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La méthode Billings

La méthode Billings

La méthode Billings ou le contrôle naturel des naissances. Une alternative aux contraceptions classiques ?

Dans les années 70, un couple de médecins australiens, John et Evelyn Billings, propose une méthode naturelle de contrôle des naissances fondée sur l'observation de la glaire cervicale dont la texture évolue au cours du cycle menstruel. La méthode Billings qui permet de déterminer les jours de fécondité, consiste à prélever avec le pouce, avant chaque rapport sexuel, un peu de glaire au fond du vagin. Lorsque la glaire s'étire sur plus de 5 cm entre le pouce et l'index, la femme est féconde. 

La méthode Billings a été soutenue par l'OMS pour son coût nul et la simplicité de sa mise en application. Son efficacité, de l'ordre de 99%, permet d'atteindre un taux de fécondité 20 fois inférieur à celui obtenu par des méthodes contraceptives classiques (pilule, stérilet, diaphragme, préservatif). Toutefois, il convient de croiser cette méthode avec d'autres procédés d'observation du cycle menstruel (méthode des températures et observation de l'ouverture du col de l'utérus) notamment en cas de cycles irréguliers ou de double ovulation.

D'aucuns prétendent qu'il ne s'agit pas d'une véritable méthode contraceptive, dans la mesure où les couples qui la pratiquent restent ouverts à l'éventualité d'une grossesse. Mais n'est-ce pas déjà le cas pour un certain nombre de femmes qui ont choisi une contraception de type médical ? D'autre part beaucoup de couples utilisant la méthode Billings auront pareillement recours à l'IVG en cas de grossesse non désirée.

La question du choix de la méthode Billings se pose en matière d'efficacité mais aussi d'information.

Les aprioris et confusions, notamment entre méthode Billings et méthode Ogino Knausentre autres, ont tendance à dissuader les femmes d'adopter ce procédé de contraception et de renoncer aux moyens les plus couramment prescrits et réputés les plus efficaces : la pilule et le stérilet. Mais, si la pilule contraceptive permet une plus grande insouciance dans la gestion des rapports sexuels, elle n'est pas exempte de contraintes, ni d'effets secondaires indésirables, et son efficacité reste liée à la régularité des prises, ce que confirme une étude de l'IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) qui a relevé que dans 92% des cas, les grossesses non désirées étaient dues à la négligence des utilisatrices.

Toujours selon l'IGAS, les chiffres démontrent qu'en moyenne 3 IVG sur 4 concernent des femmes utilisant une méthode contraceptive chimique (pilule, stérilets, autres méthodes hormonales) ou mécanique (préservatif, diaphragme, retrait). Si l'on considère qu'en France, plus de 95% des femmes sexuellement actives ont recours à des techniques empêchant la fécondation, comment peut-on se trouver confrontés à une problématique si paradoxale, qu'en dépit de l'un des plus forts taux de contraception, le pays se trouve impuissant à réduire le nombre d'IVG pratiquées chaque année ?

Pilule, stérilet, diaphragme, préservatif et consorts, quelle efficacité ?

Pour se faire une idée aussi pertinente et juste que possible de l'efficacité des différentes contraceptions dont disposent (majoritairement) les femmes, il nous faudra chercher un peu plus loin que les données publiées sur certains sites, faisant pourtant référence en la matière, comme choisirsacontraception.fr  où des informations particulièrement optimistes font état de taux d'efficacité variant de 82% pour les spermicides à 99,7% pour la pilule. Cependant, selon l'IGAS "Le niveau de l'échec contraceptif en France est préoccupant", d'autant plus que 42% des grossesses non désirées sont survenues "malgré une méthode médicale théoriquement très efficace (pilule ou stérilet)".


Moulage en bronze d'un stérilet Mirena

Philippe Descamps, chef de service de gynécologie obstétrique au CHU d'Angers est responsable de la communication au Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français. Dans un article de l'Obs, il explique :

Pour la pilule, le taux de grossesse est de 8%, c'est-à-dire que sur 100 femmes qui la prennent, 8 tombent enceintes. Pour le stérilet, on tombe à 0,6%. Mais il n'y a pas de quoi faire un plaidoyer contre la pilule, qui a une efficacité scientifique certaine si elle est prise correctement. Le nombre de grossesses est lié à la mauvaise observance : oubli, décalage dans la prise horaire... 

Bien sûr, vu sous l'angle unique de l'efficacité, pourquoi faire un plaidoyer contre la pilule ? En revanche, sur la question de sa nocivité, quelques considérations sont à prendre en compte concernant notamment les pilules de 3ème et 4ème génération. De même, peu d'éléments de réflexion sont disponibles quant à l'influence des contraceptifs hormonaux (entre autres) sur la baisse de la libido, effet induit par la nature même du médicament, et celle se rapportant à l'économie du désir.

Traitements contraceptifs hormonaux (pilule, certains stérilets, injections, patchs) et effets sur la santé.

Nous avons probablement tous en mémoire l'affaire opposant Marion Larat aux laboratoires Bayer, laquelle fut la première femme à porter plainte contre ces derniers après avoir été victime en 2006 d'un AVC attribué à la prise d'une pilule de 3ème génération, le Méliane. En juin 2012, la Commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de la région Aquitaine confirmait ce lien : "L'AVC est survenu dans les trois mois de la prescription du Méliane. Ces éléments constituent autant de présomptions graves, précises et concordantes permettant d'imputer la survenue de l'AVC à l'administration du Meliane."


Meliane, pilule de 3e génération que prenait Marion Larat, victime d'un AVC

Il est également admis que la prise de certaines pilules œstroprogestatives, dites "combinées", qui contiennent à la fois un œstrogène et un progestatif, augmente les risques de contracter un cancer du sein ou du col de l'utérus. De même, et quelle que soit sa génération, la pilule combinée (comme tout traitement contraceptif hormonal) présente un risque d'autant plus élevé de développer des maladies thromboemboliques qu'elle est associée avec une consommation de tabac et/ou d'alcool. Notons quand même qu'il est reconnu aux pilules combinées un certain effet réducteur du risque de cancer de l'ovaire, du corps utérin et de cancer colorectal. 

Contraception, liberté et désir : y avons-nous pensé ?

Après avoir rapidement parcouru les différents aspects physiologiques liés à la contraception, son taux d'efficacité et ses effets sur la santé, nous avons souhaité proposer une perspective d'analyse différente et quoi qu'il en soit, beaucoup moins visitée quant à la question de la contraception. C'est pourquoi nous avons pensé ouvrir une piste de réflexion quant aux éventuelles influences qu'exerce sur l'activité érotique du couple, une liberté sexuelle sans limites. 

Nous savons que la frustration suscite le désir et enflamme les sens. Après une longue séparation, qui n'a pas ressenti d'émoi particulier à l'approche des retrouvailles ? Mais quelle frustration entretient désormais ce désir lorsque le couple a tout loisir, à tout instant d'y remédier grâce aux "bienfaits libérateurs" de la contraception ? L'oublions-nous, désirer est d'abord le signe d'un manque : on ne désire que ce que l'on n'a pas. Lorsque, répondant à des pulsions libidinales exacerbées par l'intensité passionnelle, on brûle la chandelle amoureuse par les deux bout, s'installe rapidement un sentiment de routine qui, additionné à celle d'un quotidien rythmé par les obligations familiales et professionnelles, annihile peu à peu l'ardeur d'un désir désormais lointain et parfois recherché... ailleurs. 

Cependant multiplier les conquêtes amoureuses est loin de garantir un désir toujours plus neuf et ardent, ni le maintien à niveau, pour ces messieurs, de leurs performances sexuelles. Beaucoup de personnes que l'on qualifiera de "sexuellement très actives" rendent compte d'une certaine lassitude face à la surabondance d'opportunités de relations sexuelles "one shot" offertes par les différents sites de rencontres. Et si certaines paraissent plutôt bien s'accommoder de la situation, en revanche, d'autres s'avouent littéralement ankylosés dans ce qu'elles estiment être une dynamique stérile de consommation massive.

Alors que peut apporter la méthode Billings - en plus des indiscutables avantages qu'elle présente pour la santé des femmes - en matière d'économie du désir ? Peut-être et avant tout, le rétablissement d'une frustration maîtrisée liée à l'observance stricte des périodes de fécondité de la femme, périodes durant lesquelles s'offre néanmoins aux libidos les plus actives, une multitude de possibles érotiques autres que la pénétration vaginale. Mais, quoi qu'il en soit de l'appétit sexuel des partenaires, respecter les cycles naturels du corps de la femme (et donc respecter la femme), lui épargner le cortège mortifère des atteintes à son intégrité physique tout en lui permettant de choisir le moment d'accueillir l'arrivée d'un enfant, n'est-ce pas permettre l'expression d'une sexualité véritablement libre et responsable ?

1 - Méthode consistant à éviter les rapports sexuels pendant les périodes de fécondabilité (ou période de fécondité), calculées en fonction de la longueur des cycles menstruels observés sur les 12 derniers mois.

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