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Pilule contraceptive, le désamour des femmes

Pilule contraceptive, le désamour des femmes

Les nouvelles générations de femmes semblent se détourner de la pilule, les hommes vont devoir s’y mettre!

La pilule n’est plus en odeur de sainteté chez les jeunes femmes. Soucieuses de leur santé et ne voulant plus subir les conséquences de la contraception hormonale, elles se tournent de plus en plus vers un contrôle de leurs cycles menstruels assisté par application informatique. 

La pilule contraceptive a longtemps été considérée comme le symbole d’une libération sexuelle qui devait avant tout profiter aux femmes. Par la grâce de quelques milligrammes d’hormones de synthèse, l’épée de Damoclès qui accompagnait leur vie sexuelle n’était plus et les sombres nuages d’une grossesse non désirée, voire fautive, qui les désignait à la vindicte publique, avaient fait place à un radieux soleil dardant ses feux les plus chauds sur les plaisirs de la chair. Plus d’un demi-siècle après sa mise sur le marché, la pilule ne fait plus autant rêver les femmes, l’épée de Damoclès est revenue sous la forme de l’oubli d’un soir et des différents problèmes de santé que peut engendrer la mise du corps sous tutelle hormonale. En fin de compte, les grands gagnants de la révolution contraceptive ont été les hommes qui ont pu courir la gueuse à bride abattue sans risquer d’engendrer à tout va. Dans leur combat pour l’égalité homme-femme, les activistes féministes ont milité depuis le début des années 70 pour la mise au point d’une pilule dédiée aux hommes mais le manque d’empressement des laboratoires pharmaceutiques pour financer les recherches ad hoc a longtemps repoussé sa création. Au fil des années, cette pilule est devenue une Arlésienne, une chose dont on parle sans cesse mais qu’on ne voit jamais arriver et, En attendant Godot, les femmes ont continué d’avaler couleuvres et doses journalières d’hormones. 

2018 sera-t-elle l’année où la chimérique pilule deviendra réalité indéniable ?

Des scientifiques de l’Université de Washington ont donné quelques espoirs en révélant avoir testé avec un certain succès la dimethandrolone undecanoate (DMAU) sur un panel d’une centaine hommes. La DMAU, molécule combinant androgène et progestatif qui agit sur la spermatogénèse, permet de diminuer la production de sperme. Les résultats des premiers tests effectués semblent indiquer que la molécule est efficace pour prévenir les risques de fécondation et sans danger pour la santé.

Si l’on peut se réjouir de cette avancée historique, on craint qu’elle n’arrive un peu tard car les consciences ont évolué plus vite que les recherches scientifiques. Les nouvelles générations ne désirent plus marcher dans les traces de leurs aînées et ne voient plus la chimie de la contraception comme un progrès mais comme un risque pour la santé. Il se dit alors que dans le domaine, le futur sera en partie numérique, via des applications technologiques, les préservatifs intelligents mais en tout état de cause, ne sera pas hormonal. Avant même d’être sur le marché, la pilule pour homme se retrouvera-t-elle au rayon des invendus ?

Sans vouloir jouer les Cassandre, il faut admettre que si les femmes ont accepté que repose sur leurs épaules la charge de la contraception, il n’est pas certain que les hommes soient dans les mêmes dispositions. Il faut avoir un sens de l’abnégation suffisamment développé pour tolérer, au nom d’une liberté dont on ne jouit qu’à temps partiel, des effets secondaires tels que maux de têtes, douleurs mammaires, pertes de libido, sécheresses vaginales, saignements impromptus, acné hormonal et autres thromboses veineuses. On estime que la gent masculine serait pour moitié seulement prête à avaler sa dragée d’hormones journalière. Les scientifiques pourront crier par monts et par vaux qu’elle ne présente aucun danger, qu’elle est fiable à 100%, il sera difficile d’entraîner les hommes sur des chemins que les femmes parcourent depuis des années et dont elles disent pis que pendre.

Le changement en matière de contraception ne doit pas compter sur d’hypothétiques progrès scientifiques ou une soudaine prise de conscience des hommes mais sur une nouvelle approche des relations sexuelles.

L’introduction de la pilule dans la sphère intime a induit une métamorphose des comportements et imprimé l’idée que la sexualité devait pouvoir s’exprimer sans contraintes. Prise dans la dynamique d’une période où la consommation était synonyme de liberté, la sexualité ne pouvait échapper à sa révolution.

On voulait jouir de tout et sans entraves. Dans ce contexte, la pilule arrivait à point nommé. Le monde occidental désirait manger des fraises à n’importe quelle époque de l’année et faire l’amour à l’envie. Six décennies plus tard, le soufflé est retombé et l’euphorie à fait place à l’ennui. En éliminant la possibilité de ressentir la moindre frustration, nous avons détruit le principal moteur du désir, nous sommes devenus des consommateurs blasés, éternellement insatisfaits, essayant de combler le vide qui habite nos vies par une fuite en avant consumériste aussi stérile qu’épuisante qui, finalement, nous laisse dans la bouche le goût amer de l’inaccompli. Mais tout se transforme et les nouvelles générations portées par d’autres ambitions que celles de leurs pères et mères dessinent le futur à leur image. La slow-attitude, qui au début des années 80 n’intéressait qu’une poignée de visionnaires, est devenu un leitmotiv. L’aspiration à reprendre le contrôle de sa vie, à redonner du temps au temps, à respecter les biorythmes de son corps, à vivre en harmonie avec la nature, à consommer des produits de saison sont des crédos qui portent à modifier nos habitudes dans bien des domaines. La contraception fait partie de ceux-ci et les femmes de ce siècle, qui souhaitent de plus en plus respecter leur horloge biologique, se tournent vers des méthodes softs qui allient d’anciens systèmes de contrôle des cycles de fertilité à la technologie informatique. Le changement se profile donc à l’horizon des applications comme Clue ou Natural Cycles qui permettent de prévoir les périodes de fécondité des utilisatrices via un simple enregistrement journalier de leur température. 

Nombre de femmes se sont d’ores et déjà repliées sur cette solution, moins coûteuse, moins risquée et plus instructive que n’importe quelle autres méthode hormonale. Bien que cette technique inscrive à nouveau la charge de la responsabilité sur le compte des femmes, la plupart d’entre elles sont prêtes, et plus encore si elles sont de ce siècle, à assumer cette charge. Les femmes ont compris depuis des lustres que les hommes, n’ayant pas à subir les conséquences directes d’une fécondation, seront toujours plus désinvoltes qu’elles en matière de contraception. Il faut leur reconnaître une culture de la responsabilité qui, pour de multiples raisons, fait défaut à beaucoup d’hommes. 

Dans l’hypothèse où la pilule masculine serait intégrée au marché des contraceptifs, il serait souhaitable que les hommes puissent choisir en leur âme et conscience ce qui leur convient. Il serait injuste de leur demander ce que l’on ne désire plus pour les femmes, à savoir endosser l’entière charge de la contraception. On peut comprendre que l’idée de contraindre son corps à la stérilité à l’aide d’un arsenal de procédés hormonaux soit appréciée de différentes façons, et que les dangers pour la santé préoccupent les esprits plus que ne les rassurent les garanties de pouvoir s’ébattre sans restriction. Dans les années à venir, la nanotechnologie devrait proposer des solutions révolutionnaires, notamment dans le domaine des préservatifs qui restent le seul moyen, avec l’abstinence, de se protéger des maladies sexuellement transmissibles, de se prémunir contre la fécondation tout en épargnant sa santé d’éventuels effets indésirables. Les autres voies de progrès envisagées sont tracées par les généticiens qui travaillent sur une technique propre à désactiver, de façon temporaire, le gène qui contrôle la production de sperme. Si les avancées dans la sphère de la génétique autorisent à croire à la possibilité d’une manipulation de l’ADN humain à des fins contraceptives, il est acquis que le scepticisme quant à sa nocivité restera un frein à son développement. 

La génération Z et les enfants du 21eme siècle considèrent que leur santé est un élément primordial du bien-être. La consommation de drogue et d’alcool perd du terrain au profit du fitness et du véganisme et cette volonté de prendre soin de soi, tant au niveau physique que mental, risque de rendre la pilule masculine un peu dure à avaler.

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