Sphère sociétale

Des piscines et des burkinis, les raisons de l'islamisme

Des piscines et des burkinis, les raisons de l'islamisme


L'art de la rhétorique trompeuse.

Une vidéo fort instructive réalisée par Naëm Bestandji, militant féministe universaliste, sur les arguments développés par Hassan Iquioussen, prêcheur en vogue de l’organisation islamo-politique "Les frères musulmans", m’a fait sortir de la réserve que je m’étais promis de garder. Trop, c’est trop. Maniant l’art de la rhétorique avec un talent évident, de toute évidence instruit et cultivé, cet exégète des écritures coraniques nous livre un condensé de la pensée islamiste des relations entre les femmes et les hommes. Son discours huilé s’adresse à des jeunes filles, il tend à leur démontrer pourquoi les femmes doivent se voiler et porter le burkini. Et c’est édifiant.


Premier argument : "Les hommes sont des prédateurs, des loups affamés (de sexe)."

De quels hommes parle-t-il ? À titre personnel, je ne fréquente pas ce genre d’individus. Les hommes qui font partie de mon monde peuvent grâce à l’éducation qu’ils ont reçue, et sans trop de difficultés, juguler leurs pulsions primaires. En leur présence, les femmes n’ont rien à craindre, quand bien même elles s’habilleraient de mini-jupes, se baigneraient en bikini, monokini ou dans le plus simple appareil. Certes, le nombre d’agressions sexuelles dont elles sont victimes montrent que ce n'est pas le cas d'une certaine frange de la population masculine. Cependant affirmer que tous les hommes sont des prédateurs relève de l’amalgame le plus éhonté et de la propagande prosélyte. Mais peut-être Hassan Iquioussen fait-il référence aux hommes qu’il côtoie, son entourage, ses proches, ses coreligionnaires ? Chacun.e appréciera.

Deuxième argument : "Cela va vous coûter très cher, vous les femmes, si vous exposez votre beauté en public, parce qu’ils sont sans pitié les hommes."

De nouveau je m’étrangle. Qu’est-ce que ce docte musulman entend par coûter très cher ? Vraisemblablement que les femmes ne couvrant pas leur corps peuvent être légitimement agressées sexuellement par ces hommes sans pitié. La menace, elle, n’est pas voilée et on comprend que selon cet islamiste, les femmes non voilées (impudiques et non respectables) victimes de violences sexuelles l'auront bien cherché ! Ce renversement des responsabilités marque l’enracinement phallocrate d'une idéologie qui s’inscrit en lettres de sang dans la culture du viol. 

Troisième argument : "La tenue vestimentaire de la femme musulmane est un bouclier, une protection."

Il confesse que "devant une femme voilée… ils (les prédateurs) baissent les yeux… parce qu’elle inspire le respect." Une femme non voilée n’inspire donc pas le respect et les prédateurs, les loups affamés (de sexe), sont en droit de laisser libre cours à leurs instincts animaux, et oui, c'est "leur nature". S'y prendrait-on autrement pour légitimer le viol ? Mais les musulmans ne sont-ils pas les seuls susceptibles de baisser les yeux devant une femme voilée ? Soyons honnêtes, pour un non-musulman, cela n’a aucun sens. Personnellement je respecte toutes les femmes, voilées ou non, de la même manière. Si l’on comprend bien le discours de Hassan Iquioussen, ces prédateurs qui ne respectent que les femmes voilées et se conduisent comme des animaux avec les autres seraient donc ses condisciples. J’ose espérer que l'ensemble des musulmans sains de corps et d’esprit comprendront combien ses propos sont absurdes, stupides et portent atteinte à leur intégrité morale.

Quatrième argument : "La piscine appartient à tout le monde… nous payons des impôts… en tant que citoyen nous avons un droit (en l’occurrence celui d’imposer le burkini)."

La collecte de l'impôt permet de construire des écoles, des hôpitaux, des salles de sport, des médiathèques, des piscines etc., des établissements publics qui n’appartiennent à personne, mais dont tout le monde peut jouir dans le respect des règles et des lois établies sur la base du consensus social, républicain et laïque. Ce consensus pourrait se définir comme le dénominateur commun des différentes composantes de la société s'accordant avec les lois républicaines, dont la stricte séparation des obédiences religieuses et de l’Etat. De plus, les règles régissant l’utilisation des établissements publics ne sont pas censées prendre en considération d'autres éléments que la sécurité, l’hygiène et la bonne conduite des usagers.

L’espace public est un espace de rassemblement autour de valeurs communes et en aucun cas un espace de division où chacun est en droit d'imposer ses exigences communautaristes, religieuses, ou sectaires. Dans l’espace public, républicain et laïque, les questions de religion n’ont pas voix au chapitre, car elles relèvent de la sphère intime et privée.

Afficher ostensiblement ses convictions religieuses ou philosophiques, suppose que l’on veuille sortir du champ de l’intime, pour pénétrer le champ public avec l’objectif de modifier, dans un rapport de force idéologique, le consensus social. Hassan Iquioussen ne s’en cache d'ailleurs absolument pas lorsqu'il déclare : "En ce qui concerne la piscine, Il serait bien que les musulmans s’engagent politiquement." C’est là que le bât blesse et que tout malheureusement devient clair. L’islam n’est pour les islamistes qu’un outil servant un projet politique et non un  projet spirituel. Leur volonté exacerbée de transformer la gestion laïque de la société civile en gestion religieuse doit être prise au sérieux et combattue, si nous ne voulons pas que les femmes soient enfermées dans des tenues étanches à la vue, cloîtrées dans leur maison et à plus ou moins long terme, retirées du monde visible. 

Cinquième argument : "Ma philosophie de vie m’impose des restrictions (à savoir ne pas montrer mon corps)."

Il le dit lui-même avec hypocrisie, il n’est pas question de religion, mais de "philosophie de vie", laquelle imposerait aux femmes la pudeur du corps. Soit, on peut admettre que certaines femmes ne souhaitent pas se dévoiler en public, que ce comportement n'est pas en adéquation avec leurs convictions religieuses ou même leurs complexes. Mais quand une philosophie de vie n’est pas compatible avec les règles communes régissant l’espace public, ce ne sont pas les règles qui doivent changer, mais les individus qui doivent s'adapter. À titre personnel, si mes convictions m’interdisaient d'exposer mon corps en public, je n’irais simplement pas à la piscine. 

Le burkini me dérange.

Le burkini me dérange en tant que citoyen français, nourri aux valeurs républicaines et laïques. Il me dérange parce qu’il fait écho au vocable burqa et que ce n’est certainement pas une coïncidence. Il me dérange parce qu’il existe d’autres moyens de profiter d’une piscine municipale sans avoir à revêtir une toilette de bain propagandiste. Il se vend des maillots une pièce très couvrants, notamment ceux que portent les nageuses en compétition, que rien n’interdit aux femmes de s’envelopper dans un large drap de bain ou d’un paréo, lorsqu’elles ne sont pas dans l’eau et que par ailleurs le bonnet obligatoire couvre la chevelure. Il me dérange encore car les tenues vestimentaires, qui sortent délibérément du courant mainstream, sont toujours des moyens d’afficher une opposition à la société dans laquelle on vit, voire de marquer une hostilité aux valeurs qu’elle défend. Il me dérange au regard du combat que mène les féministes pour la liberté de se dévoiler dans les pays où l'islam organise la vie civile. Il me dérange parce qu’il corrompt la notion de pudeur lui conférant une dimension clivante. Il y aurait les femmes pudiques, respectables, couvertes de la tête aux pieds et à l’opposé les femmes impudiques, qui n’ont pas droit au respect, parce qu’elles souhaitent s’habiller comme bon leur semble. Il me dérange enfin parce que sous  prétexte qu'une poignée d’incontinents sexuels ne parviennent pas à contrôler leurs pulsions, il exige des femmes qu'elles aient des comportements pudibonds et de la société, la validation d'un apartheid sexuel. Le burkini, à l'instar du hijab, est un porte étendard, un emblème idéologique misogyne, sexiste et rétrograde renvoyant les femmes à leur condition moyenâgeuse d'objets sexuels.

Si effectivement les femmes doivent être protégées des prédateurs sexuels, elles n’ont pas à s’imposer de quelconques restrictions vestimentaires. Ce sont à ces hommes que l’on doit demander de faire des efforts, en la circonstance, ceux de s’éduquer et de se civiliser.

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