Sphère émotionnelle

Le candaulisme ou le plaisir d'offrir

Le candaulisme ou le plaisir d'offrir

Candaule, le roi fou d'amour.

Jeu érotique parmi tant d’autres, le candaulisme (hétéro ou homo), qui n’est pas une pratique spécifiquement contemporaine, semble susciter depuis quelques années un engouement nouveau. Nombre de sites de rencontre se sont d’ailleurs spécialisés dans le domaine et les sites porno proposent une multitude de contenus sur la thématique candauliste. La définition la plus courante du candaulisme le décrit comme une pratique sexuelle dans laquelle une personne ressent de l’excitation en partageant, virtuellement ou réellement, son/sa partenaire avec d’autres personnes. Cette définition commune, cependant incomplète, oblitère le caractère dual du jeu en omettant de signifier que celui ou celle qui est « partagé·e » doit aussi ressentir une excitation et prendre du plaisir à l’être. Dans le cas contraire, le candaulisme n’existerait pas en tant que tel et serait plus logiquement assimilable à une perversion. Tout comme le libertinage et l’échangisme, le candaulisme ne saurait en tout état de cause être expérimenté sans en avoir bien cerné tous les tenants et aboutissants. 

Le terme candaulisme prend son origine dans la Grèce ancienne et l’histoire légendaire d’un descendant d’Héraclès, roi de Lydie, du nom de Candaule. L’historien Hérodote la résume ainsi : « Le roi Candaule trouvait sa femme plus belle que toutes les autres. Sans cesse, il vantait à Gygès, officier de sa garde du corps, les charmes de son épouse et un jour, il l’invita à se convaincre, de visu, de la beauté de celle-ci. Gygès refusa l’offre sacrilège, mais le roi insista. Dissimulé derrière la porte de la chambre nuptiale, Gygès assista au coucher de la reine. Mais, au moment où il s’esquivait, la souveraine l’aperçut. Feignant de n’avoir rien remarqué et persuadée que son mari avait voulu l’humilier, elle jura de se venger. Le lendemain matin, elle convoqua Gygès et lui offrit l’alternative d’être exécuté ou de tuer Candaule, de s’emparer du trône et de l’épouser. Gygès refusa d’abord l’offre de la reine, puis, devant son insistance, il se résolut à tuer Candaule. La reine le cacha à l’endroit où il s’était dissimulé la veille ; Candaule mourut, poignardé par Gygès durant son sommeil. »

La légende de Candaule, telle que nous la rapporte Hérodote, est remarquablement explicite quant à la nécessité pour celle ou celui qui est offert·e d’en avoir accepté le principe, à défaut de quoi l’expérience se solderait par une cinglante déconvenue. 

Être ou devenir candauliste.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, l’expérience candauliste n’est pas forcément initiée par celui des partenaires qui souhaite offrir son compagnon ou sa compagne à un ou des tiers participants. Le désir peut naître dans la fantasmatique de l'offert·e. Dans tous les cas, quiconque envisage un passage à l’acte doit prendre en considération les éventuelles réticences du partenaire et accepter le cas échéant son refus quelles qu'en soient les motivations. La personne qui accueille la demande peut quant à elle manifester une adhésion spontanée au projet, lui apposer une fin de non-recevoir ferme et définitive ou être en proie du doute, tiraillée entre envie et rebut. Dans cette dernière hypothèse elle doit avoir conscience qu’il est toujours possible de s'approprier un fantasme exogène. Pour ce faire, une des méthodes consiste à convoquer le scénario dans les pratiques masturbatoires afin de l'intégrer peu à peu dans son propre univers fantasmatique. Ce procédé qui permet de se lancer dans l'expérience avec les meilleures garanties de succès n'est cependant pas opérant chez tout un chacun. Cela dit, si l'individu ne manifeste aucun plaisir onanique en présence du scénario candauliste, il pourra en tirer la conclusion de son incompatibilité absolue. Dans le cas contraire il devient envisageable de répondre à la demande du partenaire, non sans avoir conscientisé que l’étape de la réalisation sera plus exigeante en termes d’investissement psychologique. 

L'indispensable amour.

La pure et véritable expérience candauliste se nourrit prioritairement de l’amour qui lie les partenaires. Sans quoi elle resterait confinée dans le registre étriqué du voyeurisme ou de l’exhibitionnisme et les candaulistes authentiques ne sont ni l’un ni l’autre stricto sensu. Exhibitionnistes et voyeuristes inscrivent la réalisation de leur fantasme dans la dualité regardant-regardé, le jeu érotique se développant entre deux pôles antagonistes. La relation candauliste, qui implique des interactions psychologiques et érotiques entre les deux amants, mais aussi entre chacun d’entre eux et le ou les tiers participants, se différencie de l’exhibitionnisme et du voyeurisme par sa nature triangulée. Le jeu candauliste s’appuie donc sur un double rapport relationnel spécifique, le principal (entre les amants) et l’accessoire (entre les amants et les tiers participants). De fait, la charge émotionnelle qui infuse cette pratique sera essentiellement proportionnelle à l’intensité amoureuse, l’essence du candaulisme étant de jouir en offrant ou étant offert·e par celle ou celui qu’on aime. 

Aux frontières du candaulisme.

Dans de nombreux articles le candaulisme est associé à tort au cocufiage. Cette erreur d’appréciation provient sans doute d’une variante du candaulisme nommée cuckolding, terme anglais dérivé de cuckold signifiant cocu. Le cuckolding se différencie du candaulisme par l’incorporation d’attitudes et verbalisations humiliantes à l’égard de l’offrant. Dans ce registre, le candaulisme établit un lien avec le sadomasochisme, l’offrant·e jouissant de l’humiliation ressentie, l’offert·e des actes humiliants imposés. Le « Small Penis Humiliation », qui consiste pour l’offert·e à engager des comparaisons vexatoires entre les attributs et les performances des tiers participants et ceux du cuckholdé, est régulièrement cité parmi les processus psychologiques visant à humilier l’offrant.

Lorsque la personne offrante impose à l’offerte consentante des actes visant l’humiliation ou la totale prise de contrôle de son corps, la frontière entre candaulisme et jeux de Domination/soumission devient poreuse. Il convient donc de définir à l’avance les limites que l’on souhaite ne pas dépasser. Dans le cas où l’offerte ne serait pas consentante, la relation s’inscrirait hors du champ consensuel pour rejoindre le répertoire typiquement pervers du viol et serait condamnable à ce titre.

Une pratique de couple, pas une solution.

La pratique du candaulisme n’est pas anodine et ses conséquences peuvent être autant bénéfiques que désastreuses pour le couple. A l’instar du libertinage et de l’échangisme, le candaulisme n'a pas pour fonction de sauver une relation amoureuse chancelante. Le prérequis indispensable se fonde au contraire sur la bonne communication, la complicité entre les amants et leur envie de jouer avec la transgression du modèle monogame en incorporant des éléments d’infidélité et de jalousie (relatives) dans leur processus érotique. Même dans ce contexte les dangers existent et nombre de couples en ont fait les frais. C’est pourquoi il est impératif que les amants s’accordent un droit de retrait immédiat en cas de malaise, de gêne ou de dégout. Lorsque tous les éléments de consentement, respect, communication, information sont réunis alors l’expérience candauliste révèlera tout son potentiel émotionnel et il n’est pas des moindres. 

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