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Masters et Johnson, la quête de l'harmonie sexuelle

Masters et Johnson, la quête de l'harmonie sexuelle

Masters et Johnson sont considérés comme les pionniers de l’étude réellement scientifique de la sexualité humaine. Masters, qui voit les études de Kinsey à l'aulne d'une nouvelle ère de l’appréhension de la sexualité, déplore cependant que la nature physio-psychologique de la réponse sexuelle soit si peu étudiée.

Masters et Johnson, la quête de l'harmonie sexuelle

Une vie au service du bien-être sexuel et du couple.

Dans les années 60, un couple de sexologues, William Masters et Virginia Johnson, va révolutionner la compréhension de la sexualité du plaisir, en initiant une approche scientifique et systémique de ses mécanismes psycho-physiologiques. Jusqu'alors c’est Alfred Kinsey, professeur d’entomologie et de zoologie, qui faisait figure de révolutionnaire suite à la publication de deux études statistiques et descriptives du comportement sexuel humain : Sexual Behavior in Human Male (1948) et Sexual Behavior in the Human Female (1953). Avec la volonté de sortir les sexualités non hétéro-reproductives du champ psychiatrique, Kinsey avait montré par ses études sociologiques des comportements sexuels, que ses contemporains étaient loin de tous se conformer à une sexualité standardisée. L’œuvre de Kinsey marquera un tournant dans l’histoire de la sexologie en cassant nombre d’aprioris et surtout en déplaçant son centre d’expertise de l’Europe vers les U.S.A. C’est dans la dynamique naissante de la sexologie américaine que Master et Johnson vont entreprendre leurs travaux et livrer leurs solutions pour vaincre la mésentente sexuelle.


William Masters et Virginia Johnson. 

The human sexual response.

Masters et Johnson sont considérés comme les pionniers de l’étude réellement scientifique de la sexualité humaine. Masters qui voit les études de Kinsey à l'aulne d'une nouvelle ère de l’appréhension de la sexualité, déplore cependant que la nature physio-psychologique de la réponse sexuelle soit si peu étudiée. Lui veut décrire les différents niveaux des réactions sexuelles comme jamais la médecine ne l’a fait auparavant. Pour poursuivre sa quête objective et scientifique de leur compréhension, il s’adjoint au milieu des années 50, les services d’une jeune psychologue charismatique, Virginia Johnson. Ensemble ils vont mettre au point une gamme d’outils d’investigation pour mesurer les réactions du corps lors des activité sexuelles, notamment :

  • un dispositif en plexiglas de forme cylindrique muni d’une caméra pouvant mesurer les variations de température et de flux sanguin du vagin au cours de l’excitation sexuelle féminine ;
  • un anneau pénien en caoutchouc, contenant du mercure et relié à un appareil électronique de type polygraphe, capable de convertir les variation du volume pénien en impulsions électriques.

Pour obtenir des résultats significatifs, ils sélectionnent un large éventail d’individus des deux sexes. Dans leur laboratoire ils observent et mesurent leurs réactions physiologiques lors des activités masturbatoires et coïtales. En 1966 ils publient leurs résultats dans « Human Sexual Response » qui décrivent  le cycle de la réponse sexuelle humaine et mettent en évidence une succession de quatre phases relativement identiques pour les femmes et les hommes : excitation-plateau-orgasme-résolution.


Lors de la phase d’excitation, que le stimulus soit physique ou psychique, le rythme cardiaque, la tension artérielle et la tension musculaire augmentent de concert et les zones génitales des femmes et des hommes se gorgent de sang. Le pénis entre en érection, les petites et grandes lèvres gonflent tandis que le vagin se lubrifie. À cette première phase succède celle du plateau. C’est la plus longue phase du cycle qui correspond à un niveau d’excitation variable et croissant. La phase orgasmique, la plus brève, qui vient conclure la phase de plateau, s’accompagne d’une série de contractions musculaires rapides aussi bien chez les femmes que les hommes. Durant la résolution qui suit l’orgasme, la tension musculaire, la tension artérielle et le rythme cardiaque reviennent à la normale. Si les trois premières phases sont presque unisexes la quatrième n’est pas vécue de façon identique par les hommes et les femmes. En effet ces dernières peuvent presque immédiatement reprendre une activité sexuelle, quand les premiers sont soumis à la dictature d’une période réfractaire qui les empêchent, pendant un délai variable suivant les individus, d’obtenir une nouvelle érection. 

Ainsi Masters et Johnson confirment ce que la nature sait depuis toujours, à savoir que les hommes socialement considérés comme le sexe fort sont disqualifiés par les femmes sur le terrain des capacités sexuelles. Masters dira : « Un des plaisirs de ce travail a été de détruire les vaches sacrées » et nombre de vieux mythes ne résisteront pas à la sagacité des deux sexologues. La taille du pénis ne joue aucun rôle dans la satisfaction de la partenaire. Les femmes peuvent jouir de multiple façons et il est idiot de croire que l’orgasme vaginal est supérieur à l’orgasme clitoridien. L’âge n’est pas un handicap à une sexualité active et épanouissante.

The human sexual inadequacy.

Avec la sortie de « Human Sexual Response » les deux chercheurs s’imposent ( sur fond de polémiques) dans le paysage international de la sexologie contemporaine. Toutefois, ils semblent n'avoir jamais souhaité cantonner leurs recherches à l’exploration des mécanismes physiologiques de la sexualité. Masters, gynécologue-obstétricien de formation, s’investit depuis ses débuts dans l’accompagnement des couples qui essaient désespérément d’avoir des enfants. Il a noté, en marge de leur préoccupation principale, que nombre d’entre eux souffraient de problèmes sexuels dépassant le cadre de la fertilité. Persuadé qu’une sexualité pleine et entière est un des ciments essentiels de la relation de couple, il veut mettre au point des outils thérapeutiques pour remédier aux mésententes sexuelles qui perturbent la vie intime de dizaines de milliers de couples américains. 

Dès 1964, via leur institut « Reproductive Biology Research Foundation », Masters et Johnson s’engagent dans l’élaboration d’un programme thérapeutique centré sur la qualité de communication au sein du couple et l’implication des deux partenaires dans le processus de restauration de l’entente sexuelle. Par ailleurs ils développent une approche holistique de l’inadéquation sexuelle qu’ils appréhendent comme le symptôme révélateur d’une perturbation de l’écosystème du couple. C’est donc ce dernier qui sera scruté, analysé afin de déterminer l’approche thérapeutique la plus à même de le restaurer. La question de la culture comportementale acquise, qu’elle soit le fruit de l’éducation parentale ou des expériences, devient fondamentale. L’accent est mis sur l’influence négative des inhibitions, peur du corps, dégoût des fluides, des odeurs, préjugés, honte, qu’ils croient être à l’origine de la plupart des troubles sexuels. Ils déterminent que le dysfonctionnement érectile, l’un des principaux problèmes qu’ils sont amenés à traiter, est en général de nature psychogène. Sans l’expliciter aussi résolument que le fera quelques années plus tard la Docteure Helen Kaplan, ils ciblent la question du désir et des perturbateurs de la fonction érotique. 

Masters et Johnson sont à l’avant-garde dans tous les domaines de la sexologie. Le parcours thérapeutique qu’ils préconisent repose sur quatre principes novateurs :

  • Les partenaires doivent accepter d’être traités ensemble, car selon leur postulat les dysfonctions sexuelles sont le plus souvent la résultante d’une mauvaise interaction au sein du couple ;
  • Le couple doit être pris en charge par deux sexologues de sexes opposés suivant un protocole précis ;
  • Le couple doit initialement être entendu par les deux cliniciens ;
  • Ensuite chaque partenaire doit avoir un entretien avec le thérapeute du même sexe et un autre avec le thérapeute du sexe opposé ;
  • Pour finir, cliniciens et patients doivent se retrouver pour des séances d’analyse des troubles et la formulation de recommandations visant à rétablir l’entente sexuelle du couple. 

Entre chaque consultation Masters et Johnson échangent leur point de vue et analysent les résultats de la mise en action des préconisations. L’ensemble de la thérapie s’étale sur un quinzaine de jours au sein de la « Reproductive Biology Research Foundation ». Si la démarche est contraignante, tant au point de vue de la durée que de l’effort financier (20.000 euros en valeur constante), les résultats sont à la hauteur de l’investissement demandé. L’institut peut s’enorgueillir de réussir de façon durable dans 80% des cas. En 1970 ils publieront l’ensemble de leurs études sur les dysfonctionnements sexuels du couple et leur traitement dans un « Human Sexual Inadequacy ».


Durant la décennie 70-80, l’influence de Masters et Johnson est considérable. En résonance avec la libération sexuelle, leurs travaux amorcent une nouvelle étape dans l’histoire de la sexologie. En sanctifiant la sexualité du plaisir, en lui reconnaissant une valeur intrinsèque détachée de tout objectif de reproduction, mais primordiale en matière de bien-être du couple, ils décomplexent la démarche sexothérapique. La mésentente sexuelle n’est plus une fatalité et prendre en charge sa sexualité n’est plus tabou. Les troubles de l’érection, l’éjaculation prématurée, les baisses de désir, les troubles de l’orgasme, ne sont plus des problèmes insolubles et peuvent être traités par des professionnels de la santé sexuelle : les sexologues cliniciens. Si Magnus Hirschfeld, avec la création en 1919 de l’Institut de sexologie de Berlin, avait donné naissance à la sexologie clinique, Masters et Johnson l’ont consacrée comme une entité à part entière rassemblant, a minima, les sciences médicales, psychologiques et sociales. En considérant que seule l’analyse systémique de la fonction érotique pouvait être opérante pour résoudre les problématiques sexuelles, Masters et Johnson ont transmué le sexologue en un clinicien aux multiples compétences et ils sont relativement peu nombreux ceux qui ont pu suivre le chemin tracé. 

Aujourd’hui la sexologie profondément humaniste de Masters et Johnson cède le pas à une approche des troubles sexuels médicalisée, superficielle, technique. Parce que les patients veulent des réponses rapides, peu coûteuses, et que les étudiants de FAC de médecine sont formatés pour y répondre par des prescriptions, la sexologie de Masters et Johnson appartient malheureusement à un passé révolu. En France, seul l’éminent médecin-sexologue Jacques Waynberg, qui a travaillé sous l’égide des deux américains, peut se réclamer de l’école de la sexologie holistique, sexologie qu’il enseigne toujours via son Institut de Sexologie. Nous lui réserverons d’ailleurs notre prochain opus, car la dimension métaphysique et philosophique qui caractérise sa pensée, le place naturellement dans la catégorie des grands noms de la sexologie internationale. 


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