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BDSM - Reconnaître un dominant abusif

BDSM - Reconnaître un dominant abusif

BDSM - Reconnaître un dominant abusif

Comment reconnaître un dominant abusif dans une relation D/s ?

L'abus de faiblesse se définit juridiquement comme l'exploitation de la vulnérabilité, de l'ignorance ou de l'état de sujétion psychologique ou physique d'une personne afin de la conduire à prendre des engagements dont elle ne peut apprécier la portée. 
L'abus de faiblesse est un délit réprimé par l'article 223-15-2 du Code pénal et puni de trois ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende.
Les dispositions du Code pénal visent trois catégories de personnes concernées :

  • Les mineurs
  • Les personnes d'une particulière vulnérabilité (due à l'âge, une maladie, une infirmité)
  • Les personnes en état de sujétions psychologiques et physiques

Introduction

Le plus souvent, les victimes d'abus BDSM sont des femmes, c'est pourquoi nous avons fait le choix d'aborder la problématique par son versant féminin. Néanmoins, cet article s'adresse à toute personne, homme ou femme, susceptible de tomber sous le coup d'une manipulation malveillante ou en ayant fait l'amère expérience.

De la domination abusive

Comme nous l'avons déjà évoqué, une relation BDSM saine et responsable s'appuie sur les concepts de respect, de sécurité et de confiance mutuelle. 

Mais sous le fallacieux prétexte d'éduquer leur soumise, de l'amener à dépasser ses limites, de la faire grandir - prétendument pour son épanouissement et plaisir personnel  - certains dominants s'adonnent à des actes de maltraitance psychologique et/ou d'agression sexuelle, exploitant l'emprise psycho-affective qu'ils exercent sur leur partenaire de jeux. Ces actes sont commis en privé comme en public sur des soumises souvent novices, en mal de reconnaissance, en recherche d'identité et convaincues que ceux-ci sont étroitement liés à leur relation BDSM. Dans tel cas, la relation qui s'est établie entre le dominant et sa partenaire soumise est de nature toxique. Mais à ce stade, la soumise n'en a pas conscience, subjuguée par le charisme de son maître, elle s'est persuadée devoir le satisfaire en toutes choses, y-compris en celles qu'elle exècrerait en d'autres circonstances. C'est ici que le maître abuseur transformera en "progrès", qu'il ne manquera pas de féliciter, la renonciation de la soumise à ses tabous, ce qui devrait pour elle constituer un signal d'alerte. Autrement dit, la volonté, la liberté de faire ou de ne pas faire de la soumise, son libre-arbitre et son consentement sont assimilés à la volonté du dominant. Et il est d'autant plus facile à l'abuseur de manipuler celle-ci qu'il la sait profondément amoureuse. Nous ne sommes plus ici dans le cadre d'une relation D/s telle qu'elle est consacrée par l'esprit de la communauté BDSM, parce que le consentement de la personne est dépourvu de la capacité de discernement qui lui est essentielle.

Sonia, une soumise victime d'un dominant abusif de type pervers narcissique, se confie : 

Avec le recul, j'ai encore du mal à croire que j'aie pu me laisser embarquer dans cette relation. Le pire c'est que j'étais vraiment amoureuse de ce type, je le prenais pour un dieu, j'aurais fait n'importe quoi pour lui, et j'ai fait n'importe quoi pour lui ! Ce qui reste de cette histoire aujourd'hui, c'est un sentiment de dégoût, de colère et de haine mêlés, contre lui, mais aussi contre moi-même. Six mois d'humiliations, de manipulations, je me suis retrouvée dans des situations complètement dingues. Je précise que déjà avant cette triste soirée, j'avais été amenée à faire pas mal de choses, humiliantes, dégradantes (et que je croyais avoir fait librement), sous prétexte de le garder, de lui plaire. Chaque fois, il me faisait comprendre qu'il ne m'en aimerait que davantage, et que dans le cas où je refuserais de lui obéir, il pourrait mettre fin à notre relation, sous prétexte que je ne lui ferais pas assez confiance, que ma soumission n'était pas sincère et qu'il avait besoin de vivre quelque chose de plus extrême (ce qui supposait qu'il prenne une autre soumise). Dès que j'émettais une objection à ses demandes, il me rabaissait, me faisait sentir à quel point j'étais nulle, qu'avec moi, "il n'y arriverait jamais", que je n'étais sans doute pas faite pour la soumission etc. Et chaque fois, je cédais.
Un jour, il m'a littéralement traînée à une soirée chez un ami à lui qui avait aménagé la cave (immense) de sa propriété en donjon. "Je compte sur toi, fais-moi honneur…". Nous vivions ensemble depuis environ 5 mois, j'étais amoureuse et je croyais qu'il l'était aussi, alors j'étais décidée à faire tous les efforts pour lui plaire malgré mon appréhension. Nous avons été accueillis par une femme d'un certain âge, je dirais 65 ans, en tenue de domina. Mon maître m'a immédiatement remise entre ses mains en me disant "suis là, et obéis". Je l'ai vu ensuite entrer dans une salle au RDC et rejoindre un groupe de personnes, doms et subs tenues en laisse. La femme m'a fait descendre à la cave et m'a ordonné de me déshabiller entièrement en ne gardant que mes bas et mes escarpins, m'a mis un bandeau sur les yeux, un bâillon dans la bouche et ligoté les mains derrière le dos avec une corde. Elle m'a ensuite enfermée dans une cage puis a remonté les escaliers. Jusque-là, rien d'inquiétant, c'était même assez excitant, mais au bout d'environ une heure passée dans l'obscurité et le froid à me poser mille questions, j'ai entendu des pas descendre les escaliers. Plusieurs personnes, hommes et femmes. On m'a fait sortir de la cage, détaché la corde qui me liait les poignets et je me suis retrouvée pieds et mains attachés à une toile d'araignée. Apparemment mon maître n'était pas là... Je ne pouvais ni parler, ni bouger, ni voir quoi que ce soit et j'ai commencé à ressentir une angoisse oppressante, j'avais du mal à respirer et pendant un moment j'ai même cru que j'allais m'évanouir. 

Mon maître savait, il a toujours su mon angoisse pour ce genre de soirées, j'étais plutôt pour un BDSM maison, en privé. Mais j'avais consenti à le suivre, juste pour voir, il n'était pas question que je participe, j'avais été très claire et il était d'accord, je voulais juste rester sagement avec lui, à ses pieds, comme une bonne petite chienne. 
Jamais je n'aurais pensé qu'il me force à vivre un truc pareil. Mais j'étais partagée, maintenant que j'y étais, et sans possibilité de prononcer le moindre safeword ou de manifester mon refus, j'ai finalement cessé de m'agiter et dans un ultime élan d'amour pour mon Maître, je lui ai offert cette soumission forcée. Je ne vais pas entrer dans les détails de ce que j'ai dû subir pendant près de deux heures, vous imaginez bien je suppose. Mais pendant tout ce temps, les insultes, les sévices, les intrusions dans mes parties intimes se sont succédées sans discontinuer. J'entendais leurs ricanements, leurs remarques désobligeantes sur mon physique, je n'avais qu'une hâte, que tout se termine au plus vite. L'excitation de départ avait depuis longtemps disparu, je n'ai ressenti absolument aucun plaisir, à aucun moment et lorsque la "matrone" est venue me chercher, j'étais comme une loque, vide, en état de choc. Mais je n'osais rien dire, je ne pouvais d'ailleurs pas articuler le moindre mot, comme tétanisée. Elle m'a dit de me rhabiller et d'attendre mon maître dans le vestibule. 

Après un bon quart d'heure il est enfin réapparu, un petit sourire mesquin sur les lèvres "Alors, je t'avais pas dit que ça te plairait ?". Je suis restée bouche bée..., puis nous sommes rentrés. Pendant tout le trajet, il n'a pas dit un mot, moi non plus. Je m'attendais à un débriefe, il aurait pu me demander comment je me sentais, comment j'avais vécu l'expérience, rien. Le pire c'est que je n'osais même pas aborder le sujet, dans l'espoir qu'il était secrètement fier de moi. 

Je ne comprends pas comment j'ai pu ne pas me rendre compte à ce moment que j'avais été purement et simplement violée, qu'il m'avait offerte en pâture à des inconnus alors qu'il savait pertinemment que j'y étais opposée ! J'étais complètement idiote, aveuglée. Mais lorsque quelques jours plus tard je l'ai entendu parler au téléphone avec une autre soumise, lui dire les mêmes mots, avec les mêmes intonations qu'il employait avec moi, alors qu'il m'avait juré ses grands dieux que j'étais et serai toujours la seule, qu'il ne prendrait jamais le risque de me perdre, qu'il ne pouvait vivre sans moi, j'ai eu une prise de conscience. Le choc a été terrible, mais salutaire. Pendant plusieurs mois j'ai beaucoup pleuré, souffert, je me suis sentie comme une moins que rien, nulle, sale, comment dire… Je sombrais peu à peu dans la dépression. Puis, sur les conseils d'une amie, j'ai pris contact avec un sexologue de sa connaissance spécialisé dans ce genre de pratiques. Je me suis reconstruite petit à petit, j'ai repris confiance et j'ai un jour rencontré celui qui est aujourd'hui mon mari. Cette terrible expérience m'a appris beaucoup de choses, sur le BDSM, sur moi-même, et surtout à ne plus jamais me laisser manipuler "par amour"… "

A lui seul, ce témoignage renferme à peu près toutes les caractéristiques d'une domination abusive ; chantage affectif, abus de faiblesse, humiliation, dévalorisation d'autrui, manipulation psychologique, culpabilisation. Il est d'ailleurs important de noter qu'il s'agit des mêmes caractéristiques que l'on retrouve dans les cas classiques de relation toxique et que la plupart des abuseurs sont des pervers narcissiques. Ce témoignage est propre à une relation durable mais d'autres formes de domination abusive existent en dehors de ce contexte, et malgré leur caractère ponctuel ou exceptionnel, elles n'en sont pas moins destructrices et traumatisantes. 

On remarque toutefois que les victimes, dans un cas comme dans l'autre, sont généralement des soumises novices, soit qui ont mal compris les tenants et aboutissants d'une relation D/s, les règles de ces pratiques, soit qui se laissent entraîner par des fréquentations douteuses dans des séances improvisées, parfois sous l'influence de drogues ou d'alcool, soit encore qui ont répondu à une annonce quelconque sur un site BDSM, sans prendre les précautions d'usage quant aux intentions ou même l'identité de leur interlocuteur. 

Par nature, la relation D/s implique un rapport d'autorité, de domination et de soumission entre deux personnes. Mais avant toute chose, une relation BDSM saine et équilibrée implique complicité et consensualisme. Toute relation se situant hors du champ de ces deux principes de base relèverait de l'agression pure et simple. 

Seulement il arrive que la frontière entre complicité et manipulation soit plus ou moins floue, comme nous venons de le voir avec le témoignage de Sonia. Le monde BDSM attire des individus dangereux, prêts à toutes les bassesses pour assouvir leurs pulsions sadiques et ce, sans le moindre égard pour leurs partenaires soumises.

Quoi qu'il en soit, dès-lors qu'apparaît chez la soumise un sentiment de malaise, d'auto dévalorisation, voire de détestation, la relation doit être reconsidérée à la lumière des principes moraux les plus élémentaires. Est-elle respectée dans son intégrité morale et/ou physique ? Le dominant se montre-t-il suffisamment attentif à ses besoins de rassurance, sa sécurité, ses limites explicitement ou implicitement exprimées ? Se sent elle épanouie ? La communication entre elle et son maître est-elle réellement libre ? Autant de questions appelant des réponses claires, au risque de se voir enfermer dans une relation toxique dont il sera difficile de s'extraire. 

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