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L'EMDR, le succès d'une nouvelle thérapie

L'EMDR, le succès d'une nouvelle thérapie

Thérapie EMDR, pour un traitement efficace des traumatismes.

L’EMDR (Eye-movement Desensitization and reprocessing ou Désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) est une approche psychothérapeutique découverte par Francine Shapiro, docteure en psychologie au Mental Research Institute de Palo Alto en Californie.

Cette technique utilise des stimuli visuels, sensitifs ou sonores. Par ces mouvements oculaires, le thérapeute aide son patient à ancrer de nouvelles représentations positives liées à ses vécus traumatiques. Cette méthode permet ainsi à l’individu de surmonter des souvenirs ou des expériences générateurs de stress intense.


L'EMDR, une thérapie qui a fait ses preuves.

L’efficacité de l’EMDR a été scientifiquement prouvée depuis 1989 par de nombreuses études contrôlées. Depuis 2013, l’Organisation Mondiale de la Santé la préconise pour le traitement des troubles psychotraumatiques chez l’enfant et l’adulte. Elle est également reconnue aux Etats Unis par l’American Psychologist Association (1998), l’International Society for Traumatic Stress Studies (2000), l’American Psychiatric Association (2004) et le Department of Veterans Affairs and Department of Defense (2004 ), en France par l’INSERM [2](2004) et par la Haute Autorité de la Santé (2007), en Israël par le National Council of Mental Health Israël (2002), en Irlande par le Northern Ireland Department of Health (2003) et au Royaume Uni par le Department of Health (2001) et le National Institute for Health and Clinical Excellence (2005).

À qui s’adresse l’EMDR ? 

Aux enfants et aux adultes qui souffrent de traumatismes (agressions physiques et morales, accidents, abus sexuels, catastrophes naturelles, guerres, etc.) ou d’événements pénibles (deuil, séparation, licenciement professionnel, difficultés professionnelles, etc.), de dépression, d’addictions (toxicomanie, alcoolisme), de troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie), d’attaques de panique, de phobies, de TOC (troubles obsessionnels compulsifs), de troubles psychosomatiques, etc.

Quelles sont les contre-indications de l’EMDR ?

Les troubles graves de la personnalité comme les psychoses sont considérés par la majorité des thérapeutes comme une contre-indication. Les états suicidaires et les troubles cardiaques récents figurent également parmi les contre-indications. Cependant, il appartient à chaque thérapeute, en fonction de son expérience et de son expertise, d’évaluer pour chacun de ses patients les risques et les bénéfices d’un traitement EMDR.

Quels sont les avantages de l’EMDR par rapport à d’autres méthodes thérapeutiques ?

L’avantage de l’EMDR réside dans la rapidité et l’efficacité du traitement. En effet, un traumatisme simple (par exemple, un accident de voiture effrayant sans blessés ni tués vécu par une personne équilibrée) et une phobie unique (par exemple, une phobie de l’avion) peuvent être résolus durablement en quelques séances (de 3 à 5 séances). Dans ces cas, l’EMDR affiche une efficacité comparable à celle des antibiotiques prescrits pour combattre une pneumonie ! A ce jour, aucune autre méthode psychothérapeutique ne peut prétendre à de tels résultats.

La guérison n’advient pas de manière aussi spectaculaire dans tous les cas même s’il n’en reste pas moins qu’elle s’avère toujours plus prompte qu’avec d’autres techniques. Ainsi, les traumatismes complexes (par exemple, une maltraitance physique ou sexuelle subie durant une longue période) et l’anxiété généralisée (anxiété excessive pouvant concerner de multiples situations ou événements) réclament davantage de préparation et nécessitent un travail de plus longue haleine. Dans le traitement de ce type de problématiques, l’EMDR garde toute son utilité mais s’intègre dans une approche psychothérapeutique plus large en alternance avec d’autres techniques (telles que l’hypnose, la thérapie comportementale et cognitive, la thérapie stratégique du type Palo Alto et autres méthodes connues du thérapeute). Dans les cas les plus sévères, la thérapie peut s’étaler sur une année, voire davantage.

Les résultats obtenus par l’EMDR sont constants et durables.

Comment se déroule une thérapie EMDR ?

L’EMDR est une thérapie à part entière et comme telle doit être menée consciencieusement. Elle débute par un, voire plusieurs entretiens préliminaires. Ces entretiens préparatoires sont indispensables pour créer une interaction de qualité entre le thérapeute et son patient. Par ailleurs, ils s’imposent par la nécessité de recueillir un certain nombre d’informations. Le praticien veillera à récolter les éléments importants concernant la vie du sujet et fera une anamnèse sérieuse de la problématique motivant la demande de traitement. Ces entrevues préalables permettent donc d’établir un bilan qui précisera l’indication de l’EMDR et, le cas échéant, sa contre-indication. Au-delà de ce bilan d’évaluation, cette étape préparatoire permet aussi de fournir toutes les informations utiles sur l’EMDR, de démystifier la technique et de répondre aux interrogations du patient. Il s’agira notamment de raisonner ceux qui attendent de cette technique des effets magiques et instantanés. Nous l’avons vu, ces effets miraculeux sont fréquents dans les traumatismes et les phobies simples mais nettement plus rares dans les traumatismes complexes et l’anxiété généralisée. Ces conditions étant réunies, la thérapie EMDR proprement dite peut commencer.

Avec la participation du patient, le psychothérapeute identifie le souvenir ou la situation à l’origine des difficultés (par exemple, un accident de roulage) et s’il en existe plusieurs, établit des priorités de traitement.

Comment peut-on expliquer que l’EMDR libère des souvenirs refoulés ?

Le refoulement est un mécanisme de défense inconscient (défini par Freud) par lequel des représentations désagréables sont maintenues hors du conscient. C’est un phénomène bien connu. Comme nous l’avons vu, les données non traitées sont stockées temporairement dans un frigo. Dans le refoulement, elles sont laissées en suspens dans un congélateur. Elles peuvent y rester longtemps sans reparaître mais elles ont davantage de chance de revenir dans un état de stimulation parasympathique, ce qui est le cas lors de la thérapie EMDR.

Le mouvement oculaire a des effets comparables aux mouvements rapides du sommeil REM mais qu’en est-il du tapping et des stimulations sonores ?

Les mouvements oculaires ne sont pas les seules stimulations efficaces à réduire la détresse des patients. Par exemple, on peut aussi utiliser la stimulation auditive (il existe des appareils qui délivrent des sons alternatifs via des écouteurs) et le tapping (stimulation tactile par tapotements sur les genoux ou les mains du patient).

Comment peut-on expliquer que ces stimulations soient efficaces ? Une des hypothèses avancée est que les mouvements des yeux observés durant le sommeil REM auraient chez les mammifères la même fonction qu’à l’état diurne : se défendre et se protéger (détecter le danger et les ressources utiles à la survie) et rechercher des informations vitales (repérer la nourriture et un partenaire sexuel, identifier un rival sexuel). Mais l’animal ne se contente pas de scruter l’environnement du regard : il hume l’air, il écoute, etc. Quand nous rêvons, les mouvements oculaires suivent probablement nos visions oniriques qui s’accompagnent vraisemblablement de sensations olfactives, kinesthésiques, auditives, etc. Toutefois, ces sensations ne se traduisent pas par des phénomènes manifestes au contraire des yeux dont les mouvements sont visibles. Durant le sommeil paradoxal, nous sommes « paralysés » (le système moteur est désactivé) mais toute notre sensorialité est en éveil (la vision mais également l’odorat, l’ouïe, le toucher, la proprioception [7], etc.). Nous l’avons vu, durant cette phase de sommeil, les informations diurnes sont « retraitées » pour être stockées dans notre mémoire à long terme. Ce retraitement de l’information se fait certainement avec tous les organes des sens (et donc, pas uniquement les yeux). Ceci explique pourquoi la stimulation de chacun de nos sens peut être active dans la thérapie EMDR. 



Reproduction autorisée et bienvenue du contenu issu de l'article original, moyennant mention de la source et accord préalable d’Evelyne Josse.

Site source : www.resilience-psy.com 
Page de l'article d'origine : http://www.resilience-psy.com/spip.php?article142  



Références

Roques Jacques, EMDR, une révolution thérapeutique, Desclée de Brouwer, 2003
Roques Jacques, L’EMDR, InterEditions, collection Découvrir, 2008
Roques Jacques, Guérir avec l’EMDR, Seuil, CouleurPsy, 2007
Servan-Schreiber David, Guérir, Pocket, 2005
Shapiro Francine, Silk Forrest Margot, Des yeux pour guérir, Seuil, 2005
Shapiro F., Manuel d’EMDR, InterEditions, Paris, 2007
 
[1] Francine Shapiro a reçu en 2002 le prix Sigmund Freud, prestigieuse distinction décernée par l’Association Mondiale de Psychothérapie et par la ville de Vienne.
[2] Institut National de la Santé et de la Recherche Médiale
[3] Les études montrent que les stimulations sensorielles rythmique alternatives sont plus efficaces que les stimulations simultanées ou que les stimulations continues qui le sont également mais dans une moindre mesure (Servan-Schreiber David, Schooler Jonathan, Dew Mary Amanda, Carter Cameron, Bartone Patricia, Eye Movement Desensitization and Reprocessing for Posttraumatic Stress Disorder : A Pilot Blinded, Randomized Study of Stimulation Type, Psychother Psychosom 2006 ;75:290–297).
[4] Etat précédent l’endormissement.
[5] Phase de réveil partiel qui succède au sommeil.
[6] Hobson J. A. (1988), The dreaming brain, Basic Books, New York.
[7] La proprioception désigne la sensibilité du système nerveux à divers stimuli tels la pression ou la tension qui affecte les muscles, les os, les tendons et les articulations. Elle nous permet de prendre conscience des différentes parties de notre corps, de leur tonus, de leur position et de leur mouvement dans l’espace en l’absence de vision.

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