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La petite histoire du godemichet

La petite histoire du godemichet

La petite histoire du godemichet

L'homme moderne n'a pas inventé le godemichet !

Les artéfacts du pénis, que l’on nomme aujourd’hui sextoys, existent certainement depuis que l’homme a pris conscience des potentialités purement orgasmiques, jouissives, de sa sexualité. 

Les tribologues, dont la spécialité réside dans l’étude des traces laissées par frictions ou frottements sur les objets afin d’en déterminer la fonction, ont prouvé que certains d’entre eux, de forme phallique, datant de la préhistoire, ont indéniablement servi de godemichets. Le plus ancien jouet lubrique connu, découvert en 2005 dans la grotte de Hohle Fels par des chercheurs de l’Université allemande de Tübingen, date du paléolithique supérieur. Fait de pierre de quartz, d’une longueur de 20 centimètres, sa fabrication remonte à 28 000 ans avant notre ère. Sa fonction masturbatoire mise en évidence par les chercheurs n’a pas été simple car l’ustensile semble aussi avoir tenu le rôle de marteau ! 

     

La découverte de cet objet ne saurait fixer l’invention du godemichet au paléolithique car l’insertion d’objets dans le vagin, en vue d’accéder au plaisir sexuel, a même été observée chez certains primates. Il est donc vraisemblable que le phallus de substitution découvert par les chercheurs allemands, n'ait pas été le premier créé par l’homme. Si le matériau utilisé, du quartz, a permis sa conservation, d’autres matériaux moins résistants à l’usure du temps ont pu être modelés avec le même dessein. D’ailleurs, des découvertes ultérieures ont confirmé que les hommes se sont aussi servis de bois pour confectionner des godemichets.

On sait aujourd’hui que l’art du paléolithique supérieur a produit un grand nombre de bâtons phalliques entièrement taillés dans la roche.

Celui retrouvé dans la Gorge d’Enfer, haut lieu de la préhistoire, est absolument fascinant. Constitué de deux pénis formant un angle de 90 degrés, l’objet a été le sujet de nombreuses interprétations. Certains lui ont attribué un rôle rituel, d’autres un rôle de commandement et même de propulseur de flèches. Mais comment pourrait-on refuser l’explication la plus simple, la plus évidente, et douter qu’il ait pu servir pour des pénétrations vaginales ou anales ? Au vu de sa configuration, on pourrait même imaginer que deux femmes l'aient utilisé de concert.


De nombreuses fouilles archéologiques ont permis l’exhumation de godemichets faits de pierre, de bois, d’os d’animaux, de corne, d’ivoire, de craie, reproduisant plus ou moins fidèlement des pénis avec prépuce totalement rétracté ou absent, avec tatouages et même piercings. S’ils n’étaient pas aussi confortables que les modèles actuels, les godemichets de nos ancêtres provenaient de la même vision de la sexualité humaine où la jouissance est une finalité, justifiant tous les moyens pour y parvenir, y compris l’utilisation d’objets de consolation.

Plus on avance dans le temps et plus les témoignages d’utilisation de phallus de pierre et de bois se multiplient.

Certaines peintures réalisées sur des vases de la Grèce antique permettent d’attester de leur utilisation courante, ainsi que de leur utilisation exceptionnelle au cours de représentations théâtrales. A l’époque romaine, le godemichet, du latin gaude mi hi (réjouis-moi), prend la forme de l’olisbo (phallus en cuir). De plus, il semble acquis que certaines statues du dieu Priape avaient une fonction masturbatoire. Rappelons la malédiction de ce dieu dont le gigantesque pénis était contraint à une érection perpétuelle. 

L’Egypte ancienne semble aussi être l’un des berceaux de la culture du phallus artificiel. De nombreuses productions artistiques montrent des sexes en érection, parfois de taille disproportionnée, accompagnant des femmes ou des divinités. Ainsi, dans la mythologie égyptienne, le dieu Osiris était aussi symbolisé par un phallus démesuré. Jacques-Antoine Dulaure dans son ouvrage, Les Divinités génératrices (1805), rapporte les propos de l’historien et explorateur Hérodote au sujet de la fête de Bacchus : "Les Égyptiens célèbrent la fête de Bacchus à peu près de la même manière que les Grecs ; mais, au lieu de Phallus, ils ont inventé des figures d’environ une coudée de haut, qu’on fait mouvoir par le moyen d’une corde. Les femmes portent, dans les bourgs et les villages, ces figures dont le membre viril n’est guère moins grand que le reste du corps et qu’elles font remuer. Un joueur de flûte marche à la tête ; elles le suivent en chantant les louanges de Bacchus." 

L'évolution du godemichet a suivi celle de la matière.

De l'antiquité jusqu'à nos jours, le godemichet a été fabriqué dans de nombreux matériaux : étuis en cuir rembourrés de coton, bois précieux, matériaux plus lourds comme la pierre ou plus fragiles comme la céramique et le verre. Il faudra attendre les années 1940 pour voir les premiers godemichets en caoutchouc. L’arrivée du PVC, puis de la silicone, va permettre la fabrication de godemichets à grande échelle. Devenant moins onéreux et surtout plus confortables, ils vont connaître une commercialisation plus efficace. Notons aussi que les progrès technologiques, comme la maîtrise de l’électricité, ont permis la déclinaison du godemichet sous forme de vibromasseur.

L’histoire du godemichet est presque aussi vieille que celle de l’humanité. Elle nous rappelle que l’homme a depuis longtemps compris tout le bénéfice qu’il pouvait retirer de la jouissance. S’il nous est difficile de connaître les pratiques sexuelles des hommes qui ont sculpté le premier godemichet il y a 28 000 ans, il n’en demeure pas moins certain qu’ils s’étaient éloignés de leur part du singe et avaient déjà une vision érotisée de la sexualité. 

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