeune enfant en partant de ce principe. Le dressage en D/s lui, vise à générer des automatismes, des réflexes, ce qui par nature s'oppose à l'idée d'autonomisation. Le plus logique serait que l'éducation précède le dressage puisqu'il s'agit d'apprendre les bases, de poser le cadre de la relation (d'où l'intérêt du contrat). Le dressage consisterait ensuite à accepter volontairement de ne plus pouvoir sortir de ce cadre. Le contrat signé, on s'y tient ou on le dénonce.

Mais il peut également s'agir d'une conception de niveau tout comme le mot esclave est d'un niveau supérieur à celui de soumis(e). L'esclave serait alors le fruit d'un dressage quand la soumission serait le résultat d'une éducation. Ce qui influencera le curseur, ce sont les circonstances, la nature de la relation, la part de dévouement et d'absolu que constitue un abandon confiant et véritable. Certains l'oublient dans leur analyse car si l'obéissance ne résultait que d'un conditionnement cela ne serait que pure tyrannie et non une soumission volontaire. 

En résumé, voici ce que l'on peut retenir de la question de l'éducation/dressage BDSM : l'éducation requiert la participation active de l'éduqué tout au long du processus. Le dressage, dans le contexte qui nous intéresse, requiert son accord initial sur les règles établies, un point c'est tout. L'éducation consiste à transmettre à l'apprenant un ensemble de savoirs. Le dressage vise plutôt à supprimer les freins pour les remplacer par un ensemble de comportements automatiques. Punir dans un cadre d'éducation est facultatif voire contre-productif. Le faire dans un contexte de dressage est un élément clé de l'acquisition de ces comportements automatiques. Il est donc peu probable qu'il s'agisse du même mot, du même concept, de la même idée, en dépit des nombreuses confusions qui ne manquent pas d'en découler.

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