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Se prostituer pour payer sa facture d'hôpital !

Se prostituer pour payer sa facture d'hôpital !

Ces femmes qui sont obligées de se prostituer pour payer leur facture d’hôpital.

Les hôpitaux de l’Afrique sub-saharienne et de l’Asie font face à une pratique pour le moins inquiétante. Quand les patients, et plus particulièrement les patientes, ne peuvent s’acquitter de leur dette, ils sont purement et simplement séquestrés. Ils seraient plusieurs centaines de milliers, principalement des femmes et leurs enfants, à être ainsi retenus contre leur gré. Enchaînés, privés de nourriture, maltraités et sexuellement abusés, ils n’ont d’autres choix que de subir en attendant de pouvoir régler leur facture. 

La principale raison de cet état de fait tient à la privatisation croissante des systèmes de santé. De nombreux activistes ont dénoncé cette invraisemblable situation et appelé les autorités internationales à agir rapidement. Comment peut-on tolérer que des femmes soient contraintes de se prostituer pour payer les frais de leur accouchement ? 

Bien que le nombre exact de ces détentions ne soit pas précisément connu, la pratique est tellement répandue dans certains pays que les patients ont fini par l'accepter.

Le plus inattendu, quoi qu’il ne faille plus s’étonner de rien, vient des politiciens locaux engagés dans des courses électorales qui tournent le problème à leur avantage en proposant aux malheureux débiteurs de régler leur dette contre la promesse d’un bulletin d’un vote. Une voix est une voix !

On ne sera pas surpris non plus d’apprendre que ce sont les plus pauvres qui font les frais de ces détentions arbitraires. Mieux vaut pour eux ne pas avoir besoin des services hospitaliers. Dans un hôpital de Nairobi, Kenya, les femmes impécunieuses doivent consentir des faveurs sexuelles aux médecins les ayant accouchées. En 2016, une étude menée pendant six semaines dans un hôpital de la République Démocratique du Congo, a montré que plus de la moitié des femmes ayant accouché étaient détenues contre leur volonté, parfois plusieurs mois, pour non-paiement de leur facture. 

On ne peut qu’approuver l’idée de services de santé totalement gratuits défendue par Médecins Sans Frontière.

La santé ne peut être plus longtemps l’otage d’une logique purement économique qui, dans les pays en voie de développement, conduit des femmes à vendre leur corps pour financer les soins dont elles ont besoin. Cependant, la gratuité d’accès aux soins ne peut se développer sans une politique de subventions et là est la pierre d’achoppement.

Nous rejoignons les activistes qui ont lancé un appel international demandant l’interdiction de ces pratiques barbares ainsi que l’engagement de poursuites à l’égard de ces hôpitaux peu scrupuleux et bien sûr, une refonte du système de financement des services de santé publique dans ces pays. Dans son introduction, la constitution de l’OMS établit que la possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain. Dès lors, la recette est connue et prend la forme d’un investissement massif d’argent public dans la réalisation de système sanitaire en adéquation avec une approche humaniste du développement économique. À ce jour le Burundi, qui a renoncé à faire payer les usagers des services de santé, est le meilleur exemple à citer. En cinq ans le nombre d’accouchements réalisés dans les maternités a été multiplié par quatre et la mortalité infantile divisée par deux. Mais cet exemple est l’arbre qui cache la forêt et les progrès dans le domaine sont lents alors que l’urgence se fait toujours plus ressentir. 

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