Sphère fonctionnelle

Sexualité féminine, la poule aux œufs d'or (2ème partie)

Sexualité féminine, la poule aux œufs d'or (2ème partie)

Une sexualité sous contrôle.

Au cours des dernières décennies du 20ème siècle, la sexualité des femmes a connu une intervention croissante de l’industrie pharmaceutique. Pour la justifier plus encore, un nouveau concept teinté de philanthropie voit le jour, la santé génésique. En 1994 lors de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement elle est définie ainsi : « Par santé en matière de reproduction, on entend le bien-être général, tant physique que mental et social, de la personne humaine, pour tout ce qui concerne l’appareil génital, ses fonctions et son fonctionnement et non pas seulement l’absence de maladies ou d’infirmités. Cela suppose donc qu’une personne peut mener une vie sexuelle satisfaisante en toute sécurité, qu’elle est capable de procréer et libre de le faire aussi souvent ou aussi peu souvent qu’elle le désire. Cette dernière condition implique qu’hommes et femmes ont le droit d’être informés et d’utiliser la méthode de planification familiale de leur choix, ainsi que d’autres méthodes de leur choix de régulation des naissances qui ne soient pas contraire à la loi, méthodes qui doivent être sûres, efficaces, abordables et acceptables, ainsi que le droit d’accéder à des services de santé qui permettent aux femmes de mener à bien grossesse et accouchement et donnent aux couples toutes les chances d’avoir un enfant en bonne santé. » L’argument de la santé dans des sociétés de plus en plus anxieuses à l’idée de la maladie et de la mort ne peut trouver qu’une résonance exacerbée. Mais derrière cette belle déclaration, se cache des perspectives commerciales de taille, rappelons qu’à elle seule, la pilule contraceptive génère un chiffre d’affaire annuel de plusieurs milliards d’euros. 

L'hygiène intime pointée du doigt.

En 1921, la firme Kimberly-Clark, lance la première commercialisation des protections périodiques sous la marque Kotex. L’hygiène, enjeu de santé publique depuis la fin du 19ème, s’enrichit donc d'une branche spécifique, l’hygiène intime féminine. En filigrane du concept se profile le message insidieux qui servira au développement d’une industrie de la toilette intime : l’hygiène de la vulve pose problème. La communication s’organise alors autour des vocables de confort, de fraîcheur et tout est mis en œuvre pour faire comprendre qu'un entretien soutenu de la zone génitale, notamment pour lutter contre les odeurs, est pour la femme moderne le b.a.-ba d'une sexualité sereine. Alors qu’il suffit d’un peu d’eau et de savon surgras pour une toilette optimale de la vulve et que le vagin est naturellement autonettoyant, nombre de femmes se livrent à une surenchère hygiénique qui fragilise la peau de la vulve et détruit le délicat équilibre de la flore vaginale. Et bien que leurs effets néfastes soient clairement répertoriés, nombre de produits dédiés à l’entretien vaginal sont en vente libre sur le net et les autorités sanitaires ne semblent pas s’en inquiéter. À titre d’exemple, les laboratoires IPRAD commercialisent le gel Physioflor principalement conçu pour maintenir ou rétablir l’équilibre du microbiote vaginal suite à la prise d’antibiotiques traitant les infections vaginales. Estampillé « dispositif médical », pour le côté rassurance, il contient nombre de substances dont les effets indésirables pour la peau et les muqueuses sont mal connus ou sujets à controverse. 

Vacciner plutôt qu'éduquer, une politique de déresponsabilisation.

En jouant sur la peur et l’anxiété, les industries cosmétiques et pharmaceutiques ont trouvé le levier idéal pour engranger de fabuleux profits. Dans les années 70, le médecin allemand Harald zur Hausen émettait l’hypothèse d’une relation entre l’infection au papillomavirus et le cancer du col de l’utérus. Le lien de causalité fut formellement établit quelques années plus tard et un pan de la recherche pharmaceutique se focalisa sur la mise au point d’un vaccin. Le 8 juin 2006, la société Merck & Co proposa à la commercialisation une première version du vaccin Gardasil, puis en 2014 une deuxième, dite nonavalente, c’est-à-dire susceptible d’immuniser contre 9 des 200 génotypes du virus. Présenté à grand renfort de communication, le vaccin était censé sauvé la vie de millions de femmes. Si l’efficacité de la vaccination a rapidement été mise en question et que de terribles effets secondaires paraissaient en découler, l’OMS ainsi que l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) ont fait leur possible pour rassurer la population féminine. « Sans danger et très efficace » le vaccin était même recommandé pour toutes les filles de 9 à 13 ans. Aujourd’hui nous savons qu’existent objectivement de rationnels et sérieux motifs pour douter de l’innocuité du vaccin contre le papillomavirus, mais les intérêts financiers continuent d’empêcher l’expression de la raison. Cela est d’autant plus regrettable que le papillomavirus ne déclenche l’apparition de cellules cancéreuses que plusieurs années après avoir contaminé le col de l’utérus et qu’un simple suivi gynécologique régulier, frottis cervicovaginal et test de dépistage le cas échéant, permet de le combattre bien avant qu’il ne produise ses effets ravageurs. De plus, les activités sexuelles étant la principale voie de contamination, une éducation des jeunes filles et garçons aux principes de prévention des IST, hygiène, préservatif, suivi gynécologique, constituerait l'arme idéale pour combattre la propagation du virus.

En 2019, c’est la bactérie chlamydia trachomatis qui est entrée dans le viseur des laboratoires pharmaceutiques. Asymptomatique dans la plupart des cas, elle peut entraîner, salpingite, stérilité et grossesses extra-utérines. Bien qu’il soit reconnu que le préservatif est parfaitement adapté pour prévenir la contamination coïtale, Robin Shattock, professeur à l’impérial College London et co-auteur de l’étude préliminaire a défendu l’élaboration d’un vaccin, suggérant qu’il fallait aller au-delà de cette prophylaxie. On estime qu’une centaine de millions de personnes sont infectées par la bactérie chaque année, principalement lors des rapports coïtaux. Les autres modes de contamination, fellation, cunnilingus sont plus rares. Cela dit, comme pour le papillomavirus, l’éducation reste le moyen le plus sain et le plus sûr pour vivre sereinement sa sexualité.

Si nous ne remettons pas question la nécessité des vaccins, nous nous inquiétons de sa généralisation à des maladies qu'il est possible de combattre par l'éducation et des effets contreproductifs qu'entraînent la déresponsabilisation des comportements sexuels. Car la sécurité sanitaire est affaire de vigilance, de prise de conscience et d'attitudes respectueuses des principes de précaution élémentaires, tel le port du préservatif qui reste de loin le geste barrière le plus efficient.

Inventer des problématiques, le génie marketing. 

La sexualité féminine du plaisir n'est sérieusement étudiée que depuis un demi-siècle et les mystères qui l'entourent demeurent légion. Les marketeux vont profiter de ces zones d'ombre pour générer de nouvelles anxiétés à fort potentiel commercial.

Booster la libido des quinquas. 

Lorsqu’ils sont en manque de cause réelle pour développer leurs produits commerciaux, les industriels n’hésitent pas, ils en inventent. Il en est ainsi de la baisse de libido chronique ou désir sexuel hypoactif qui toucherait 10% des femmes avant la ménopause. Deux molécules ont déjà été approuvées par la FDA, l’agence américaine du médicament, la flibansérine (Addyl) et la bremelanotide (Vyleesi). Soutenue par une partie des mouvements féministes au nom de l’égalité de traitement des dysfonctions sexuelles, la création de la pilule rose, pendant féminin du viagra, repose sur un constat véritable : nombre de femmes préménopausées connaissent une baisse du désir sexuel. Mais si celle-ci n’est pas anormale, l’atrophie du désir étant l’une des conséquences naturelles du vieillissement, en la définissant comme trouble on la pointe comme un problème auquel il est nécessaire d’apporter une solution. Bien évidemment lorsqu’une femme souffre d’une perte de sa libido et qu’elle ne souhaite pas faire le deuil du plaisir, les professionnels doivent être en mesure de lui apporter soutien et perspectives. Mais avant d’en passer par la chimie et de contraindre le corps à la sexualité, l’intelligence voudrait qu’on essaie d’abord de comprendre le pourquoi du déclin libidinal. Si l’arrivée de la ménopause s’accompagne de profonds changements des biorythmes hormonaux, elle n’est pas immanquablement synonyme d’un affaiblissement du désir, nombre de femmes rapportant même l’exact contraire. La perte du désir est donc plus spécifiquement corrélé à des problématiques en lien avec le contexte de vie et/ou la nature des relations de couple, auxquels une pilule qu’elle soit rose ou bleue ne saurait apporter des réponses satisfaisantes et pérennes dans leurs effets. Par ailleurs un essai clinique de 24 semaines portant sur 1 247 femmes préménopausées présentant un trouble du désir sexuel, a surtout mis en évidence les mauvais côtés de la flibansérine et de la bremelanotide : nausées, vomissements, rougeurs et maux de tête.

Un vagin de jeune fille, au plaisir des hommes.

« Avoir 18 ans à nouveau » est le dernier slogan des forcenés du marketing au service des industriels de la cosmétique génitale. En 2019 le site Refinery 29 a interrogé 3 670 femmes sur la façon dont elles percevaient leurs organes génitaux. 48% des participantes ont exprimé des inquiétudes quant à l’apparence de leur vulve et 36% quant à la tonicité de leur vagin. Il est inquiétant de constater que de plus en plus de femmes ont de leur vulve une vision déformée à la limite de la dysmorphophobie. Car en dehors des cas réels de béance vaginale et/ou de malformation congénitale de la vulve, les femmes n’ont aucune raison de s’alarmer outre mesure. Pourtant, dans le monde occidentalisé, les opérations de vaginoplastie, de labiaplastie ou nymphoplastie, ne cessent de faire des adeptes obnubilées par les canons esthétiques qu’imposent les pornographes. On ne le répètera jamais assez, dans la vraie vie, aucun sexe ne ressemble à un autre et cette diversité devrait enchanter au lieu d’effrayer. Mais conditionnées par des siècles d’assujettissement aux diktats des représentations de leur corporalité et du niveau d’intégration sociale qui en découle, les femmes sont en souffrance dès lors qu’elles se sentent en dehors des cadres. Cette fragilité psychologique générée par l’aliénation de la pensée sociale aux dogmes de l’apparence idéale qui pénalise les femmes profite pleinement aux marchands d’espoir. Bien aidé par les médias, qui préfèrent mettre l’accent sur les remèdes miracles que sur les thérapies comportementales, le commerce de la standardisation corporelle s’enrichit sans cesse de nouvelles propositions. Rectification des petites et grandes lèvres, blanchiment de la vulve, resserrement du vagin, autant de solutions à des problèmes qui le plus souvent n’en sont pas. 

La mode du vagin étroit conduit les femmes à expérimenter des techniques pour le moins agressives, tel le laser vaginal. En vue de stimuler et régénérer les tissus de la paroi vaginale, le praticien va à l’aide d’une sonde laser procéder à de micro-brûlures. Garanti sans effets secondaires et sans douleur, le process viserait à redonner au vagin une nouvelle jeunesse. Le 30 juillet 2018, la FDA, s’est inscrite en faux, précisant que « ces actes entraînent de sérieux risques et n’ont pas prouvé leur efficacité. Nous sommes très inquiets que les femmes puissent être blessées. Différents rapports ont été publiés attestant de cas de brûlures vaginales, cicatrices, douleurs pendant les rapports ou douleur chronique suite à ce type d’opérations. » Qu’intérêt soit porté au bien-être sexuel des femmes n’est pas condamnable si tant est que l’exagération marketing ne cherche pas à les induire en erreur. Le rétrécissement de la filière génitale est généralement présenté comme un plus pour la femme en terme de plaisir, notamment dans le cadre de la vaginoplastie par injection d’acide hyaluronique. « Recherche d’un maximum de plaisir chez des patientes ayant déjà une sexualité épanouie », « augmentation des sensations des deux partenaires pendant l’acte sexuel », « amplification du point G, pour accroître la capacité de stimulation de cette zone » ou « augmentation de la surface de contact entre le pénis et la muqueuse vaginale », autant d’arguments qui dénotent de l’inculture érotique de nombre de praticiens ou d’un déni de réalité. Car, en parcourant les forums on s’aperçoit que le recours au rétrécissement vaginal est surtout motivée par l’anxiété que certaines femmes développent quant au ressenti de leur partenaire masculin. 

Vous avez dit libération sexuelle ?

La liste des interventions de la cosmétique, de la pharmaceutique, de l’esthétique, de la chimie sur la sexualité féminine est presque sans fin. Pour être exhaustif, nous aurions pu ajouter, les gels et crèmes pour dynamiser le plaisir ou éviter la douleur de la sodomie, les aphrodisiaques, les tampons hygiéniques, les traitements médicamenteux des flux menstruels abondants, les spermicides, le stérilet, les épilations, la restauration chirurgicale de l’hymen et tous les actes de chirurgie esthétique des seins. Alors quid de la libération sexuelle ? Quid de ce concept qui a surtout fait le bonheur des hommes ? En lieu et place de la liberté d’agir et de penser, les femmes sont contraintes à s’ajuster au mieux à ce que la société patriarcale attend d’elles. Et quand celle-ci restent aliénées par une représentation féminine virginale, elles s’épilent le sexe, le blanchissent, soumettent au bistouri ce qui dépasse ou n’est pas parfaite symétrie, se livrent à des procédures de rajeunissement de toute partie du corps et entravent leur fécondité. La sexualité féminine peut-elle s’épanouir dans ces conditions ? Certainement pas, mais si les femmes ont été passablement manipulées et savamment aveuglées par les argumentaires scientifiques, ou présumés tels, nous pouvons nous interroger sur la part de responsabilité que porte une partie de la pensée féministe dans la négation de la féminité au sens large. Car il y a un paradoxe à militer pour l’indépendance, l’émancipation et la liberté d’agir tout abandonnant à des forces extérieurs le contrôle de son moi intime. 

Poster un commentaire

Dans la même thématique

Osphères c'est avant tout...

Une information fiable, objective et diversifiée

Une approche décomplexée, éthique et responsable de la sexualité et de l’érotisme

Un espace privilégié de rencontres et d'échanges

Un univers où prévalent les principes de respect, de courtoisie et d’ouverture.

X