Sphère émotionnelle

Vie de couple, routine et désir

Vie de couple, routine et désir

Si l'on en croit les réflexions d'Esther Perel, psychothérapeute belge, la vie de couple se fonde sur une dichotomie porteuse de contradictions. 

D’un côté, elle nécessite sécurité, fiabilité et constance, trois facteurs qui autorisent à vivre sereinement le quotidien et que l’on pourrait regrouper sous le terme générique de routine : habitude de penser ou d’agir selon des schémas invariables en repoussant toute idée de nouveauté ou de prise de risque. Dans le couple, la routine n’est pas mauvaise en soi, elle permet de gérer paisiblement le quotidien, elle est source de stabilité et libère l’esprit des incertitudes anxiogènes. Pense-t-on sérieusement pouvoir vivre harmonieusement son couple dans un climat d’anxiété permanent ? Mais la routine est en retour contre-productive si elle s’installe dans la relation érotique car dans ses fondements, elle s’oppose au désir.

D’un autre côté, la dynamique de couple s'appuie sur celle du désir qui réclame prise de risques, passion, danger et frustration. Sans ce ciment de la relation qu’est le désir sexuel, combien de temps le couple peut-il perdurer ? La routine ne consolide pas la relation, elle a seulement une fonction apaisante. Quand le désir sexuel disparaît et qu’il ne reste que la routine, le couple a toutes les chances de végéter puis dépérir. Inversement, si le couple ne fonctionne que sur le désir, la passion, il ne pourra bénéficier des temps de répit qu’offre la routine, et les tensions générées par l’incertitude ne pourront se résoudre que dans l’implosion de la relation. Vivre en couple, c’est donc se confronter à la complexité née de l’antagonisme existant entre les notions de sécurité, fiabilité, constance et celles de danger, frustration et prise de risques. 

Est-il possible d’alimenter une vie durant la flamme du désir, quand on est engagé dans une relation monogame ?

S’il est simple de mettre en place une routine, il est plus ardu d’entretenir le désir. Comment ne pas imaginer que faire l’amour avec la même personne pendant des années ne puisse être à la longue lassant, voire rébarbatif ? Si l'on s'en tenait à la croyance populaire, l’équation du désir ne comprendrait qu’une seule variable : le temps passé ensemble. Il suffirait donc de se consacrer à l’autre pour construire un degré d’intimité apte à nous conduire sur les chemins du désir. Mais le désir, cette exaltation de l’amour, est un tyran exigeant. Bien entendu, passer du temps avec son conjoint est souhaitable car cela marque au moins l’envie d’être ensemble, mais encore faut-il que les moments vécus ensemble génèrent une plus-value relationnelle, qu’ils stimulent l’appétit.  Un film, un concert, une expo, un voyage aventureux, peuvent être des expériences émotionnelles qui, lorsqu’elles sont partagées, motivent le désir. 

Le manque et le danger stimulent le désir.

Si vous avez vécu des moments de séparation pour cause professionnelle ou autre, vous avez certainement senti un regain d'appétit pour votre conjoint. La prise de risques, la nouveauté, l’inattendu dans le domaine érotique sont aussi de formidables vecteurs de désir. La frustration et le jeun érotique, sont des armes redoutables pour attiser la flamme de la concupiscence. Mais combien de couples s’en servent aujourd’hui ? Les moyens de contraception ont permis de faire l’amour à l’envie et pour le plus grand nombre c’est un progrès, une avancée en matière de liberté. Cependant, les temps de pause forcés que s’imposaient les couples pendant les périodes de fertilité, avaient l’avantage d’opposer une résistance au désir, une frustration propre à le rendre plus ardent encore. Non seulement la frustration renforce le désir, mais elle décuple aussi le plaisir. La sensation de plaisir intense attise l’envie de recommencer. C’est un cercle vertueux qu’il faut comprendre et maîtriser en ne répondant pas systématiquement à nos injonctions pulsionnelles.

Gérer le désir est un art qui s’apprend et se travaille.

En toutes circonstances nous devons rester maîtres de nos envies et ne pas les laisser prendre les commandes de notre vie. Il en va ainsi des fantasmes qui sont d’autres pourvoyeurs du désir sexuel. Dans un contexte sociétal où la consommation est érigée en dogme absolu, on est porté à vouloir tout et tout de suite. Dans le cadre d’un projet de couple, il faudrait s’interroger sur le bien-fondé d’une surexploitation de nos réserves fantasmatiques. Si dans les premières années d'une relation l'on se laisse aller à la réalisation de tous ses fantasmes, que restera-t-il pour animer le désir pendant les années restantes de sa vie ?  

La vie de couple, dans le cadre d’une relation monogame, n’est donc pas une sinécure. Il faut admettre que c’est même un véritable défi qui attend tous ceux qui s’engagent dans cette voie. Mais quand on y parvient n’est-ce pas la plus merveilleuse des expériences qu’il nous soit donné de vivre ?  

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