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Aphrophobie ou la peur du désir sexuel

Aphrophobie ou la peur du désir sexuel

Les aphrophobes ou le désir contrarié.

Si la sexualité, composante naturelle de la vie, s’exprime d’évidence pour la quasi-totalité des espèces vivantes, pour les humains elle est source de nombreuses problématiques et de nombreux facteurs peuvent être causes de son dysfonctionnement. Par exemple, l’addiction sexuelle, phénomène typiquement humain, peut conduire à des comportements à risque pour le sujet et son entourage quand l’anxiété ou l’angoisse de la performance sont susceptibles d’entraver le bon déroulement des rapports sexuels. 

La transgression primordiale, en tant que perversion qui a détourné la sexualité de sa vraie nature, de son mode originel et reproductif vers un mode secondaire et jouissif, a transformé les humains en explorateurs d’une terra incognita aussi fabuleuse que dangereuse. Apprivoiser cette nouvelle sexualité n’a sans doute pas été simple et l’invention des tabous et interdits nous rappelle que les groupements humains ont subi ses expressions les plus destructrices, tel l’inceste, avant de mettre en place des garde-fous salvateurs. Le contrôle social de la sexualité certainement nécessaire pour assurer la pérennité des sociétés, s’est souvent appuyé sur l’idée que le sexe, en dehors de la reproduction, devait inspirer un dégoût d’autant plus fort que les pratiques étaient éloignées de son but élémentaire. De fait, les comportements homosexuels, le libertinage, le SM, la masturbation, la fellation, la sodomie, furent frappés du sceau de l’infamie et condamnés à ce titre à subir l’opprobre du peuple et parfois les foudres de la justice. Si la libération sexuelle a insufflé une nouvelle vision du sexe, l’idée qu’il est dégoûtant, sale, reste bien ancrée dans la mémoire collective et produit encore des effets délétères sur nombre d’hommes et de femmes, tels les aphrophobes, des individus manifestant une peur incontrôlable du désir sexuel.

La peur du désir.

L’aphrophobie peut se révéler aussi bien à l’égard de son propre désir qu’à celui d’autrui. Les personnes souffrant de ce trouble de la sexualité ne supportent pas d’être sujettes au désir et sont en proie à des crises d’angoisse, des étourdissements, des vomissements dès qu’elles en ressentent ses manifestations. Conséquemment, les aphrophobes n’ont pas de vie sexuelle ou souffrent le martyre s’ils se forcent à en avoir une. Dans le contexte hypersexualisé que nous connaissons où les images et sollicitations explicites foisonnent, la vie des aphrophobes n’est pas une partie de plaisir ! Car pour eux, l’idéal serait de ne jamais être en prise avec des situations évoquant ou provocant le désir. Certains rapportent que le moindre contact physique, baiser sur la joue, caresse de la main, ou la moindre évocation érotique, les emplit d’un profond sentiment de dégoût. 

Entre excitation et dégoût.

Les raisons de l’aphrophobie sont mal connues, mais les sexologues rapportent qu’un passé traumatique d’agression sexuelle, au cours de laquelle la victime a ressenti une excitation, est fréquemment évoqué par les aphrophobes, tout comme le fait d’avoir été exposés à des évènements sexuellement perturbants pendant l’enfance tels ceux où des parents indélicats manifestent bruyamment leur plaisir. Mais, toute autre situation à caractère sexuel mêlant dégoût et excitation peut participer à la construction de la phobie du désir. Alain Héril, psychanalyste et sexothérapeute, rapporte le cas d’un homme qui, ayant surpris son épouse en train de faire l’amour avec une femme, fut assailli par des sentiments contradictoires, mélange d’excitation sexuelle et de répulsion. L’association du dégoût généré par ses croyances religieuses et d’un désir aussi violent qu’irrépressible induit par la vision de la scène, déclencha son aphrophobie. Dès lors, son désir sexuel devint insupportable et sitôt que sa libido s’activait il était pris de nausées. 

Le dégoût est un sentiment absolument indispensable, il permet de ne pas manger des aliments avariés ou d’autres dont l'odeur suspecte suppose un possible empoisonnement. Personne, hormis les scatophiles, ne songerait à porter à la bouche un excrément. Il permet aussi d’éviter les relations sexuelles avec des individus peu portés sur l’hygiène. Au sentiment de dégoût succède immédiatement un réflexe de rejet. Accolé à la sexualité, ce sentiment va produire des effets similaires expliquant que certaines pratiques désignées comme dégoutantes par la morale puissent répulser ceux qui en ont intégré les principes. 

Il appert au regard des témoignages produits par les aphrophobes, que pour une raison ou une autre à un moment de leur vie, ils ont non seulement associé le dégoût à une pratique sexuelle, mais pour différents motifs, à la sexualité dans son ensemble. C’est pourquoi toute évocation, toute allusion à la sexualité leur procurent un profond malaise, un sentiment de dégoût et un réflexe de rejet. Pour se préserver de ces expériences pénibles, les aphrophobes développent inconsciemment une phobie du désir, la peur s’inscrivant dans un mécanisme de sauvegarde débouchant, en l’espèce, sur l’évitement – stratégie d’adaptation mise en place pour ne pas se trouver en but avec un facteur de stress. 

La peur comme le dégoût ont une fonction liée à la survie. Le sentiment de peur fait suite à un stimulus potentiellement annonciateur d’un danger. Grâce à une décharge conjointe d’adrénaline et autres neurotransmetteurs, la peur permet de fuir ou combattre la menace. La peur n’est pas seulement réactive, elle est aussi anticipative. La mémoire du danger vécu dans un tête à tête avec un chien agressif, par exemple, activera le sentiment de peur et invitera l’individu à se méfier ou éviter de croiser des chiens. Pour les aphrophobes la peur est avant tout anticipative car c’est la mémoire des conséquences de la montée du désir, du danger qu’elles représentent, qui motivera l’évitement des situations déclenchantes.

L’aphrophobie toucherait aussi bien les hommes que les femmes et il est fort probable que dans la communauté des asexuels se trouvent nombre d’aphrophobes. Ce trouble sexuel peut être confondu avec la génophobie ou l’érotophobie, des peurs plus spécialement centrées sur les parties génitales et les rapports sexuels. Comme pour l’ensemble des troubles touchant la sexualité, le meilleur recours se trouve auprès des sexologues et psychologues qui disposent des outils pour déterminer l’origine de la phobie et engager le processus de reconquête de la sexualité. 



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