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Testostérone et désir sexuel, je t'aime moi non plus

Testostérone et désir sexuel, je t'aime moi non plus

Pour déterminer la nature de la baisse de désir, sexologues, médecins et urologues disposent d’outils adaptés. Et du diagnostic qu’ils/elles font dépend l’action thérapeutique. C’est pourquoi il est indispensable de consulter et de ne pas se prêter au jeu de l’autodiagnostic.

Testostérone et désir sexuel, je t'aime moi non plus

Quand le désir s'érode.

Tous les hommes ou presque l’on remarqué, à partir d’un certain âge, la quarantaine en général, la libido connait des fluctuations et le désir devient plus capricieux. Contrairement à leur années de pleine jeunesse, où désir et libido étaient constants, ils doivent alors composer avec leur moindre qualité. Cette donnée de la sexualité masculine bien que naturelle est cependant fréquemment source d’anxiété et de mésententes conjugales. En conséquence, il est important de pouvoir comprendre les mécanismes en jeu afin de prendre la juste mesure de la situation et de réagir en fonction.

De la nature du désir.

Le désir sexuel, ou libido est :

  • soit de type endogène, c’est le cas du désir purement spontané qui nait ex nihilo ou du désir provoqué par les fantasmes et pensées sexuelles ;
  • soit de type exogène lorsqu’il est induit par une suggestion sensorielle : visuelle, auditive, olfactive ou tactile.

Par ailleurs le désir sexuel est soumis à une composante biologique, neuroendocrinienne, liée à la production de testostérone, que des facteurs psychoaffectifs peuvent stimuler ou inhiber. C’est donc une véritable alchimie qui préside à la survenue du désir et de fait il n’est pas simple d’en appréhender ses perturbations ; l’altération du désir pouvant résulter d’une dégradation des processus biologiques ou du contexte psychoaffectif, voire d’un mélange des deux.

La diminution du désir sexuel est parfois considérée comme un trouble sexuel à part entière, nommé « désir sexuel hypoactif » dans le DSM 5, et se manifeste par une absence de fantasmes et d’appétit pour les activités sexuelles. Mais pour que le caractère de trouble soit reconnu, l’hypoactivité du désir doit générer de la souffrance et/ou des difficultés interpersonnelles et ne pas être le prolongement d’un trouble mental, d’une condition médicale, de la prise de médicaments ou de produits psychoactifs.

Pour déterminer la nature de la baisse de désir, sexologues, médecins et urologues disposent d’outils adaptés. Et du diagnostic qu’ils/elles font dépend l’action thérapeutique. C’est pourquoi il est indispensable de consulter et de ne pas se prêter au jeu de l’autodiagnostic. Parce qu'une partie des médias a relayé l’idée qu’un déficit en testostérone était l’un des principaux facteurs de perte du désir, nombre de concernés pensent en être victimes. En réalité les mécanismes du désir sexuel ne sont perturbés par une carence en testostérone que dans un nombre limité de cas.


Joan Semmel. Corner Elbow. 1977.

La testostérone et sa relation au désir.

La testostérone est la principale hormone stéroïde masculine. On lui doit la différenciation des organes génitaux masculins lors de la période intra-utérine, leur maturation et l’apparition des caractères sexuels secondaires, comme la pilosité du visage. L’hormone est impliquée dans la stimulation du désir sexuel, un phénomène particulièrement mis en évidence lors de la puberté où son augmentation coïncide avec l’apparition du désir et des comportements sexuels. Ce lien de cause à effet a été confirmé par des expérimentations sur des hommes jeunes, en bonne santé et vivant en couple. En leur administrant un antagoniste de la GnRH, une hormone impliquée dans la production de testostérone, les scientifiques ont délibérément provoqué un affaissement de cette dernière et pu observer chez les sujets étudiés : une diminution du désir, des fantasmes, de l’excitation sexuelle, de la masturbation et des rapports sexuels.

À noter que la castration chimique des délinquants sexuels vise ce même effondrement des taux de testostérone. Par ailleurs, les études montrent que la relation entre taux de testostérone et désir sexuel répond à un modèle de seuil qui est la limite en deçà de laquelle le désir sexuel est impacté. Toutefois ce seuil est variable, chaque individu ayant son propre seuil.

Le déficit en testostérone, ou déficit androgénique, se traduit par une diminution ou une absence de production de l’hormone par les testicules, dont les causes sont multiples. Contrairement à ce que l’on pourrait croire le déficit complet de testostérone touche plus fréquemment des jeunes hommes. Le déficit androgénique partiel, que les urologues nomment « syndrome de déficit en testostérone lié à l’âge », concerne quant à lui un plus large public d’hommes, notamment après la cinquantaine. 

Les observations cliniques montrent que le déficit androgénique partiel et l’altération du désir sexuel répondent à de multiple facteurs. Si de nombreuses études ont mis en exergue un lien entre la diminution de testostérone et celui de la libido, les mêmes études ont pointé que 20 à 30% des sujets étudiés, connaissant des problèmes de désir, ne souffraient d’aucun déficit hormonal et qu’inversement 40 à 70% de ceux présentant ce déficit ne manifestaient aucun trouble du désir.

En matière de désir sexuel tout ne se joue pas à l’aulne des taux de l’hormone stéroïde. On peut conserver un bon désir sexuel malgré un déficit hormonal et ce à la faveur d’une relation érotique de couple particulièrement stimulante. Ainsi une augmentation modérée de la testostérone circulante a été identifiée dans des circonstances de stimulation du désir via la visualisation de films sexuellement explicites. Cela permet de penser qu’il existe un système d’auto-entretien du désir sexuel et de la sécrétion de testostérone, en d’autres termes que les taux de l’hormone du désir peuvent être bas, mais s’élever à des niveaux compatibles avec l’exercice de la sexualité lorsque l'individu se trouve dans une situation érotique favorable. 

C'est un fait maintenant bien établi par les sexologues, en prenant de l'âge la spontanéité du désir masculin s'émousse, mais reste réactif aux sollicitations. En conséquence, au fil des années, la complicité érotique du couple devient de plus en plus déterminante pour l'expression du désir sexuel masculin. Comme le souligne le médecin-sexologue Jacques Waynberg, l'homme en perd peu à peu la maîtrise au profit de sa partenaire qui en prend le contrôle. 


Joan Semmel. Erotic Yellow. 1973.

Déterminer les causes, un processus par étapes.

Devant une érosion récurrente du désir, il est important de consulter un ou une sexologue pour, dans un premier temps, écarter l’hypothèse de facteurs environnementaux et/ou psycho-relationnels perturbants. Si ces derniers se sont pas à l'origine du dysfonctionnement de la libido, la consultation médicale s'impose. Le médecin porte généralement ses investigations sur les pathologies pouvant déstabiliser la relation entre testostérone et désir sexuel : diabète, obésité, maladies cardiovasculaires, dépression etc. Il prescrira éventuellement une consultation urologique. Le rôle de l'urologue est de procéder aux examens complémentaires spécifiques à sa discipline, dont l’évaluation du taux de testostérone, et le cas échéant d'orienter le patient vers un traitement substitutif adapté. La prise de testostérone palliative a prouvé son efficacité dans la plupart des cas et on estime que la restauration du désir sexuel est acquise en trois semaines. Le traitement par testostérone ne semble pas, au vu des données actuelles, augmenter le risque de cancer de la prostate ou de son hyperplasie bénigne. Toutefois le patient devra être informé de la balance bénéfices-risques et faire l’objet d’une surveillance régulière de la prostate au cours du traitement. 

N’oubliez pas que les spécialistes de la question sont là pour vous aider et vous conseiller pour trouver le traitement le plus à même d’améliorer votre situation. N’hésitez jamais à jouer cartes sur tables et leur faire part de vos doutes, inquiétudes et interrogations. 

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