Sphère émotionnelle

BDSM : Rapport supérieur/inférieur dans une relation D/s

BDSM : Rapport supérieur/inférieur dans une relation D/s

BDSM : Rapport supérieur/inférieur dans une relation D/s

Rapport supérieur/inférieur en D/s - Parole de Dominant 

La dimension D/s d'une relation serait-elle une négation de l'égalité, les rôles étant de fait distribués, ou un déni de l'inégalité, celle-ci n'étant pas assumée car maquillée en apprentissage, lui-même justifié par une certaine "mystique" BDSM ? Après tout, ainsi va le monde et son fameux "ordre social", alors on est en droit de s'étonner de ce tabou observé sur différents espaces, sites, forums, à ne pas vouloir reconnaître qu'il y a forcément un rapport supérieur/inférieur dans une relation D/s. 

Certains tournent en dérision la prétention "socratique" des dominants à accompagner les soumis sur le chemin de la connaissance de soi. Même combinée aux lieux communs sur la domination-qui-serait-en-fait-soumission et la soumission-qui-serait-en-fait-domination, cette pseudo-pédagogie cache mal la persistance d'un rapport de force bien réel entre ceux qui posent les règles du jeu en se réclamant des codes BDSM (le terme même de "BDSM" faisant lui-même office de justification) et ceux qui prennent ces règles trop au sérieux pour se souvenir qu'elles ne tombent pas du ciel, et donc s'inclinent coûte que coûte, persuadés qu'il en va de leur identité.

On est bien d'accord pour reconnaître que les situations du quotidien regorgent de rapports dominants/dominés, supérieurs/subordonnés.

En BDSM, ce rapport de force est transféré sur un autre plan de l'existence de l'individu, plus acceptable puisque censé avoir été choisi, être sous contrôle et surtout, générer plaisir et jouissance quand ce même rapport, lorsqu'il est subi, engendre stress et frustrations. Ce constat peut donc nous amener à nous interroger sur la véritable motivation (consciente/inconsciente) des personnes soumises, à "dépasser leurs limites". On pourrait même en déduire que le BDSM, chez certains pratiquants, fait office de soupape de décompression émotionnelle. Parce que dans ce contexte en particulier, il ne doit surtout pas y avoir la moindre notion de supériorité humaine, ce qui d'ailleurs amputerait toute démarche de soumission de sa prétention à contrôler et choisir ce rôle. 

S'agissant des limites du dominant, ce qui frappe le plus dans ces débats récurrents sur les sites BDSM, ce n'est pas cet incessant mouvement de balancier entre la lettre et l'esprit du BDSM, c'est le fait que les seules limites dont parlent les dominants soient le plus souvent celles de leur partenaire soumise, rarement les leurs. La question se pose pourtant bel et bien et la confusion est d'autant plus grande qu'elle est encouragée par une certaine courtoisie : les limites du dominant seraient celles que lui pose son/sa partenaire. Mais c'est un abus du langage. Ces limites sont en vérité celles de la relation, de ce que deux personnes consentent à faire ensemble. Elles nous disent quelque chose des limites de la personne soumise, dans la mesure où il a bien fallu à un moment qu'elle donne son accord. Mais quid des limites du dominant ?

On remarque sur les tribunes des sites BDSM qu'il y a plus de soumis se demandant s'ils devraient accepter telle pratique que de dominants se demandant s'ils devraient l'infliger malgré la permission de leurs soumis(e)s.

Tout se passe comme si, au nom du sacro-saint consentement, les dominants estimaient qu'aucun comportement, aucun geste, aucun mot, aucune pratique ne pose problème tant que l'autre y consent. Quand la valeur du consentement est mise en doute, c'est donc le plus souvent à l'avantage du dominant, soit que les soumis craignent de dire non (parce que cheminement, parce que dépassement, parce que peur de décevoir), soit que les dominants rechignent à en tenir compte (pour les mêmes raisons). Dans un cas comme dans l'autre, c'est la valeur du non qui est relativisée, voire niée. Le oui, lui, est entendu sans difficulté, alors que justement, derrière un oui il peut y avoir beaucoup de choses qui n'ont rien à voir avec une pleine et entière acceptation. De l'espoir de convertir une relation "BDSM" en relation amoureuse plus classique à la crainte de baisser dans l'estime de quelqu'un qu'on admire, les mauvaises raisons de consentir sont nombreuses.

En conclusion, on remarque que les limites sont rarement évoquées sous cet angle, comme si les notions de conscience (morale) et de responsabilité étaient réservées au monde des relations "vanilles", alors même que les abus de faiblesse et de confiance sont légion dans ces dernières comme partout ailleurs. Attirons d'ailleurs l'attention sur le parallèle entre cette situation (avec d'un côté des soumis qui se posent plein de questions et de l'autre des dominants estimant n'avoir pas de questions à se poser puisqu'ils ne font rien sans le consentement de l'autre) et la situation générale observable dans beaucoup de couples, mariés ou non, où la femme se pose mille questions sur son couple tandis que l'homme est serein sur l'avenir de la relation aussi longtemps que sa compagne n'y met pas un terme. Et si l'on voit parfois des soumises se demander si elles devraient ou non accepter telle pratique désagréable ou s'il ne serait pas temps de mettre fin à leur relation BDSM, on voit peu de dominants se demander s'ils font bien d'exploiter l'influence qu'ils ont sur une personne naïve, désespérée, sous emprise, etc. On voit des soumises se demander si leur maître est vraiment bienveillant, on voit moins de maîtres se demander si leur partenaire sait ce qu'elle fait, alors que ce dernier point ne paraît pas moins digne d'intérêt que le premier.

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