Sphère émotionnelle

Gustav Klimt, la lumière divine de l'or

Gustav Klimt, la lumière divine de l'or

Klimt et l'éternel mystère de la vie.

« Quiconque désire me connaître comme artiste – et c’est tout ce qui compte vraiment – doit regarder attentivement mes tableaux et tenter d’y glaner ce que je suis et ce que je veux. »  Par ce propos lumineux comme l’or de ses tableaux,  Klimt nous montre le chemin à emprunter pour découvrir la clé de compréhension de son travail. Il nous suggère une quête du sens, affranchie de tout rapport à la personne, l'histoire, la culture de l'artiste, s'inscrivant dans un plan purement métaphysique. La volonté de Klimt est que nous nous laissions guider par la seule vérité qui vaille à ses yeux : le tableau stricto sensu. Dont acte !

Klimt l’énigmatique laisse les critiques se perdre en conjectures. Klimt l’ésotérique invite à l’initiation. Klimt le symboliste réécrit l'énigme de la vie en lettres de lumière. Plus d’un siècle après sa mort le mystère reste entier. Aborder Klimt c’est accepter de se laisser glisser dans un univers onirique où Éros et Thanatos, ode à la vie et épouvante de la mort, félicité et tourments, extase mystique et jouissance triviale, se plaisent à rejouer leurs éternelles confrontations. Mais contrairement aux rêves où le visible ostensible se joue de nos perceptions pour cacher le réel, les œuvres de Klimt s'évertuent, comme le disait Odilon Redon, à « mettre autant que possible la logique du visible au service de l’invisible ». 


La vie et la mort.

Sans doute influencé par les découvertes de la psychanalyse naissante, la compréhension des mécanismes et du rôle de l'inconscient dans la psyché, et bien sûr son appartenance au symbolisme, l’artiste a parsemé ses œuvres d’éléments aussi récurrents que sibyllins. L’emploi de l’or, l’omniprésence du cercle, du carré, du triangle et de la spirale celtique, les références à l’art égyptien, byzantin et aborigène australien, l’obsession de l’angle droit, les yeux presque systématiquement clos ou les têtes penchées de ses personnages, forment un champ lexical obscur pour l’intellect, mais étrangement familier pour l’émotionnel. 

Plus l'on parcourt l'œuvre de Klimt et plus il devient évident qu'aucune certitude ne s'en dégage, hormis celle concernant le centre de ses préoccupations artistiques : les femmes. Et là encore faut-il nuancer, car se sont plus vraisemblablement les états de la femme qu'il cherche inlassablement à sublimer que la plastique de son corps. La fascination de Klimt pour l'âme féminine qui paraît sans limite se révèle au travers du soin infini qu'il met à en traduire toutes les subtilités. 


Les trois âges de la femme.


Émilie Flöge.


Adam et Eve.


Moving Water.


Le poisson d'or.


Extrait de la frise "Beethoven"


Ondines


Espoir I.


Espoir II.


Extrait de la fresque "La médecine".

L’or, qui ne vit pas de la lumière mais est lui-même la lumière, lumière céleste symbole de perfection, renvoie à l’icône orthodoxe de la peinture byzantine. Klimt utilise-t-il cette matière avec le même dessein que les anciens, faire voir la vérité cachée derrière les apparences ? Et si tel est le cas, vers quelle vérité désire-t-il nous conduire ?


Judith I


Adèle Bloch-Bauer

Régulièrement nous sommes frappés par l’immobilisme, la quiétude, la sérénité et la tendresse qui organisent la dramaturgie picturale de certains tableaux. Ne pourrions-nous pas rester des heures devant ces toiles, avec le désir brûlant de s'y dissoudre ?


Les vierges.


Les amies.


Sea serpents


Les serpentines.

Y-at-il dans l’œuvre de Klimt une dimension érotique comme le suggère la plupart des critiques ? Oui, mais certainement pas au sens prosaïque du terme. L’érotisme de Klimt est fait d’idéal, de fantaisie, de raffinement, de sensibilité et d'amour ou comme le suggère le tableaux ci-dessous, un érotisme de la prière, de l’immobilité qui tend à déstructurer la mécanique animale du coït pour ouvrir sur la transcendance tantrique, l’accouplement mystique et la hiérogamie. 


Le baiser


Danaë.


L'arbre de vie.

Pour entériner l'idée de la nature divine de l'érotisme de Klimt, il est opportun de se référer à ses croquis de couples pris dans le feu de l'action ou de femmes se satisfaisant d'un plaisir solitaire. Restées à l'état d'esquisses, ces représentations de la sexualité ordinaire n'ont pas eu le privilège de prendre du grade en intégrant la catégorie supérieure des œuvres d'art. Est-ce le fruit du hasard ou de la volonté de l'artiste de signifier par cette astuce la trivialité d'une sexualité sans autre ambition que celle du plaisir charnel ?   



Plus que tout autre artiste, Klimt s'est affranchi des limites qui particularisent l'individu, surmontant l'égoïsme de la nature humaine, il a su par son langage pictural universaliste rendre audible par tout un chacun l'indicible chant de l'âme féminine. La lumière d'or qui imprègnent son œuvre en dissolvant les frontières de la perception ouvre la perspective de se confronter au sublime. Klimt l'insondable, le ténébreux, a voué son art à l'expression du sacré et nous transporte dans un ailleurs simplement divin.

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