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Octobre rose : billet d'humeur d'une quinquagénaire

AVERTISSEMENT OSPHÈRES : cet article ne traite pas des mammographies de diagnostic individuelles prescrites par un médecin ou dans le cadre du suivi post-traitement d'un cancer, ou toute autre raison médicalement fondée.

Octobre rose : billet d'humeur d'une quinquagénaire

Octobre rose et mammographie, ou comment joindre l'inutile au désagréable.

Comme toutes les femmes françaises âgées de 50 à 74 ans, j'ai eu l'insigne honneur de recevoir une "invitation" de ma Caisse Primaire pour subir un examen de dépistage du cancer du sein : une mammographie. Ne vous inquiétez pas Madame, on s'occupe de tout, c'est entièrement gratuit, tout ce que vous avez à faire, c'est prendre un rendez-vous avec un radiologue. Un courrier qui n'a pas été sans me rappeler celui que j'avais reçu en 2009 lors de la super pandémie imaginaire de la grippe H1N1... Enfin, ne soyons pas mauvaise langue, disons que tout ça partait d'un bon sentiment. Mais autant dire que ce gentil rappel de mon grand âge, lequel est désormais susceptible de me causer d'autres problèmes que celui de rentrer de nouveau dans une taille 36, m'a très vite remis les pieds sur terre. Cette fois, ça y est, j'entre définitivement dans le troisième âge avec mes congénères de 74 ans ! Et en plus de ma prédisposition naturelle à mourir d'un cancer du sein, sans autre facteur de risque que celui d'être une femme et d'avoir 50 ans révolus, il semble, à en juger le vocabulaire infantilisant de la lettre, que depuis mon dernier anniversaire, soient aussi menacées mes capacité intellectuelles et cognitives à comprendre l'urgence et la gravité de la situation. Reprenons le contenu de la lettre d'invitation, disponible au téléchargement sur le site ameli.fr :

Madame,
Vous avez entre 50 ans et 74 ans. Vous êtes concernée par le dépistage du cancer du sein. Le cancer est une maladie grave.

Non, sans blague ?

Le cancer se développe dans notre corps.


Ah bon ?

Plus le cancer grossit, plus il est dangereux. Parfois, on peut avoir un cancer et quand même se sentir en pleine forme. C’est pour cela que c’est important de faire un dépistage.

Illustration effrayante de tumeurs métastasées à l'appui, j'imagine l'effet produit sur une personne hypochondriaque... (là, je pense subitement à ma mère) Bref, poursuivons.

Le dépistage sert à trouver un cancer s’il existe et qu’il est encore petit. Et quand un cancer est encore petit il est plus facile à soigner.

Eh bien croyez-le ou non, il sert aussi à trouver un cancer même s'il n'existe pas ! Nous y reviendrons. 

Faire le dépistage peut vous sauver la vie.


Nous y voilà. Fatalement, l'instrumentalisation de la peur entre en scène dès-lors qu'il est question de vendre du sable au Sahara. Une femme de 50 ans est en danger de mort (décidément, il ne fait pas bon vieillir !) alors qu’elle ne présente aucun symptômeaucun antécédent familial de cancer du sein, mais peut être "sauvée" grâce à la mammographie. C’est ce que nous verrons.

Le dépistage se fait à l’aide de la mammographie. La mammographie est une radio des seins. La radio des seins sert à voir si vous avez un cancer dans le sein.

Moi qui croyais qu'une mammographie était une radio des seins qui "servait à voir si on avait un cancer dans l'estomac"... Je suis d'ailleurs estomaquée par le ton de cette lettre qui pourrait être lue sans difficulté en cours moyen 1ère année. J'ai vraiment l'impression qu'on prend les femmes pour des demeurées.

Nous vous invitons à prendre rendez-vous avec un radiologue pour faire une mammographie. Le dépistage est gratuit.


Ah bon ! Alors si c’est gratuit, pourquoi s’en priver ? La construction de cette "invitation" me rappelle étrangement certaines stratégies commerciales. D’abord vous cibler "vous êtes concernée", ensuite créer un besoin (de survie, rien que ça) "vous pouvez avoir un cancer sans même le savoir !", puis remédier à ce besoin "c’est pourquoi vous devez faire un dépistage", et enfin, proposer le produit : une mammographie, au prix modique de... 0 euros ! Qui peut résister à pareille offre ? 

Le jour du rendez-vous, pensez bien à apporter votre carte vitale vos anciennes radios des seins et la lettre d’invitation au dépistage.
Vous recevrez vos résultats par la poste.

Bien. À présent, étudions objectivement les faits, les chiffres, les résultats des études scientifiques menées sur la question de l'utilité des campagnes de dépistage organisé, massivement promu via l'évènement Octobre rose. Parce que, mine de rien, je suis (quand même) concernée, ne serait-ce que par les couleuvres (ou les serpents venimeux) qu'on veut me faire avaler et qui, comme nous le verrons, pourraient s'avérer particulièrement indigestes.

Qu'est-ce qu'une mammographie ?

Commençons par l'examen lui-même. Une mammographie, comme nous l'a brillamment exposé la Caisse Primaire, est une radiographie des seins, en principe indolore, qui dure environ 15 minutes. Pour obtenir une image de l'intérieur du sein sous tous ses angles, il est nécessaire de procéder à une "coupe" horizontale, puis latérale. Le sein est alors comprimé entre deux plaques de verre afin d'en diminuer l'épaisseur. Cette technique peu agréable pour certaines femmes, est utilisée pour éviter qu'une trop grande quantité de rayons X ne traverse le sein et obtenir des clichés de qualité optimale (4 au total, soit 2 par sein). Une fois la mammographie terminée, le radiologue procède à un examen clinique des seins et des aisselles (vérification de l'aspect de la peau, des mamelons, palpation, recherche de ganglions suspects).

Dans le cadre d'une campagne de dépistage organisé, le radiologue donne à la patiente les résultats d'une première lecture de sa mammographie. Puis, une seconde lecture obligatoire sera effectuée par un confrère afin de réduire le risque d'erreur de diagnostic. Les résultats de l'examen seront ensuite communiqués sous quinze jours au médecin traitant ou au gynécologue de la patiente qui recevra les clichés par courrier après la seconde lecture. Si la mammographie révèle une anomalie, des examens complémentaires seront prescrits (échographie, IRM, ponction ou biopsie) afin de déterminer la nature d'une éventuelle tumeur. Et c'est généralement là que les choses se compliquent .

De l'utilité réelle de la mammographie.

Avec tous les efforts déployés par les grands médias, le Ministère de la santé, les associations en ".gouv", le milieu artistique engagé, qui oserait remettre en question l'utilité du dépistage organisé du cancer du sein ? Quel genre de pisse-vinaigre rejetterait un examen totalement gratuit qui sauve tant de vies ? En théorie, personne, et surtout pas les femmes. Mais la mammographie sauve-t-elle réellement des vies ? Tout ce ramdam organisé, marches, concerts, courses roses, rubans roses, exhibitions de "seins célèbres" pour la bonne cause à l'occasion du mouvement Octobre rose, est-il fondé scientifiquement, voire même éthiquement ?

Balance bénéfices/risques : quand le doute s'installe.

Avant de jeter à la corbeille cette chance inespérée qui m'était offerte d'échapper à la mort, j'ai tout de même entrepris mes propres recherches, trop curieuse pour m'en tenir à l'exposé simpliste de la Caisse Primaire, et désormais trop méfiante lorsque manifestement, je me trouve en présence d'un matraquage médiatique destiné à me "sensibiliser" sur de graves questions de santé. Me reviennent en mémoire la fausse alerte de pandémie de grippe A et les millions de doses de vaccins invendus ayant fini dans les incinérateurs (coût : 400 millions d'euros), quand notre Roselyne nationale, alors ministre de la santé, tentait une opération sauvetage en se faisant personnellement vacciner en direct sur une chaîne d'info grand public. Plus actuelles, les controverses sur le Gardasil, super vaccin aussi onéreux qu'inutile et potentiellement dangereux, mais qui fait l'objet d'une campagne de communication sans précédent des labos et des organismes officiels de santé, censés faire autorité en matière d'informations et de conseils. L'OMS, l'Etat français, l'EMI et consorts, ont pourtant tous à un moment donné, apporté la preuve de leur manque de discernement, pour le plus grand bonheur des géants de l'industrie pharmaceutique et toujours à nos frais, au propre comme au figuré. Inversement, pas question de verser dans le conspirationnisme primaire et les fake-news, parce que le moins qu'on puisse attendre d'une rédactrice, me dis-je, c'est un minimum d'honnêteté intellectuelle, y-compris vis-à-vis d'elle-même !

Le doute s'étant donc insinué, puis installé, me voilà lancée dans une quête de vérité qui, pour être tout à fait franche, ne m'a pas demandé beaucoup d'efforts d'investigation. En effet, et à ma grande surprise, j'ai très vite constaté que nombre de sites renommés, y-compris scientifiques, interrogeaient l'efficacité réelle du dépistage organisé du cancer du sein, présentant un bilan des plus médiocres quant aux résultats attendus et un autre, des plus noirs, auquel on ne s'attendait pas : des surdiagnostics massifs et leurs cohortes de dommages directs ou collatéraux, les surtraitements.

Cancers du sein, lesquels sont mortels ?

Contrairement à ce que pourrait me faire croire l'invitation alarmiste de ma Caisse Primaire, la plupart des cancers du sein sont curables et ne conduisent pas à une mort certaine, beaucoup disparaissant même spontanément. La majorité des tumeurs découvertes lors d'un dépistage sont asymptomatiques et le resteront, d'autres évolueront lentement vers une maladie symptomatique en raison de la longue durée de leur séjour dans le sein (toujours sans signes cliniques). Si ces tumeurs sont "petites" au moment du diagnostic, ce n'est donc pas parce qu'elles sont récentes et "prises à temps", mais parce qu'elles n'évoluent pas et souvent, elle n'évolueront jamais.

Pour preuve, une étude australienne réalisée par BMC Cancer, intitulée Prevalence of incidental breast cancer and precursor lesions in autopsy studies: a systematic review and meta-analysis, concernant des autopsies réalisées sur les seins de femmes décédées par accident ou autres maladies sans rapport avec le cancer du sein, a révélé que 2 femmes sur 10 présentaient des lésions cancéreuses ou inquiétantes qui, si elles avaient été détectées par mammographie, auraient donné lieu à un traitement radical.

En revanche, il existe des cancers à fort potentiel métastatique qui se développent rapidement. Leur détection avant la dissémination des métastases n'est possible que dans un temps très court, rarement au moment d'un dépistage, ils sont d'ailleurs nommés "cancers de l'intervalle" et lorsqu'elles sont détectées, ces formes agressives et rapidement évolutives sont souvent déjà avancées. Ce constat nous permet de mieux comprendre dans quelle mesure une grande quantité d'études des plus sérieuses dont certaines récentes, ont révélé que le dépistage organisé ne contribuait pas à diminuer le nombre de décès par cancer du sein. Mais ce n'est pas l'unique raison de l'actuel constat d'échec. Une étude publiée en 2005 par le New England Journal of Medicine, confirme que 30% des cancers chez les femmes de 40 ans ne sont pas détectés par les mammographies de dépistage. Une autre étude réalisée par le NIH (National Institute of Health), révèle que 10% des tumeurs malignes chez les femmes de plus de 50 ans ne sont pas dépistées par les mammographies. Par ailleurs, une étude suédoise(2) menée sur 60 000 femmes a démontré que 70% des tumeurs détectées par mammographie n’étaient pas des tumeurs !  

Mammographie de dépistage : quels risques pour ma santé ?

Si un nombre grandissant de médecins alertent, non seulement sur l'inutilité des mammographies de dépistage, mais aussi leurs graves conséquences sur la santé des femmes, c'est parce que les faits ont été observés cliniquement. Le problème, c'est qu'on nous "vend" un examen prétendument sans danger, totalement gratuit et qui "sauve des vies". Or, bombarder de rayons X les seins d'une femme tous les deux ans, ce n'est pas vraiment sans danger. Dans certains cas, cela peut même causer des cancers radio-induits (causés par l'exposition à des rayonnements ionisants : atteinte de coronaires par irradiation, aplasie médullaire etc.) chez des femmes parfaitement saines. D’après Diana Hunt, diplômée du centre médical d’UCLA, spécialiste des rayons X, "les radiations reçues par le sein au cours d’une seule mammographie correspondent à 11,9 fois la dose absorbée annuellement par le corps entier." Imaginons la dose absorbée par une femme exposée à deux mammographies par sein chaque année sur une période de 10 ans. Pour faire image, les femmes qui ont survécu aux bombardements de Hiroshima ou Nagasaki ont absorbé 35 rads, les femmes mammographiées à cette fréquence, 20 rads.

D'ailleurs, le NCI (National Cancer Institute) a publié des statistiques qui révèlent que les mammographies peuvent provoquer chez les femmes de moins de 35 ans, 75 cancers pour 15 cancers correctement diagnostiqués. Au cours de ces quatre dernières années, on a réalisé en moyenne 19 966 mastectomies totales par an, contre 18 351 annuelles au cours des quatre années ayant précédé la généralisation du dépistage organisé (2000-2003), soit une hausse de 8,8% (4). Alors le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? En France en 2017, des médecins français ont publié une étude(3) qu'ils commentaient ainsi : 

Si le dépistage organisé s’était accompagné d’une diminution du nombre de mastectomies pour cancer réalisées en France, cette diminution devrait se traduire par une diminution équivalente des mastectomies codées dans les bases de données du PMSI. Cela ne correspond pas aux résultats observés. Au contraire, on constate une augmentation statistiquement significative des mastectomies totales ainsi que de l’ensemble des mastectomies tout type confondu.

Le dépistage s'étant surtout accompagné d'un nombre massif de surdiagnostics (environ 50%), lesquels ont donc généré des surtraitements, pouvait-il en être autrement ? Mais d'autres dommages collatéraux s'invitent dans la balance bénéfices risques des mammographies par dépistage organisé, incidences fâcheuses pourtant passées sous silence par les principaux acteurs de la propagande d'Octobre rose. Parmi les conséquences d'un surdiagnostic, notons :

  • une qualité de vie altérée, voire détruite : physiquement, professionnellement, socialement, économiquement, affectivement et sur le plan relationnel ;
  • une augmentation du niveau global d'angoisse pour toutes les femmes ;
  • des surtraitements avec : augmentation du taux d'ablations des seins, chimiothérapies (toxicité additionnelle si plusieurs traitements), radiothérapies (avec leurs complications) ;
  • des symptômes de ménopause précoce dus aux traitements ;
  • la création de faux antécédents médicaux en cas de diagnostic erroné.


Bénéfices des mammographies de dépistage : réinformer les femmes.

Un collectif de médecins français, nommé Cancer rose, présente une approche scientifiquement et déontologiquement responsable de la réalité du dépistage organisé du cancer du sein. Pour les professionnels de santé, les divers acteurs associatifs et les femmes concernées par l'invitation que je viens de recevoir, ces médecins militant pour une information loyale, neutre et indépendante, mènent des actions d'enseignement, réalisent du matériel d’information, des brochures téléchargeables ainsi que de courtes vidéos à destination du grand public. 


Cancer Rose est également une association à but non lucratif, qui a pour objectif de soutenir l’action du collectif, et à laquelle il est possible d’adhérer.

En révélant souvent des lésions qu'on aurait mieux fait d'ignorer, le dépistage fait manifestement pencher la balance bénéfices risques du mauvais côté. Tout bien considéré, pour ma part,  je déclinerai l'invitation attendu que :

  • le dépistage d'un hypothétique cancer du sein est susceptible de me faire plus de mal que de bien ;
  • que je n'ai pas l'intention de sombrer en dépression face à la perspective de l'issue fatale d'une maladie que je n'ai pas et n'aurai probablement jamais ;
  • que je n'ai pas prévu de faire un séjour à Tchernobyl.

Je passe rapidement sur les enjeux financiers que portent ces campagnes massives de dépistage et leurs cohortes de conflits d'intérêt. Parce que d'une part, à moins d'être dans l'ignorance ou le déni, si ce n'est les deux, il est devenu évident qu'en médecine il n'est plus tant question de guérir que de traiter le plus longtemps possible. Lorsqu'on a compris ce phénomène, on le considère comme acquis par principe. Qu'on veuille bien l'admettre ou non, l'industrie pharmaceutique s'engraisse sur le capital santé des gens, malades ou bien portants et plus particulièrement des femmes. D'autre part, ce billet est surtout destiné à partager avec d'autres femmes qui, comme moi se poseront la question de l'utilité d'une mammographie de dépistage après avoir reçu la même "invitation", une information objective, scientifiquement argumentée et dépassionnée leur permettant de prendre leur décision en connaissance de cause. En médecine, on appelle ça le "consentement éclairé".

Conclusion.

Quitte à enlever mon soutien gorge devant un homme (ou une femme), je préfère donc, et de loin, laisser le soin à l'élu de mon coeur de "détecter" lui-même par palpation plus ou moins orthodoxe, toute anomalie ou grosseur suspecte de mes seins ! Quoi qu'il en soit, je reste avec dans la bouche, le goût amer et irritant que ces couleuvres m'ont tout de même laissé, avec le sentiment prégnant que la tendance générale des organisations de santé publique tend davantage à se concentrer sur la balance bénéfices/risques-financiers des lobbies pharmaceutiques que sur celle de la santé des individus en général, et des femmes en particulier.




1 -  https://bmccancer.biomedcentral.com/track/pdf/10.1186/s12885-017-3808-1 

2 - https://www.cancer-rose.fr/efficacite-et-surdiagnostic-du-depistage-mamographique-aux-pays-bas-etude-populationnelle/  

3 - http://www.jle.com/fr/revues/med/e-docs/le_depistage_organise_permet_il_reellement_dalleger_le_traitement_chirurgical_des_cancers_du_seinospheres_310529/article.phtml?tab=texte 

Références article : 



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