Sphère émotionnelle

BDSM : Viols, abus, quand le bdsm dérape

BDSM : Viols, abus, quand le bdsm dérape

BDSM : Viols, abus, quand le bdsm dérape

Concepts "SSC" (Sûr, Sain, Consensuel) ou "RACK" (Risk-Aware Consensual Kink) sont-ils toujours respectés ?

On serait tenté de croire que le milieu BDSM offre plus de garanties quant au respect et la sécurité des femmes, précisément compte-tenu des particularités de ces pratiques et en règle générale, c'est effectivement le cas. Mais ici comme ailleurs, l'humain reste l'humain et ici plus qu'ailleurs, les opportunités ne manquent pas d'en exprimer les plus bas instincts.

Parcourant les divers témoignages que nous avons recueillis au cours de notre enquête participative sur un site BDSM, nous avons eu le sentiment d'un besoin impérieux de libérer la parole. Alors que nous doutions à priori de la réactivité des membres face à un sujet embarrassant pour l'ensemble de la communauté - parce que générant une mauvaise publicité autour d'un univers à l'aura sulfureuse - nous avons rapidement d'une part, pris la mesure du manque d'espaces où puissent s'exprimer librement les victimes et d'autre part, des axes principaux facilitant le passage à l'acte des abuseurs. Nous avons noté que celui-ci était rendu possible par l'additionnement de plusieurs facteurs perçus par lui comme incitatifs. Précisons qu'il ne s'agit pas de traiter d'un rapport de domination exercé avec le consentement de la soumise, mais d'une agression commise malgré celui-ci. Nous ne sommes donc plus dans le contexte d'un jeu D/s entre adultes consentants.

Premier facteur, l'emprise psychologique. Exercée par le dominant abusif, elle est telle que la soumise peut hésiter ou tout bonnement renoncer à prononcer le safeword alors que les accords conclus entre les deux partenaires sont manifestement rompus. Ensuite, nous avons noté que les victimes pouvaient développer un sentiment de confusion lors de l'agression, mêlant incompréhension "Pourquoi fait-il cela ?" et sidération psychique, un mécanisme psychotraumatique paralysant l'activité corticale de la victime et l'empêchant de réagir.

La sidération est un mécanisme psychologique et neurobiologique exceptionnel de sauvegarde qui s'active lorsque un individu se trouve face à des situations menaçant son intégrité physique ou psychique. Il peut s'agir de situations "effrayantes de par leur anormalité, leur caractère dégradant, injuste, humiliant et/ou incompréhensible", générant un état de stress intense. En réponse à telle situation, le cerveau met en place un mécanisme pour remédier à ce qu'il identifie comme un risque vital du point de vue neurologique et cardiovasculaire. En état de sidération, la victime se trouve alors incapable de parler, d'organiser sa défense, d'analyser et de réagir à la situation d'une manière adéquate, d'autant que ses représentations mentales sont littéralement balayées, le cortex cérébral ne fonctionnant plus. Ce mécanisme est bien connu des psychiatres spécialisés dans le traitement des traumatismes liés au viol. 

La Dre Muriel Salmona, psychiatre française, est la fondatrice et présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie, un organisme d'information et de formation des victimes de violences. Elle décrit ce mécanisme :

Tant que le cortex est en panne, il ne peut pas contrôler la réponse émotionnelle, celle-ci continue alors de monter en puissance, l'organisme se retrouve rapidement en état de stress extrême avec des sécrétions de plus en plus importantes d'hormones de stress, adrénaline et cortisol, qui deviennent rapidement toxiques pour le système cardio-vasculaire et le cerveau et représentent un risque vital pour l'organisme. La disjonction du circuit émotionnel, pour échapper au risque vital créé par le survoltage émotionnel, ne se déclenche que si les représentations mentales, face à la violence, sont en échec et sont dans l'incapacité de moduler ou d'éteindre la réponse émotionnelle et d'empêcher ainsi un survoltage émotionnel.

Les cas d'abus BDSM, qui implique par nature des pratiques violentes (viol, pénétrations d'objets divers, fists, flagellation etc.), sont sources d'importants traumatismes. La déculpabilisation des victimes quant à leur absence de réaction lors d'abus sexuels commis dans le cadre d'une séance BDSM, est d'autant plus difficile que le sujet demeure tabou et que sur les rares espaces de discussion qui lui sont consacrés, les réflexions désobligeantes ne manquent pas de ponctuer les commentaires. Comme dans la plupart des cas de viols, certains s'étonnent que la victime se soit retrouvée dans pareille situation ou qu'elle n'ait pas prononcé le safeword. Notons par ailleurs que l'utilisation du safeword ne sied qu'à des situations où la personne dominante - plus ou moins consciente de ses actes -  est disposée à le respecter et lorsque la séance est pleinement consentie, ce qui n'est pas le cas ici. 

C'est justement là où le bât blesse, parce qu'il existe également des cas d'abus sexuels commis dans le cadre de séances consenties et pouvant être perçus par la victime comme résultantes de sa propre volonté. L'objet de son consentement est alors brouillé, dissout dans un contexte où alternent de façon insidieuse, actes permis et défendus. Dans le feu de l'action d'une séance BDSM, la victime se trouve incapable de dissocier ce qu'elle consent à subir de ce qui lui est infligé contre sa volonté, d'autant qu'interviennent les notions de dépassement de soi, de désir de plaire ainsi que la crainte d'être rejetée. Le sentiment de malaise, parfois profond, ressenti sur une longue période suivant les faits, enferme la victime dans un amalgame émotionnel mêlant souffrance et culpabilité. Ce malaise est d'autant plus fort qu'elle reste en contact avec l'abuseur, ce dernier ayant tout loisir d'entretenir ou de réactiver le mécanisme de sidération de sa victime. C'est ainsi que les actes abusifs peuvent être réitérés sur des périodes plus ou moins longues, jusqu'à ce que la victime mette un terme à la relation. 

Sur ce chapitre particulièrement sensible, nous avons souhaité apporter quelques éclaircissements quant aux schémas culpabilisants des victimes et aux mécanismes psychiques mis en place au moment de l'agression. Ces précisions sont destinées tant aux victimes elles-mêmes qu'à toute personne susceptible de recevoir leurs confidences et auxquelles elles devront offrir une oreille avertie, évitant ainsi de tomber dans les écueils habituels des questions mal à propos que nous avons évoquées précédemment. De plus, nous avons décidé, avec l'accord de leurs auteures, de publier deux des témoignages recueillis sur le sujet que nous avons mis en ligne sur un site BDSM et qui illustrent remarquablement tous les aspects abordés, notamment le mécanisme de sidération psychique. C'est pourquoi malgré leur longueur, nous avons choisi de les publier in extenso et de clore avec eux ce chapitre.

Le sujet posté faisait état d'une sorte d'omertà observée dans certains milieux BDSM américains quant aux viols et autres abus sexuels commis dans le cadre de jeux D/s. Nous avons alors entrepris de lancer un appel  afin de recueillir témoignages et commentaires relatifs à des situations où le safeword n'aurait pas été respecté.

Nous remercions chaleureusement les deux personnes ayant partagé avec nous leur douloureuse expérience et ce malgré le caractère perturbant de ce genre d'exercice. 


Premier témoignage :

Bonjour, sujet tabou en effet... Et pour cause ! Je pense que le problème n'est pas seulement l'utilisation ou non du safeword. Dans une relation, la personne soumise veut faire plaisir à la personne dominante ; il y a très souvent un ascendant de l'un sur l'autre. Et il faut parfois avoir la force de sortir de la relation pour le comprendre.
Voici ma seule expérience réelle de soumise, en 3 séances (je précise encore une fois que l'homme en question me savait novice en soumission, il savait également que j'avais déjà vécu des violences conjugales tout comme des agressions sexuelles et viol).

- 1ère séance 
Je suis encordée de façon particulièrement serrée au cou ; je ne peux tenir qu'une seule posture, au risque que cela m'étouffe. Je ne dis rien car je n'ai pas envie de "casser" le jeu dès le départ ; je tâche de rester dans une position où je n'étouffe pas. A la suite de ses jeux de cordes, je réalise qu'il n'y connait pas grand-chose (il tente de m'attacher à un bambou qui ne tient pas en place, il essaie de me raccorder à une lampe mais, pareil, rien ne tient). Bref, je n'ai pas envie de le vexer. Je reçois pendant cette première "séance" une claque sur les fesses et 3 coups d'une espèce de martinet fait maison. Ces quelques coups sont donnés avec une grande violence au point que je me plains que cela fait mal. Ça ne me plait pas alors que je suis plutôt amatrice de fessées. Lui, ça l'amuse. Suite à un "non" sorti trop rapidement de ma bouche alors qu'il me chatouillait les seins à la cravache, il me mord les seins avec une telle violence que j'ai le souffle coupé, je pleure de douleur et, dorénavant, je n'aurai plus jamais confiance en ses mains ou sa bouche lorsqu'il s'approchera de ma poitrine. Il entreprend d'explorer mon sexe avec ses doigts et en 5 minutes il essaie de me fister. Je hurle de douleur, finis par pleurer, chose qui visiblement l'excite.
Les pénétrations sexuelles qu'il a avec moi n'ont jamais pour but que son plaisir à lui et j'ai interdiction d'émettre un seul son ni d'être autrement qu'une planche inerte. Je pleure. Beaucoup de choses négatives remontent.

- 2eme séance 
Nous n'avons que 3h montre en main (le réveil sonnera 2h30 plus tard pour signifier la fin).
Je suis de nouveau encordée au cou. Il réitère donc un encordage qui est dangereux. Je lui dis plusieurs fois que c'est trop serré. À un moment il me dit que c'est bon, qu'il peut passer un doigt. Bref visiblement, je suis un peu chiante là... J'ai les yeux bandés, les bras reliés à mon cou lorsque je ressens une violente douleur au sein. J'ai droit à une pince japonaise, moi qui n'ai jamais eu une seule pince sur les seins. Autant dire que je déguste et j'ai le souffle coupé. Lui me prend en photo. Il s'approche, enlève la pince, je tombe par terre sous le choc, il me rattrape un peu. Je pleure sous mon bandeau. De douleur encore une fois. Aucun lâcher prise. J'ai droit à du gingembre dans le vagin. À un moment, le gingembre glisse malgré moi. Je lui dis que le morceau est sorti, que je ne l'ai pas fait exprès. Il me maintient de force, me gifle violemment les seins et comme je fais trop de bruit, il me plaque la main sur la bouche pour continuer à me frapper les seins (j'ai les bras attachés dans le dos). Les larmes coulent et je ne comprends pas son attitude. Je suis Domina et je n'ai jamais traité un de mes soumis de la sorte, encore moins un novice.
Je finis sur le canapé. Là mon cou est relié à mes pieds et il commence à vouloir me sodomiser, chose que je ne veux pas. Je me débats tellement que j'en aurai les marques des cordes sur le cou. Il finit par brandir sa main pour me gifler car je me débats trop. Je regarde son visage fou (il sait que je ne veux pas qu'on touche à mon visage). Visiblement ça le fait redescendre. Il ne me sodomise pas mais, de nouveau, je dois me faire "baiser comme une planche". J'en pleure de rage intérieure en fait. Le téléphone sonne, on doit partir. Je pars avec le sentiment que je suis une prostituée. Je pleure pendant les 2 jours suivants.

- 3eme séance
Entre temps, je lui ai demandé s'il avait déjà pris des cours de cordes..."non", donc je fais en sorte qu'il s'inscrive pour un cours prochainement.
Ce jour-là, il veut m'attacher dans une ruine. Je refuse la suspension qu'il me propose alors qu'il n'a aucune formation.
À l'hôtel ensuite, il souhaite me verser de la cire chaude. Je vois la tronche de ses bougies. Ce sont de simples bougies de ménage ; il n'a même pas fait l'effort de bougies spéciales (les bougies de ménage ont comme ingrédient supplémentaire de la stéarine, ce qui augmente leur point de fusion et sont donc plus chaudes. Les bougies spéciales sont en pure paraffine). Je le lui dis mais j'ai droit à une leçon sur les bougies. Je suis très chiante visiblement. Comme initiation, il décide de me verser la cire sur le ventre, les seins, l'intérieur des cuisses. Afin que je fasse moins de bruit, j'ai de nouveau droit à sa main plaquée sur ma bouche. Je hurle, je pleure et je ne comprends toujours pas sa "manière" de faire. Il enlève la cire de mon corps à l'aide de son couteau papillon élimé. Puis il fait glisser la lame dans les replis de mon sexe puis fini par commencer à entrer la lame à l'intérieur de celui-ci. Je lui dis que je ne veux pas, que c'est dangereux. Nous en avions déjà parlé car il m'avait dit l'avoir déjà fait à une autre femme et que cela l'excitait grandement de "baiser une femme avec un couteau". Il tente de nouveau et je me débats jusqu'à ce qu'il arrête.

Je n'ai pas détaillé l'ensemble de ces séances pour la simple raison que ce n'est pas le sujet.
A aucun moment je n'ai prononcé de safeword (chose que l'on m'a jeté au visage sur un autre post). Suite à cette dernière séance, j'ai demandé à cet homme quels étaient ses fantasmes les plus grands. J'étais d'accord pour l'accompagner à condition qu'on y aille doucement et progressivement. Plus tard, j'ai demandé à ce que l'on puisse éventuellement se voir différemment aussi (éventuellement un weekend ou quelques jours au moins une fois dans l'année). La réponse a été que je n'aurai jamais rien de plus que ce que j'ai déjà (soit en moyenne 3 fois en 2 mois). J'ai donc stoppé.

Après coup, et à la suite d'un autre sujet de discussion que j'avais posté sur le forum, j'ai réalisé la façon dont cet homme avait été avec moi et à quel point je l'avais laissé me maltraiter, malgré moi, malgré mes envies (encore une fois, je ne suis pas masochiste, je voulais une relation D/s.)
Je suis avant tout Domina. Jamais, jamais ce que j'ai vécu, je ne l'ai fait vivre à un de mes soumis et pourtant, j'en ai fisté, battu au martinet jusqu'à ce qu'ils aient des bleus, j'ai versé de la cire, pincé, mordu etc. Car, me concernant, je suis certes sadique mais mon sadisme est un jeu AVEC l'autre. Quand j'ai une personne novice, je l'initie, quand j'ai une personne nouvelle "entre les mains" j'y vais doucement, le temps de la découvrir, de savoir jusqu'où je peux aller etc. En aucun cas je ne jouis de la douleur non consentie que je fais subir à l'autre.

Il est bien beau de parler de safeword. Sauf que le but n'est pas de le balancer à tout bout de champ. Un Dom ou une Domina (et je mets un grand D) est une personne attentive à son/sa partenaire, qui en prend soin. La personne soumise n'est pas un objet, ni un jouet que l'on peut maltraiter sous prétexte qu'elle prend ce rôle et qu'elle ne dit pas son safeword. Le psychologique est trop souvent mis de côté alors qu'il est la base ! Combien de fois j'ai lu des soumises qui se sont plaintes de l'attitude de leur "doms" et qui, finalement, retournaient vers lui. Pourquoi ? Pour la simple raison qu'il y a une emprise psychologique. On peut se faire violer et être tétanisée. On peut se faire martyriser et réagir de même. Toute la responsabilité est entre les mains de la personne dominante. Si celle-ci se défile et met la faute sur la personne soumise, c'est un(e) lâche et rien d'autre. Ceci est mon témoignage.

PS : mes mots ont déjà été remis en question par des membres du site (comme quoi, ce que vous dites n'est en rien exceptionnel) et même par l'auteur de ces faits. Je ne cherche aucune polémique. Que cet homme aille au diable et que ceux qui ne me croient pas aussi. 

Second témoignage :

Bonjour,

Pour répondre à certaines remarques et apporter un éclairage complémentaire, je comprends parfaitement qu'on ne soit pas capable de réagir.

C'est déjà le cas dans la vie "classique" où on peut se retrouver pétrifiées incapables de réagir. Je pense que c'est encore plus vrai avec un Maître en raison du fort lien psychologique qui nous unit et parce que nous sommes déjà dans une logique de dépassement de soi et d'accepter des choses qui flirtent avec nos limites, et parfois en position de fragilité extrême. Vocaliser un non ou un safeword n'est pas aisé. Ça ne veut pas dire qu'on est consentantes. C'est de la responsabilité du Maître de savoir quand s'arrêter et de comprendre qu'il veut aller trop loin.

J'ai accepté par deux fois des pratiques qui m'ont laissé un goût amer et un mal être les jours suivants avec cette impression de m'être avilie et de ne pas avoir su dire non.

Dans le premier cas, mon partenaire a très bien compris que cela ne me convenait pas et n'a pas cherché à recommencer. Je ne garde pas de mauvais souvenir lié à cette expérience sur le long terme, car cela m'a fait réfléchir et prendre conscience de ce que je ne voulais pas accepter et mon partenaire a réagi comme il le fallait, avec respect, même si sur le moment il ne s'est pas rendu compte être allé trop loin.

Dans le deuxième cas (fist poussé, douloureux pendant des jours), cela a signé la fin de la relation. En l'occurrence je ne suis pas maso et j'ai toujours dit que mes limites en termes de douleur étaient très vite atteintes, et ce type de pratique doit mener au plaisir et au lâcher prise, pas à de la douleur extrême. Nous avions évoqué avant la séance l'envie de sentir ses doigts en moi et qu'il fasse jaillir une jolie petite fontaine. Je suis confiante, sereine, persuadée de sentir ses doigts faire un agréable balai en moi. A peine quelques caresses et je me suis retrouvée avec une main immense forçant son passage, n'arrêtant plus, je ne sentais que la douleur de ces articulations forçant, s'enfonçant. J'ai pourtant déjà été fistée avant et en garde un agréable souvenir, mais ses mains sont larges, il y va trop vite, trop brutalement, serrant le poing au lieu de faire sa main oblongue, ne laissant pas mon corps s'adapter, puis une fois rentré, continue sans me laisser souffler, ressort, rentre indéfiniment. Cela a duré longtemps ... 30min, peut être plus. J'aurais aimé qu'il cesse, mais était incapable de prononcer le moindre mot. Pétrifiée, me disant que j'étais tombée bien bas, pleurant. Aucun plaisir bien entendu et lui enrageait et y allait toujours plus brutalement pour soi-disant déclencher mon plaisir.

Il me reste un 3è souvenir qui peine toujours à s'effacer : celui d'avoir dit non un jour à mon Maître de l'époque : pas un petit non, pas un non qui veut dire encore, un vrai non, le seul que je lui ai jamais opposé. Tout avait été trop loin ce jour là (trop de claques, les seins torturés, ils ont d'ailleurs mis une semaine à cicatriser alors que je ne veux pas de marques) et je n'étais plus du tout dedans. Je lui demande une pause mais il poursuit sa séance, me plaque sur la table, bras dans le dos pour me sodomiser, sans lubrifiant. C'était ma première. Je n'étais pas prête, pas en état, n'en avais aucune envie. J'ai dit non à plusieurs reprises mais il n'a pas écouté. J'ai tenté de me débattre au départ mais pour ne pas ressentir une douleur plus grande je me suis résignée, l'ai laissé faire. La suite s'est passée dans un état second, déconnectée de la réalité, sans aucun plaisir pour moi, luttant entre douleur et rationalisation "essaye de te détendre ... ne lutte pas ça fera moins mal". Il continue de me claquer les fesses, jouit une première fois en moi. Le reste est flou. La séance continue alors que je suis toujours "bloquée", ailleurs, je ne me souviens plus réellement de ce qu'il s'est passé, juste de la fin, à genoux devant lui. J'étais tellement en dehors de mon corps que sa jouissance m'a surprise, me faisant suffoquer littéralement et me ramenant à la réalité.
Je me suis sentie salie, non respectée et j'ai mis un terme à notre relation. Cela m'a été sûrement plus facile car juste après cette séance il a été absent assez longtemps, son emprise sur moi diminuait... Heureusement.

Cela m'a beaucoup questionnée. Sur nos pratiques, sur la D/s, sur ce que j'avais vécu. Je me suis sentie mal pendant plusieurs mois et j'ai mis mes pratiques entre parenthèses assez longtemps, le temps d'y voir plus clair et de faire la part des choses. Malgré cela il m'a fallu un mois pour lui dire que je ne souhaitais plus être sa soumise.

Il est évident qu'ici, la notion de consentement est absente. Le dominant abuseur faisant fi de la sensibilité, de la volonté, à plus forte raison du plaisir de la soumise, alors que la nature même d'une relation D/s doit être fondée sur un consensualisme responsable. Dans tel cas de figure, il n'est plus ni maître, ni dominant évoluant dans un contexte de jeux BDSM, il est un agresseur, il est un violeur ! Dès lors, les recours juridiques à disposition de la victime s'amenuisent à mesure que la déposition révèle les circonstances de l'agression. En effet, la victime s'expose au jugement et railleries des policiers lors de la description de l'agression, s'entendra dire qu'elle s'est mise seule dans cette situation. Et que dire de la réaction de la famille, des amis, de l'employeur, susceptibles de connaître ainsi les préférences sexuelles de la victime ? De même, si dans la plupart des cas de viol, les marques diverses, équimoses et blessures occasionnées par l'agresseur peuvent faire l'objet de preuves à charges, qu'en serait-il d'un viol commis dans un contexte sexuel où la nature même des pratiques induisent ce type de blessures ?  S'il est difficile d'imaginer qu'il puisse exister un réel recours pour les victimes de violences sexuelles commise dans le cadre de jeux BDSM, c'est que cela relève déjà du parcours du combattant dans des contextes plus classiques.

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