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BDSM : Subspace !

BDSM : Subspace !

Prévention BDSM - Le "subspace" si souvent évoqué sur les sites dédiés par les pratiquants BDSM n'est pas un orgasme, mais un état de dissociation psychique provoqué par une libération massive d'adrénaline et une décharge d'endorphines et d'enképhalines. Ce mécanisme neurologique inhibiteur abolit toute capacité psycho-motrice de la personne soumise et l'expose à de graves séquelles.

BDSM : Subspace !

Souvent évoqué dans le milieu BDSM, le subspace fascine. Dans une sorte d'aura psycho-spirituelle, il prend des airs d'extase quasi-mystique. Mais qu'est vraiment le subspace ?

Le subspace est un état de conscience altéré vécu par les personnes soumises lors de séances BDSM de type sadomasochiste. Les sensations intenses de douleur et de plaisir déclenchent une réponse du système nerveux sympathique qui procède à une libération d'adrénaline via les glandes surrénales, ainsi qu'une décharge d'endorphines et d'enképhalines (neurotransmetteur faisant partie de la catégorie des neuropeptides, plus spécifiquement des opioïdes endogènes, qui est libéré par certains neurones lors d'une sensation douloureuse excessive.) Leur rôle est l'inhibition des potentiels d'action responsables de la propagation du message douloureux jusqu'au cerveau. Cette inhibition correspond à une analgésie. D'autre part, la morphine agit selon le même mode que l'enképhaline.  

Ces substances chimiques naturelles font partie de la réponse animale "combat-fuite" induite par un contexte interprété par le cerveau comme une agression. Ces substances qui produisent dans l'organisme les mêmes effets que la morphine, augmentent la tolérance à la douleur de la personne soumise tandis que la séance devient plus intense et induisent également une sensation de flottement euphorique et extatique.

D'un point de vue analogique, le subspace pourrait s'apparenter à l'ivresse provoquée par l'alcool ou les drogues.

Nous savons par exemple que les personnes SDF sous l'emprise de l'alcool, ne ressentent pas le froid. Chaque hiver, beaucoup d'entre elles meurent d'hypothermie. Lors d'une séance BDSM, la personne en transe ne perçoit plus la douleur sur le même plan de conscience, parfois elle disparaît totalement, comme transcendée, transformée en plaisir. Car la confusion douleur/plaisir est ici induite par le réflexe de "fuite" et non pas celui de "combat" (la fuite peut aussi être liée à un processus psychologique, observé dans certains cas de kidnapping, responsable du syndrome de Stockholm, lequel induit un attachement de la victime à son ravisseur.) Il arrive aussi fréquemment que la soumise devienne incohérente, dans l'incapacité d'organiser la moindre pensée logique ou d'articuler le moindre mot. Dans tel cas, le safeword s'avère bien-sûr totalement inutile et la responsabilité incombera uniquement au maître qui devra redoubler d'attention et de prudence.

J'ai eu l'impression de "sortir" de mon corps. Je ne ressentais plus aucune sensation, je n'ai plus de souvenirs de ce moment et suis incapable de dire combien de temps a duré la séance. 

Mais quand bien même la personne soumise semblerait avoir conservé toute sa lucidité et consentir à la poursuite de la séance, le maître devra être conscient que ses demandes ou réponses peuvent être, en dépit des apparences, déconnectées du principe de réalité, comme en témoigne ce récit recueilli lors d'un entretien avec une soumise ayant vécu l'expérience. 

Je sentais que mes limites allaient bientôt être atteintes, les coups n'en finissaient pas de pleuvoir sur mes fesses, mes cuisses, mes seins, mon dos, toutes les parties de mon corps et ils étaient de plus en plus douloureux. Je m'étais promise de ne pas flancher cette fois-ci, comme la fois dernière, alors j'étais prête à tout supporter pour rendre mon Maître heureux et fier de moi, ma plus belle récompense. Puis, j'ai pris conscience que j'allais craquer, la douleur était trop intense, devenait insupportable et sur le point de hurler le safeword dans un déchirement inimaginable, j'ai été subjuguée par l'image de mon Maître dans le miroir placé juste en face de moi. Il était magnifique, je ne voulais pas, je ne pouvais pas le décevoir ! Puis je ne sais pas ce qui est arrivé à ce moment-là mais je me suis sentie partir, comme si j'allais m'évanouir, j'étais comme dans une sorte de rêve éveillé. A partir de cet instant, je n'ai plus ressenti que plaisir et béatitude, j'étais totalement immergée dans un océan de volupté alors que les coups continuaient de s'abattre sur ma peau tuméfiée. Plus de douleur. Puis black-out, plus rien ! 

J'avais les yeux ouverts, hagards, lorsque je suis revenue à moi. J'étais allongée par terre, une couverture dépliée sur moi, dans les bras de mon Maître qui me caressait les cheveux, les joues, m'embrassait tendrement le visage en me parlant. C'était comme si j'entendais les mots sans les comprendre et il m'était impossible de parler, tout juste quelques balbutiements. J'avais tendance à "repartir" par moments, il appuyait donc sur les mots, puis continuait à me parler ensuite plus bas. Mon Maître m'a ensuite fait couler un bain après m'avoir donné quelques carrés de chocolat et fait boire une boisson chaude très sucrée. Après le bain, Il m'a massée délicatement en appliquant un baume apaisant sur les parties du corps qui avaient beaucoup subi. Nous avons longuement parlé de cette séance, pendant plusieurs jours le sujet revenait régulièrement sur le tapis... 

Dans le cadre de nos recherches sur "l'après" immédiat du subspace, nous avons appris que sans une attention toute particulière de la personne dominante, veillant primo, aux besoins d'ordre purement physiques de la personne (couverture, boissons sucrées etc.), puis secundo, à appliquer un certain protocole "d'atterrissage", des conséquences pouvant aller jusqu'au traumatisme psychomoteur était à craindre. En effet, privée de cette attention particulière, la personne soumise peut se trouver en situation de détresse absolue et les séquelles peuvent s'avérer très graves, comme en témoigne ce récit provenant d'un site BDSM :

La séparation qui a suivie et l'abandon dont je fus victime juste après ont eu de graves conséquences sur ma santé morale. D'abord, des insomnies dans la nuit qui a suivi malgré une fatigue extrême. Puis une impossibilité de concentration (pour lire par exemple ou comprendre les infos à la TV). Puis un besoin d'isolement, de calme, de silence (chaque bruit était agression, je refusais tout contact ou échanges avec mon entourage). Puis une agoraphobie (panique au marché le surlendemain). Puis une paranoïa incontrôlable (j'avais l'impression que chaque personne croisée "entrait en moi et me coupait avec des rasoirs"). De sérieux problèmes de mobilité (difficulté de marcher d'un point A vers un point B, impossibilité de conduire). Une peur panique permanente, des battements de cœur tellement rapides et violents que je les entendais résonner dans mes tempes. Progressivement une perte totale des besoins vitaux (la faim, la soif, le sommeil, le besoin d'uriner). Totalement sourde et inconsciente aux propos de mes proches très inquiets de mon état ataraxique. Puis des idées noires, une forme subliminale d'encensement de la mort pour la rendre acceptable et belle donc envisageable à court terme… 

Qu'il s'agisse d'une expérience bien ou mal vécue, il faut être conscient que le subspace est un état de conscience modifié qui nuit à la pensée rationnelle et à la capacité de prendre des décisions, d'où l'importance d'organiser la "descente", d'accompagner la personne après la séance afin de s'assurer qu'elle a bien retrouvé ses esprits et veiller à ce que quelques règles de sécurité fondamentales soient respectées (s'abstenir de conduire, de manipuler des substances ou des outils dangereux etc.) Se pose enfin naturellement la question du consentement, lors d'un épisode de subspace, la personne ne peut plus être considérée comme étant consentante puisque les conditions lui permettant d'exercer son jugement n'existent plus à l'instant T. Il faudra donc aux deux participants anticiper un éventuel subspace, en déterminant à l'avance la conduite à tenir : soit interrompre immédiatement la séance dès les premiers signes, soit la poursuivre, mais dans des conditions définies au préalable. 

Bien que l'état de subspace soit visiblement très prisé, très recherché par les personnes soumises et non moins appréciées par leur maître, il semble plus avisé de ne pas chercher à le provoquer, ce qui par ailleurs, aux dires de certains, serait quasiment impossible :

L'accès au subspace ne se contrôle pas, ne se programme pas, ne s'envisage pas. Même si on reprenait chaque condition qui m'y ont menée (même Maître, même séance, même moment de la journée, même lieu…), rien ne garantit que l'on accède à cet état.

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