Sphère émotionnelle

Le consentement sexuel

Le consentement sexuel

Le consentement, l'indispensable sésame.

Dire que la condition indispensable à toute relation sexuelle est le consentement semble aller de soi, pourtant, les affaires d’agressions sexuelles qui ont émaillé l’actualité de ces derniers mois, ont remis sur le devant de la scène cette notion pourtant indissociable des relations intimes. Mais comment peut-on définir le consentement ?

Le consentement est un accord passé entre des personnes qui désirent s’engager dans une activité spécifique de nature sexuelle ou non. Le consentement doit être donné librement, il ne peut en aucun cas être valide s’il est obtenu par la contrainte, il peut aussi être révoqué à tout instant car il n’a pas de caractère intemporel. Le consentement doit se matérialiser via un agrément exprimé par des mots et/ou des actes ne laissant pas de place à l’interprétation. La bonne communication entre les amants est de fait essentielle à la réussite de leur projet érotique et son expression verbale reste la plus adaptée pour signifier clairement le consentement. L’adage selon lequel "celui qui ne dit mot consent" ne saurait donc s’appliquer dans le cadre des relations intimes. Le consentement ne saurait non plus être implicite comme on l’a longtemps supposé entre deux personnes mariées. 

La culture du viol nous abreuve de poncifs sur le consentement sexuel présumé des femmes, et nombreux sont les hommes qui s’autorisent encore à prendre un non pour un oui et à voir par exemple dans une tenue vestimentaire un peu légère, le signe d’une ostensible ouverture aux rapports sexuels. Il est bien évident qu’une telle façon de penser le consentement ne peut déboucher que sur des distorsions entre le désir des uns et le vouloir des autres. Les événements concomitants d’agressions sexuelles qui ont créé une conjoncture sans précédent de chocs médiatiques, ont montré l’étendue du malaise qui frappait les relations homme-femme. Que chacun d’entre nous soit en mesure d’apprécier quand une personne exprime, par ses actions explicites et implicites, la volonté claire d’avoir des relations intimes est plus que souhaitable, mais la réalité nous rappelle que le plus souvent, le consentement prend la forme d’une présomption et non d’une certitude. Car en dehors d’un oui franc et net, rien n’est moins sûr que la lecture du langage corporel pour déterminer si une personne est consentante, et une mauvaise interprétation de celui-ci conduit inévitablement à confondre désirs et réalité.

Finalement, un consentement sexuel sans ambiguïté à vivre une expérience sexuelle dont on a parfaitement intégré tous les tenants et aboutissants, ne peut être validé que par un oui enthousiaste clairement exprimé. C’est pourquoi il est indispensable que le "demandeur", s’assure par des questions simples que sa ou son partenaire consent à ses propositions. On pourrait croire à tort que la démarche est un tue-l’amour, qu’elle n’a rien de romantique et encore moins d’érotique. En réalité une franche communication entre les amants n’est jamais contreproductive, bien au contraire elle renforce leurs liens émotionnels et sexuels et les guide vers une jouissance partagée. 

Les éléments constitutifs du consentement.

Le consentement doit être volontaire. La décision de s’engager dans des rapports sexuels doit être libre de toutes tentatives d’intimidation ou de contrainte. Le kidnapping, l’usage d’arme, de la force physique, les menaces verbales (y-compris par téléphone), par lettres ou mails créent autant de situations où le consentement est invalide. Par ailleurs, la notion de libre consentement est susceptible d’être corrompue chaque fois qu’entrent en jeu celles de pouvoir et d’autorité. Donc quand une personne se sent obligée de dire oui à une avance, du fait de son statut de subordonnée, le libre consentement ne peut être reconnu. Il en est ainsi entre une étudiante et un enseignant, entre une patiente et un médecin, entre une employée et un supérieur. Plusieurs facteurs peuvent altérer la qualité du consentement, l’alcoolisation, le fait de se trouver dans une position de sujétion et bien sûr l’âge.

L’âge à partir duquel il est admis qu’une personne est en capacité d’exprimer un consentement sexuel avisé varie selon les pays entre 11 et 21 ans. Dans certains états où les relations sexuelles ne sont autorisées que dans le cadre du mariage, la loi ne définit pas l’âge en dessous duquel le consentement n’a pas de valeur, mais l’âge légal du mariage. En France, Le droit régit les relations entre les mineurs n'ayant pas atteint leur majorité sexuelle fixée à 15 ans par le Code pénal, et les adultes. Mais la question du consentement reste problématique, considérant la suppression de l'Article 2 de la récente loi Schiappa, fixant à 15 ans le "seuil de présomption de non-consentement irréfragable" en dessous duquel le non-consentement devait être considéré comme automatique. Cet article fut considéré comme anticonstitutionnel par la commission des lois de l'Assemblée nationale, au motif qu'il bafouerait la présomption d'innocence, et fut donc fortement amendé. Rétropédalage sur une loi initialement prévue pour "renforcer la lutte contre les violences sexuelles et sexistes". En cas d'agression sexuelle ou de viol sur mineur.e, la jeune victime, au même titre qu'une adulte, devra démontrer avoir subi "contrainte, violence, menace ou surprise"

Quoiqu’il en soit des différentes législations nous pouvons dire qu’une personne n’est pas en condition de donner son consentement dans tous les cas suivants :

  • lorsqu’elle est porteuse d’un handicap mental ;
  • lorsqu’elle est inconsciente ou endormie ;
  • lorsqu’elle ignore ou est trompée sur la nature des relations sexuelles ;
  • lorsqu’elle est sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants ;
  • lorsqu’elle subit une ascendance psychologique ou physique. 

Le consentement sexuel n’a pas valeur de contrat à durée indéterminé. Ce qui est vrai pour un temps ne l’est pas forcément pour l'instant suivant. Il est donc nécessaire de remettre sur le tapis la question du consentement dès lors que le couple s’engage dans une relation sexuelle et dans tous les cas, où l’un des partenaires propose d’essayer une nouvelle pratique. Même et surtout dans le feu de l’action, le consentement est révocable. Lorsqu’une personne n’écoute pas ou néglige de lire les signes physiques d’une désapprobation de sa ou son partenaire, elle s’engage dans un processus d’agression sexuelle. 

Les conséquences de l'absence de consentement.

Si l’on en croit les statistiques présentées par l’OMS, une femme sur trois a subi au cours de sa vie une expérience pouvant s’assimiler à une agression sexuelle. Aux USA, on estime qu’une femme sur six et qu’un homme sur trente-trois ont été violés ou ont échappé à une tentative de viol. D’une manière générale, les agressions sexuelles peuvent affecter tout un chacun indépendamment de son appartenance sociale. 

Il est maintenant reconnu que les agressions sexuelles ne sont généralement pas perpétrées par des inconnus utilisant leur force physique ou une arme pour parvenir à leurs fins. Nous savons que dans 60% des cas, ces agressions sont commises par des proches de la victime, conjoint, parent, ami et que 85% des filles en âge de rentrer à l’Université et victime d’une agression sexuelle, connaissaient leur agresseur. 

Un comportement sexuel s’inscrit dans le champ de la violence dans les exemples suivants :

  • refuser de changer de position alors que sa ou son partenaire le réclame ;
  • ignorer la douleur manifeste de sa ou son partenaire ;
  • harceler sa ou son partenaire jusqu’à obtenir gain de cause ;
  • persister dans un acte sexuel qui ne recueille plus l’assentiment de sa ou son partenaire ;
  • s’engager dans des pratiques sexuelles que l’on sait ne pas convenir à sa ou son partenaire ;
  • profiter de l’état de faiblesse psychique ou de l’état d’ivresse de sa ou son partenaire pour obtenir satisfaction sexuelle ;
  • retirer son préservatif au cours du coït sans l’aval de sa ou son partenaire.

Éduquer au consentement.

Passer outre le consentement sexuel d’une personne revient à lui signifier l’indifférence que l’on porte à ses ressentis, ses préférences, ses envies. Le consentement, en tant que pierre angulaire de toute relation sexuelle saine, est un sujet qu’il est essentiel d’aborder dans le cadre de l’éducation des jeunes garçons en particulier. Une connaissance juste et approfondie de cette notion est en mesure de juguler la recrudescence des agressions sexuelles et de faire comprendre principalement aux adolescentes que leur corps leur appartient, qu’elles ne doivent en aucun cas en laisser le contrôle à une tierce personne. Comme toujours, l’éducation reste le meilleur moyen pour balayer les idées reçues, les poncifs et les préjugés qui en matière de sexualité ne manquent pas, il est donc regrettable que le corps enseignant n’ait toujours pas mis en place de pédagogie sexuelle et érotique. Paradoxe de nos sociétés hypersexualisées où les corps s’exposent sans pudeur dans l’espace public, où les publicitaires et les créateurs de mode n’hésitent pas à s’emparer des codes du porno et où le système éducatif, animé par un esprit pudibond, aborde la sexualité sous le seul angle anatomico-médical. 

Le consentement se pose comme l’incontournable des relations sexuelles. Son absence, au-delà de montrer le manque de respect qu’une personne peut porter à une autre, transforme un temps d’intimité partagé en une violence dont la victime devra subir les conséquences psychiques et physiques, parfois pendant des années après les faits. Il n’est donc pas possible de négocier avec le consentement et il serait même important de lui accoler l’adjectif « avisé » pour renforcer l’idée qu’on ne peut consentir qu’en ayant une vision précise de ce qui est proposé de partager. 
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