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Sexualité féminine, la poule aux oeufs d'or !

Sexualité féminine, la poule aux oeufs d'or !

Liberté sexuelle des femmes, une lame à double tranchant.

Au cours du 20ème siècle, les femmes vont ébranler par vagues successives les fondements des sociétés patriarcales en pénétrant la sphère décisionnelle, d’abord par le droit de vote, puis par l’accession à toutes les professions et postes à responsabilité. Sexuellement, les années 60 se profileront comme une étape supplémentaire sur le chemin de l’indépendance comportementale, de la liberté de jouir sans culpabilité. Mais une perversion de la dynamique libertaire va transformer le droit des femmes à disposer librement de leur corps en obligation de le soumettre à la dictature des normes pour en jouir pleinement. Le nouvel idéal sexuel féminin, promu en grande partie par les pornographes, leur impose de nombreuses contraintes et suralimente l’anxiété naturellement consubstantielle à leur pouvoir de séduction. Comprenant que le mal-être grandissant de la gent féminine pouvait se traduire en termes de marketing et générer de juteux profits, cosmétique, pharmaceutique, esthétique vont investir le champ des angoisses féminines et proposer leurs solutions « miracles », n’hésitant pas à créer de fausses problématiques pour doper leurs marchés et transformer la sexualité féminine en une véritable mine d’or.

Pilule et IVG, pour un corps disponible.

En 1956 est commercialisée en RFA, la première pilule contraceptive. Jusqu’à lors les femmes se débrouillaient comme elles le pouvaient, abstinence et méthode Ogino, contrôle des températures, préservatif, coït interrompu et dans le cas d’une grossesse non désirée, avortement clandestin. On se persuade alors que la science va les préserver des contingences des rapports sexuels. En valeur absolue, la pilule est incontestablement un progrès pour leur liberté sexuelle, en valeur relative, c’est-à-dire au regard des conséquences pour leur santé et du fait qu’elles doivent désormais endosser l’entière responsabilité de l’échec contraceptif, nombre de doutes peuvent être émis. Mais qu’importe les dommages collatéraux du moment que l’on peut faire l’amour sans risque. Les bonnes consciences se satisfont de ce progrès en trompe l’œil en s’évitant une réflexion pénible sur ce début d’assujettissement de la sexualité féminine au business de la pharmaceutique.

Or, la contraception hormonale est avant tout un projet commercial qui supplante celui plus ambitieux, mais moins lucratif, d’une véritable éducation à la sexualité et l’érotisme proposant une autre approche des rapports intimes durant les périodes de fertilité. Certes, dans cette optique, la détermination des jours d’ovulation devient essentielle, on ne peut pas jouir avec légèreté, et les femmes doivent accepter de s’investir dans la prise en main de leur sexualité. Sans doute trop contraignante, dans un contexte où l’adulte tend à prolonger autant que faire se peut son statut d’adolescent, l’éducation ne jouera qu’un rôle subalterne et la pilule s’imposera sans difficulté. 

Le mouvement d’émancipation et de reconnaissance de l’égalité des sexes, le « pouvoir jouir » sans limite déboucheront en 1975 sur la loi Veil et la légalisation de l’avortement. « Le droit de disposer de son corps », slogan qui a sous-tendu les argumentaires pro-avortements, n’exprime qu’une partie de la réalité des ambitions féministes qui souhaitent que les femmes disposent de leur sexualité avec l’insouciance masculine. Cependant l’équité n’est qu’apparence car dans les faits ce sont elles qui subissent l’agression de l’IVG, souvent abandonnées à leur sort, sans soutien pour traverser l’épreuve psychologique du deuil. Le diptyque pilule-IVG, censé préserver les femmes des accidents et leur offrir l’opportunité de profiter sans appréhension de la sexualité, va au cours des années 80 révéler tout son potentiel délétère. Car ce corps libéré de la procréation qui n’a plus de raison de s’opposer au désir masculin, devient pénétrable à souhait. 

L'accouchement, la péridurale et la souffrance.

Au début des années 50, Fernand Lamaze, docteur en médecine et accoucheur, importe d’URSS, une méthode révolutionnaire d’accouchement sans douleur (ASD). Basée sur la théorie de conditionnement des réflexes de Pavlov, la technique nécessite un travail de déconditionnement à la douleur. Par un apprentissage spécifique durant la grossesse, la future mère, apprend à transformer le réflexe douloureux en réflexe constructif. Dans sa clinique des Bleuets, un millier de femmes éduquées par ses soins vivront l’évènement de la mise au monde dans les meilleurs conditions. Les médias de l’époque parlent de « la maternité où l’on ne crie plus ». Une révolution. Parallèlement, s’affine une autre technique utilisant des produits anesthésiants, connue sous le nom de péridurale.


Popularisée, au cours des années 60, par Philip Raikes Bromage, et promue à grand renfort de publications par l’industrie pharmaceutique, la péridurale occultera les autres méthodes d’accouchement sans douleur. Si personne ne doute de son efficacité et de son utilité en dernier recours, elle présente l’inconvénient majeur de déposséder les femmes d’une part importante de leur accouchement. Même si aujourd’hui les dosages d’anesthésiants sont mieux maîtrisés il n’en demeure pas moins que le traitement chimique de l’évènement pose des questions fondamentales sur la manière dont nous considérons et traitons le corps féminin. 

Ce corps que l'on méprise.

D’une merveilleuse complexité, le système endocrinien, composé d’un grand nombre de glandes sécrétant des hormones, tels l’hypophyse, la thyroïde, le pancréas ou les surrénales, permet de relayer les messages chimiques à travers le corps. En coopération avec le système nerveux, ces messages aident au contrôle des processus physiologiques. La pilule contraceptive qui bloque l’ovulation, modifie l’endomètre avec objectif de le rendre moins accueillant pour la nidation de l’œuf fécondé et/ou épaissit la glaire cervicale pour empêcher les spermatozoïdes de traverser le col de l’utérus, doit se comprendre comme un acte de maltraitance des biorythmes naturels. Mais pour la gynécologie et l’obstétrique occidentales, le corps de la femme s’apparente trop fréquemment à une machine dont on peut à l’envie et sans conséquences modifier le fonctionnement. Preuve supplémentaire s’il en fallait, la programmation de l’accouchement. Pour des raisons d’optimisation, de rentabilité et de planification, nombre de femmes se voient contraintes de mettre leur enfant au monde le jour où le corps médical l’a prévu. Alors que la nature sait très exactement quand, comment et pourquoi elle doit déclencher le processus d’expulsion, on refuse de se soumettre à son tempo. Lors d’un accouchement sur rendez-vous il sera la plupart du temps nécessaire de recourir à l’ocytocine de synthèse pour forcer l’effacement et l’ouverture du col de l’utérus ou de proposer une césarienne.  

Le marketing de l'anxiété. 

En cette seconde moitié du 20ème siècle, la sexualité féminine qui ne veut plus subir la domination masculine tout en revendiquant la reconnaissance de sa spécificité va paradoxalement abandonner le contrôle et l'économie de ses mécanismes intimes à la pharmaceutique. Dans le même temps, via la pornographie mainstream, s'ébauchent les contours de la femme sexuelle idéale, type caucasien, sexe glabre, rose, symétrique, étroit, forte poitrine et bouche pulpeuse. Bien que l'on aurait cru ce modèle voué au confinement dans la sphère des fantasmatiques masturbatoires masculines, il s'imposera au début des années 2000 comme la référence absolue, bien soutenu par la starisation des actrices porno et le glamour marketing de leur statut. Dans une société où l'épanouissement sexuel devient un élément de réussite sociale, une large frange de la gent féminine succombe à l'anxiété de se trouver hors-jeu. Pour les marchands de rêves de la cosmétique et de l'esthétique, s'ouvre un nouveau marché aux perspectives alléchantes...

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