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Les fantasmes dérangeants, première partie

Les fantasmes dérangeants, première partie

Les fantasmes sexuels ou l'onirisme du désir.

Le terme fantasme provient du monde psychanalytique, plus précisément de la traduction du mot phantasie introduit par Freud pour faire cas des phénomènes liés à l’imagination. La notion de fantasme sexuel renvoie à l’ensemble des images et scénarios, de nature généralement érotique, que nous produisons de façon consciente ou inconsciente, éveillée ou endormie, et qui vont générer, sauf cas exceptionnel, une excitation sexuelle. Selon Claude Crépault, ex-professeur titulaire du département de sexologie de l’Université du Québec et auteur de l’ouvrage "Les fantasmes, l’érotisme et la sexualité", les fantasmes revêtiraient plusieurs formes.

  • Le fantasme érotique imagé. La personne visualise de façon nette et précise le scénario ou l’image qui l’excite.
  • Le fantasme érotique sans image. L’individu peut par exemple imaginer qu’il maîtrise l’art de faire jouir une femme, sans qu’aucune image ne soutienne cette idée.
  • Le fantasme érotique symbolique. Pour illustrer ce type ce fantasme, Claude Crépault renvoie au cas d’un homme qui ressent une excitation sexuelle pour les chiffres de 1 à 7. Lors de ses masturbations, il voit défiler ces chiffres et jouit dès que le 7 apparaît.
  • Le fantasme érotique à contenu sexuel anti érogène. Par exemple un fantasme de domination et humiliation excitant peut se révéler anxiogène lorsque le dominant revêt les traits de l’être aimé. 

Le fantasme peut être constitué d’une seule image, d’une succession d’images sans lien logique les unes avec les autres, ou d’un scénario structuré suivant une progression bien définie. Les fantasmes sont donc des pures productions de l’esprit. Un fantasme réalisé perd sa qualité de fantasme pur lorsqu’il devient, par le passage à l’acte, une réalité. Il peut toutefois garder sa force d'excitation. Il est généralement admis que 90% de la population adulte reconnaît avoir des fantasmes. Leur nature est extrêmement variée et il serait impossible d’en faire une liste exhaustive. 

De l’origine des fantasmes "particuliers".

Hormis quand ils sont hors norme et/ou dérangeants, peu de gens se posent la question de l’origine de leurs fantasmes. Pour ceux qui s’interrogent, comprendre le pourquoi du comment n’est pas chose aisée. Heureusement de nombreux psychanalyses et psychologues s'intéressent de près à ce sujet passionnant et apportent des éclairages sur les parties obscures de nos imaginaires érotiques.

Si on ne peut exclure que la biologie soit un facteur opérant, l’essentiel de notre moi fantasmatique se constituerait sur la base des évènements vécus pendant notre enfance et des émotions qui en ont découlé. Lorsque celles-ci sont liées à des conflits non résolus ou des besoins non satisfaits, la fantasmatique ne serait qu'une tentative inconsciente de transformation des émotions douloureuses en d’autres plus jouissives. C’est la position de Stanley Siegel, psychothérapeute, professeur d’université et travailleur social, qui a échafaudé une théorie de construction de la fantasmatique basée sur ces évènements traumatiques. Pour lui, ces traumas plus ou moins importants se trouvent à la source des images et scénarios érotiques de soumission, d’humiliation ou à l’inverse de domination et de toute-puissance sexuelle.

Sentiment d’impuissance.

Né d’une éducation rigoriste où les parents utilisent leur autorité pour exercer un contrôle stricte sur les choix de l’enfant, le sentiment d’impuissance peut se traduire dans l’univers fantasmatique érotique de l’adulte par un besoin d’abandon de tout contrôle, de soumission à un maître omnipotent ou à l’opposé un désir de domination totale de la sexualité d’autrui. Alors que dans l’enfance l’individu a pu éprouver des sentiments désagréables en réponse à cette éducation dirigiste, par le processus psychique du fantasme, il tentera d’inverser la nature de ces émotions en leur conférant la dimension du plaisir sexuel. 

Sentiment de culpabilité et de honte.

Lorsque les parents et autres éducateurs ont utilisé les sentiments de honte et culpabilité pour modeler, voire mettre sous contrôle les comportements et réactions sexuels de l’enfant, ce dernier pourra, devenu adulte, ressentir des difficultés à s’engager dans une sexualité libre. Les fantasmes de sexualité forcée seront alors l’expression de son besoin d'éradiquer ces sentiments délétères. En s’en remettant à un agresseur tout-puissant, il pourra accéder à une sexualité exempte de honte et culpabilité, étant donné qu'il ne portera plus la responsabilité de ses actes.

Sentiment d’indifférence et de vide.

L’enfant qui subit des traumatismes importants, décès d’un parent, violences domestiques, mauvais traitements, sans avoir la possibilité de recourir au soutien d’un adulte bienveillant, peut développer une insensibilité émotionnelle que l’on doit comprendre comme une stratégie psychique de protection contre des sentiments douloureux. Cependant, ce processus de désensibilisation conduit l’individu à se sentir vide, indifférent et dépourvu d’émotions. Plus tard, sa fantasmatique pourra se construire sur l’idée du détachement émotionnelle, qui le conduira à trouver l’excitation sexuelle dans l’objectification de ses partenaires prenant par exemple la forme d’un fétichisme de différentes parties du corps.

Sentiment d’abandon.

Lorsque les besoins émotionnels de l’enfant, sécurité, amour, reconnaissance, sont ignorés ou négligés, que les parents manquent d’empathie et de chaleur, qu’ils sont plus portés sur la critique négative que le compliment, le sentiment d’abandon, au sens figuré du terme, peut envahir son esprit. Inconsciemment il reçoit le message que ses demandes n’ont aucune valeur. Ce sentiment d’abandon pourra ouvrir sur une fantasmatique orientée sur la recherche d’un partenaire narcissique. Concrètement, l’excitation sexuelle sera stimulée par l’humiliation, la soumission, qui lui permettront de jouir sur des terrains où enfant il souffrait. À contrario, les fantasmes pourront s'élaborer autour d’un désir de centralité. L’individu s’imaginera être désiré par un être extraordinaire ou dans le cas d’une sexualité de groupe, au centre des désirs de tous les participants, fantasmant que sa beauté, son intelligence, son sex-appeal sont grandioses. 

Sentiment d’infériorité.

Pour que l’enfant acquiert le sens de l’amour propre, une estime de soi suffisante pour affronter les défis de la vie, les parents doivent lui montrer qu’il a une valeur réelle et entière. De fait quand l’enfant est soumis à des comparaisons dévalorisantes, qu’existe aux yeux de ses parents un autre toujours plus fort, plus intelligent, plus beau, etc. il ne pourra que se penser comme un être inférieur, sans valeur ne méritant pas d’être aimé. En conséquence il connaîtra un déficit d’amour propre. Sexuellement ce manque d’estime de soi pourra s’érotiser par des comportements de soumission, humiliation et d’extrême adoration du partenaire. L’excitation sexuelle se trouvera renforcée chaque fois que l’individu se trouvera dans des situations ou scénarios érotiques dans lesquels il sera traité comme un moins que rien, un être sans valeur. Le plaisir sexuel tiré d’une humiliation choisie viendra amoindrir les effets douloureux du manque de reconnaissance parentale.

Les différentes origines des fantasmes "particuliers" présentées dans cet article ne sont que des hypothèses. Elles reprennent néanmoins l’idée défendue par plusieurs psychologues d’un processus de transformation d’une émotion négative ancrée dans l’histoire de l’individu en une autre plus positive par le biais de la jouissance sexuelle. Cela étant, les fantasmes sont comme les rêves, relativement difficile à interpréter. Ils peuvent même se révéler aussi incompréhensibles pour celui qui les vit que pour les spécialistes qui les dissèquent. Il en est ainsi par exemple lorsque l’individu strictement hétéro produit des rêves érotiques homosexuels. Ces fantasmes perturbants ne sont pas toujours révélateurs d’une distorsion entre les aspirations sexuelles réelles et d’autres qui seraient cachées dans l’inconscient, pas plus qu’ils ne sont les révélateurs d’un indiscutable historique traumatique. À suivre dans la deuxième partie...

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