Sphère fonctionnelle

Spéculations autour du clitoris

Spéculations autour du clitoris

La première représentation en trois dimensions du clitoris date seulement de 2016 ! 

Elle est l’œuvre d’Odile Fillod, chercheuse indépendante spécialisée dans la vulgarisation de la recherche. Qu’il ait fallu attendre aussi longtemps avant d’avoir une reproduction intégrale de cet organe ne surprend guère, la sexualité féminine dans son ensemble n’ayant retenu l’attention des chercheurs qu’à la marge. Jusqu’à ces dernières années, le clitoris était régulièrement confondu avec l'une de ses parties, le gland, car les ouvrages d’information sur les organes génitaux féminins destinés au grand public ne mentionnaient que celui-ci. La véritable configuration du clitoris est nettement plus majestueuse et se compose de deux ensembles distincts, le premier tourné vers l’extérieur, le second vers l’intérieur.

Le clitoris interne.

La partie intérieure du clitoris, incontestablement la plus volumineuse, représente environ 98% de la masse totale de l'organe. Composée de deux corps caverneux ou piliers et de deux corps spongieux ou bulbes vestibulaires, elle s’enfonce dans le périnée antérieur. La simple observation du clitoris interne interpelle. Les dimensions particulièrement imposantes de l’organe questionnent. La nature aurait-elle pu doter les femmes d’un attribut aussi imposant sans qu’il ait une quelconque fonction ? Difficile à croire quand on sait combien elle est économe de moyens et prompte à modifier, voire supprimer toute partie du corps qui, à un moment donné, ne remplit plus les fonctions pour lesquelles elle a été conçue. Au-delà de son anatomie, le clitoris interne se montre remarquable par son positionnement et la façon dont il enserre le conduit vaginal. En effet, les bulbes vestibulaires semblent avoir été pensés pour accompagner les dilatations les plus importantes du vagin, notamment celles liées à l’accouchement, sans craindre d’être endommagés.

Les piliers et les bulbes vestibulaires sont de même origine embryonnaire que le pénis. Comme lui, ils sont composés de tissus érectiles et comme lui, ils sont fortement innervés. Nous pouvons donc supposer que le clitoris interne est, à l’instar de la verge, un récepteur sensoriel qui en tant que tel, répond à des stimuli précis. Si le pénis et le gland clitoridien sont excitables par friction, ce type de stimulation ne semble pas convenir au clitoris interne. Si tel était le cas, lors de la pénétration, les sensations procurées par les allers retours du membre dans le conduit vaginal devraient être de même nature que celles délivrées par les caresses du gland clitoridien, mais à en croire les femmes, elles ne sont pas vraiment comparables. Bien que contigus aux parois vaginales, les bulbes vestibulaires ne peuvent pas être stimulés directement par le pénis et leur structure flottante, qui peut s’adapter aux dilatations vaginales, complique encore plus les choses. Tous les récepteurs sensoriels ne sont pas sensibles aux mêmes stimuli, les seins par exemple le sont à la pression et peut-être serait-il intéressant de poser l’hypothèse d’une réceptivité du clitoris interne à celle-ci. Si la supposition est exacte, il devrait alors exister une ou des circonstances naturelles durant lesquelles le phénomène se produit. Instinctivement nous pensons à l’accouchement, tant il paraît évident que l'enfant, lors de son passage dans le vagin, que ce soit par son poids ou le diamètre de sa tête, le comprime fortement.


Si l’on fait abstraction de la délivrance du placenta, la parturition peut se décomposer en trois phases principales.

La première phase comprend une série de contractions dont le but est de tirer le col de l’utérus vers le haut pour libérer le nourrisson de l’enveloppe musculaire utérine et lui permettre d’amorcer sa descente dans le conduit vaginal. Elles sont principalement induites par les effets d’une puissante libération d’ocytocine, aussi connue sous le nom d’hormone de l’amour.

Suite à l’effacement du col, débute une phase transitoire, marquée par une forte augmentation de la concentration en adrénaline, neurotransmetteur hormonal qui bloque les effets de l’ocytocine. Au cours de cette étape, dite phase de désespérance, les femmes ont la sensation de perdre pied, d’être assaillies par le doute, l’angoisse de ne pas y arriver et même dans quelques cas, ont peur de ne pas survivre à l'accouchement. L’ocytocine qui procure, en autres, un sentiment de puissance, induit au contraire un état dépressif passager où tout devient noir, sans perspective, lorsque l’individu en est subitement sevré. Ces effets sont bien connus des amateurs d’ecstasy (la prise de cette drogue entraîne une importante décharge d’ocytocine dans le corps) et la phase de désespérance peut être, dans une certaine mesure, comparable à la "descente d’ecstasy".

La troisième et dernière phase est dévolue à l’expulsion du fœtus. Si le clitoris interne joue un rôle dans l’accouchement, nous pouvons imaginer que c’est à cet instant qu’il entre en scène. Une fois le col dilaté, le fœtus libéré s’engage spontanément dans le conduit vaginal et exerce une pression nouvelle sur les piliers et bulbes vestibulaires du clitoris. Cela pourrait être le signal qu’attend l’encéphale pour mettre un terme à la phase de désespérance et déclencher le réflexe de poussée et d'expulsion. Dans cette éventualité, nous pourrions penser la physionomie de cette phase comme une réaction en chaîne débutant par la compression du clitoris interne, suivie d’une première contraction d’expulsion provocant une pression plus forte sur les piliers et bulbes vestibulaire enchaînant sur une autre contraction et ainsi de suite jusqu’à la naissance de l’enfant. Au cours de cette étape, il semblerait que l’adrénaline n’ait plus l’effet bloquant qu’elle avait durant la phase de désespérance, qu’au contraire elle stimule le processus d’expulsion et ne s’oppose plus aux effets de l’ocytocine. Si l’adrénaline, qui pouvait stopper les contractions utérines lors de la première phase, accélère les contractions d’expulsion lors de la dernière phase, c’est sans doute qu’à cet instant, le point de non-retour est atteint et qu’il est indispensable de donner naissance aussi vite que possible. Les contractions se succèdent alors à intervalles de deux minutes environ et chacune d’entre elles s’accompagne de sécrétions d’opioïdes endogènes (puissants analgésiques naturels) et d’ocytocine, sécrétions identiques à celles que l’on peut observer au moment de l’orgasme. À ce stade, nous ne pouvons que faire référence aux témoignages de ces femmes qui assurent avoir eu des contractions accompagnées d’orgasmes lors de leur accouchement.

L’hypothèse, d’une sensibilité du clitoris interne à la pression permettrait de comprendre pourquoi certaines femmes se servent des muscles périnéaux pour atteindre l’orgasme lors du coït, la contraction de ces muscles autour de la verge, prise comme point d’appui, autorisant une stimulation du clitoris interne par compression musculaire. En outre, le goût que montrent une partie des femmes pour les pénétrations massives, fist-fucking ou godemichet géant, serait motivé par le même principe de compression du clitoris interne, dans ce cas conséquemment à la dilatation du vagin comme lors de l’accouchement. Inversement, une verge, quel que soit son diamètre, ne pouvant produire d’effets similaires, nous appréhenderions plus clairement les revendications féminines pour une stimulation de leur clitoris externe conjointement à la pénétration. Enfin nous pourrions expliquer pourquoi les femmes peuvent connaître des orgasmes multiples. Si chaque contraction d’expulsion est orgasmique, alors l’accouchement est un phénomène multi-orgasmique inscrit dans la génétique sexuelle féminine.

Le clitoris externe.

Le clitoris externe est un organe présent chez tous les mammifères. Nous pouvons donc douter qu’il ne soit qu’un vecteur de plaisir, concept fondamentalement humain, et qu’il ne lui soit pas dévolu une fonction précise. Le gland clitoridien est hypersensible. Lorsqu’il est stimulé par des caresses appropriées, il active un processus de récompense, une gratification sensitive source de motivation comportementale qui se concrétise en premier lieu par des sensations voluptueuses puis un réflexe orgasmique. La première fonction du clitoris externe semble donc être celle de rendre la copulation agréable, en d’autres termes de permettre aux femmes de se livrer au coït, comportement indispensable à la perpétuation de l’espèce. Durant le coït, le gland clitoridien est stimulé par les va-et-vient de la pénétration qui provoquent, via les petites lèvres, un mouvement d’avant en arrière du capuchon, les frottements des poils pubiens quand la verge est complètement absorbée par le vagin et les vibrations résultant des chocs des pubis. Ces stimulations moins vigoureuses que celles obtenues par les caresses d’un doigt ou d’une langue, procurent des sensations forcément plus ténues et de fait, il est rare que durant le coït les femmes atteignent l’orgasme. Pourtant, l’excitation du clitoris est en mesure de conduire jusqu'à l'orgasme et l’on se demande pourquoi elles sont si peu nombreuses à en faire l'expérience en dehors de la masturbation. Un début de réponse se trouve dans les doléances féminines qui montrent clairement que la durée des rapports n’est pas en adéquation avec leur fonctionnement orgasmique, qu’elles pourraient sans doute jouir pleinement si leurs amants étaient plus endurants. Mais la nature n’a pas prévu que le coït s’éternise et les hommes ont été programmés pour jouir vite. Même au mieux de leur forme, il leur est difficile, sauf exception, de s’accoupler plus d’une demi-heure sans éjaculer. Pour appréhender au mieux le décalage entre les attentes féminines et les potentiels masculins, nous devons faire un saut dans notre passé lointain et imaginer quels furent les comportements sexuels de nos aïeux, comment ils ont évolué au cours des millions d’années qui nous séparent des premiers homininés.

En tant qu’homo sapiens, nous sommes le résultat d’une évolution portée par le développement de l’intelligence et les progrès de la conscience. La conscience humaine se comprend comme la capacité de se percevoir, de s’identifier, de penser et de se comporter de manière adaptée. Elle est ce que l’on sent et ce que l’on sait de soi, d’autrui et du monde. En ce sens, elle englobe l’appréhension subjective de nos expériences et la perception objective de la réalité. Par elle nous est donnée la capacité d’agir sur nous-mêmes pour nous transformer. Autrement dit, elle nous permet de conscientiser nos émotions, la joie, la tristesse, la douleur, le plaisir. Si nous nous plaçons dans la perspective évolutionniste des espèces, nous conviendrons que la conscience, tout comme l’intelligence, s’est perfectionnée par paliers successifs. Remarquons que l’histoire de cette évolution, qui nous a vus passer sur sept millions d’années du niveau de conscience d'un grand singe à celui d’homme moderne, se condense aujourd'hui dans le processus bi-décennale de maturation de notre conscience.

L’élévation du niveau de conscience induit des changements dans la perception de nos émotions. Nous avons tous remarqué qu’en grandissant nous discernions de plus en plus finement ce qui nous procure du plaisir et que notre envie de revivre les évènements jouissifs s’intensifiait d’autant. Arrivés à l’adolescence, nous pourrions même consacrer tout notre temps à la recherche hédoniste si nous n’étions contraints par l’observance des règles encadrant notre éducation.

Concernant les homininés, la conscientisation croissante des gratifications octroyées par l'encéphale, notamment celles attachées à l'activité sexuelle, aurait-elle pu ne pas déboucher sur une envie de jouir de plus en plus prégnante, d'éprouver la volupté en dehors du cadre naturelle de la reproduction ? Nous ne le croyons pas et au contraire nous serions tentés de penser que les humains sont devenus, au fil des siècles, des êtres toujours plus portés sur la sexualité et qu’en amont de l’invention des tabous, des règles et codes encadrant l’activité vénérienne, ils ont vécu un état de promiscuité sexuelle primitive, de nuit animale pour citer Georges Bataille, où ils ne connaissaient aucune limite à la réalisation de leurs désirs. Le postulat d'une promiscuité sexuelle primitive, posé par de nombreux anthropologues, définit un contexte hypersexualisé dans lequel les hommes et les femmes ont dû se spécialiser pour s’assurer un maximum de chances de voir perdurer leur propre lignée. Ainsi les premiers se seraient génétiquement programmés, génération après génération, pour assurer aux moins deux éjaculations journalières et les secondes pour accueillir des copulations successives.

Pour revenir à l’orgasme du clitoris externe, il ressort des observations qu’il se manifeste physiquement par des contractions des muscles entourant le vagin, des poussées successives qui tendraient à expulser le pénis et un réflexe de fermeture des cuisses interdisant toute nouvelle pénétration immédiate. Cet orgasme semble ainsi avoir pour fonction de mettre fin momentanément au processus coïtal, d’offrir aux femmes un temps de répit. Si pendant des centaines de milliers d’années elles se sont formatées à la copulation multiple, cette disposition s’avérant, au regard d'une activité sexuelle de groupe intense, la plus efficace pour assurer la pérennité de leur propre lignée, alors leur encéphale a dû ajuster sa gestion de l’orgasme pour permettre, dans une certaine limite, des copulations en série. En conséquence, les femmes qui aujourd’hui, n’ont de relation sexuelle qu’avec un seul homme à la fois, seraient dans l’incapacité génétique de jouir pleinement. D’où la nécessité, pour pouvoir atteindre l’orgasme lors de la pénétration, de préparer le coït par des massages, caresses et cunnilingus, de l'agrémenter d'une stimulation manuelle du gland clitoridien,  de pratiquer une sexualité plurielle ou de solliciter le clitoris interne par un travail du périnée.

En conclusion, nous pourrions présumer que le clitoris externe est un récepteur sensoriel, spécialement dédié au coït, rendant tout d’abord la pénétration agréable et déclenchant in fine des orgasmes destinés à expulser le pénis du conduit vaginal et le clitoris interne un récepteur sensoriel, dédié à l’accouchement, déclenchant des orgasmes accompagnant l’éjection du fœtus. Concernant ce dernier point, nous soulignons qu’il n’est pas dans notre intention d’érotiser le moment sacré de l’accouchement et si jouissance il y a, nous la comprenons comme une célébration de la vie et non de la luxure. Cela étant, dans le cadre de la sexualité érotique, les femmes disposeraient de deux sources orgasmiques, externe et interne, pouvant jaillir distinctement l’une de l’autre ou de concert et si nous imaginions ces deux familles d'orgasmes comme deux couleurs, nous pourrions dire que l’orgasme féminin est, à l’image d’un dégradé de couleurs, composé de milliers de nuances. Si nous rajoutons à cette palette, le plaisir anal, l’intensité, l’intelligence émotionnelle et la luxuriance de l’imagination érotique féminine, nous comprenons que l’analyse de la sexualité des femmes par le prisme basique de la sexualité masculine ne peut donner que des résultats en demi-teinte.

Commentaires (1)

Poster un commentaire

Dans la même thématique

Osphères c'est avant tout...

Une information fiable, objective et diversifiée

Une approche décomplexée, éthique et responsable de la sexualité et de l’érotisme

Un espace privilégié de rencontres et d'échanges

Un univers où prévalent les principes de respect, de courtoisie et d’ouverture.

X