Sphère émotionnelle

Anatomie de la sodomie

Anatomie de la sodomie

Anatomie de la sodomie

La sodomie et le couple hétérosexuel.

Dans la gamme des pratiques sexuelles provoquant débats, controverses, incompréhension voire mésentente au sein du couple, la sodomie ne fait pas figure d’exception. Surexposition médiatique, omniprésence dans la production pornographique, la pénétration anale est à la mode. Elle serait même l'exemple type de l'expérience qui consacre les amants en phase avec leur époque, entendez libérés des préjugés et tabous. Mais, cet acte de pénétration généralement apprécié et recherché par la gent masculine, ne remporte pas l'adhésion spontanée des femmes. Anxiété de la douleur et considérations d'ordre hygiénique en modèrent considérablement l'attrait.

Le sexe anal peut être aussi désagréable, douloureux qu’intensément « pleasurable ». Si les magazines féminins se font fort de présenter leurs meilleurs conseils de préparation, lubrification et position, ils omettent trop souvent de pointer les qualités du désir et l'excitation comme facteurs fondamentaux de la réussite de l'expérience. En clair, en préambule de toutes recommandations devrait s'énoncer haut et fort que l'on ne s'essaie pas à la sodomie pour contenter un partenaire particulièrement demandeur, mais que l'on s'y livre sur la base d'une excitation pleine et entière ou d'une curiosité authentique. Une publication dans « The journal of Sexual Medicine » a fait apparaître que la confiance dans le partenaire, la connexion émotionnelle, le degré d’intimité et la curiosité étaient, pour les femmes, les éléments incontournables d’une approche positive de la sodomie.

L’anatomie du conduit anal, d’une grande complexité, comprend un lot important de terminaisons nerveuses, de vaisseaux sanguins et notamment un réseau de muscles puissants, permettant d’assurer la continence et l’expulsion des selles, qui forment les sphincters interne et externe. Le premier répond à des réflexes digestifs et non à une commande volontaire, contrairement au second. En théorie, le sphincter interne, qui compte pour 70% de la pression de fermeture de l'anus, ne se relâche qu’au temps de l’expulsion et ce n’est qu’à la condition de sa complète détente que l’on pourra réellement goûter aux plaisirs de la sodomie.

Lubrifier oui, mais pas avec n'importe quoi !

Ordinairement la zone anale ne produit pas de substances typiquement lubrificatrices. L'utilisation d'un lubrifiant n'est donc pas une option, mais un impératif. Cela dit, une attention particulière doit être portée sur le choix du produit. Gras, il aura l’inconvénient d’altérer l’étanchéité et la résistance des préservatifs, parfumé celui d’irriter les muqueuses. La vaseline, le beurre, la margarine sont à proscrire, ils contribuent en sus à surchauffer le conduit anal. Si la salive est communément utilisée, son efficacité réduite dans le temps, sa qualité changeante et les risques liés à la présence d’agents pathogènes, n’en font pas le lubrifiant idéal. Les meilleurs produits sont les gels et lubrifiants à base d'eau, incolores et inodores. Lorsque la sodomie est pratiquée avec l’appui de sextoys il est indispensable de s’en tenir au lubrifiant prescrit par le fabricant. 

Sont fortement déconseillées les crèmes lubrifiantes anesthésiantes. Il en existe plusieurs sur le marché, Amazon en propose différentes marques généralement présentées comme des crèmes relaxantes. Si leur innocuité pour la santé est incertaine, les informations sur leur composition étant souvent introuvables, leurs effets délétères sont quant à eux clairement référencés. L'anesthésie de la zone, pour confortable qu’elle soit, interdit de percevoir les signaux d'alerte et fait donc courir des risques importants dont les conséquences fâcheuses ne se révèleront qu’une fois son action dissipée. Par ailleurs, ces crèmes que les hardeuses utilisent en abondance pour les pénétrations extrêmes, peuvent endormir toute sensation de plaisir. En tout état de cause, la douleur doit questionner le désir de sodomie et/ou la qualité de la préparation.

Travailler la dilatation.

Quand le désir et l’excitation sont véritables, mais que les sensations douloureuses leur font obstacles malgré les lubrifiants et l’attention du partenaire, mieux vaut se préparer en amont en pratiquant quelques exercices de dilatation. Le sphincter interne, qui ne répond qu’à des injonctions d’expulsion d’ordre réflexe, constitue le principal frein à la pénétration. Il faut par conséquent l’éduquer au relâchement. Les sextoys sont les meilleurs alliés pour ce faire si l’on a soin de choisir le bon modèle, ni trop large ni trop long, et de ne pas aller trop vite en besogne. L’apprentissage peut prendre du temps, plusieurs semaines avant de pouvoir accepter un sextoy dimensionné comme un pénis. L’idéal est sans doute de s’exercer en solitaire, de manière à garder une totale maîtrise de l’approche et de la gestuelle. En toutes circonstances l’usage d’un lubrifiant est indispensable. Quoiqu’il en soit du calibre du sextoy choisi, la douleur ne doit jamais s’inviter. L’idée n’étant pas d’apprendre à la supporter, mais à la dissoudre dans le plaisir. Pour faciliter l’introduction de l’objet, une légère poussée dans le genre de celles que l'on produit lorsque l'on va à la selle est parfois nécessaire. Une fois la chose faite (en douceur), il est alors possible d’explorer en toute décontraction l’éventail des sensations anales. Il peut aussi être recommandé de porter un rosebud plusieurs minutes (15 à 30 min) avant un rapport sexuel anal, la pénétration n'en sera que facilité. La masturbation du clitoris est aussi très indiquée pour accentuer les ressentis voluptueux et atteindre l’orgasme. 

Stimulez, en douceur !

Les stimulations de l’anus préalables à la sodomie ne doivent être ni négligées ni réalisées en mode porno. Malheureusement, dans la grande majorité des cas elle est pratiquée sans préparation ad hoc, ce qui conduit à vivre des expériences traumatisantes tant sur le plan physique (microfissures anales) que psychologique. Faire monter l’excitation en caressant doucement l’anus puis en y introduisant délicatement un doigt, est la meilleure façon de procéder. L’anulingus peut compléter le répertoire des préparatifs à la sodomie. Notons que ce dernier expose à d’éventuelles contaminations bactériennes. L’hygiène de la zone n’est donc pas négociable. Les réactions de la partenaire sont des indicateurs précieux dans le déroulé de l’expérience et doivent permettre de comprendre si le temps de la pénétration est arrivé. La partenaire, à cette fin, ne doit pas hésiter à exprimer clairement ses ressentis. Ce n’est qu’à la condition de se connaître parfaitement que les amants peuvent s’en tenir à une communication purement implicite. 

L'hygiène indispensable.

Préparer la sodomie par des attentions délicates, des caresses, du lubrifiant est une condition nécessaire, mais pas toujours suffisante. En effet si le lavement n'est pas obligatoire (ni même parfois souhaité), le confort psychologique et physique qu'il procure n'est pas négligeable. Pour un lavement efficace, l’utilisation d’une poire anale, modèle différent de la poire vaginale, est primordiale. Une fois remplie d’eau tiède à tendance froide, il suffira d’introduire son embout lubrifié dans l’anus, de pousser le liquide à l’intérieur du rectum, de le garder ainsi une trentaine de secondes puis de l’évacuer dans les toilettes. L’opération pourra être répétée une ou deux fois. Pour les femmes qui manifeste une véritable aversion pour les matières fécales, le processus peut se poursuivre sous la douche à l’aide d’une canule spéciale que l’on met en lieu et place du pommeau. Attention à la température, au débit d’eau qui doit être léger et à la durée de l'opération qui ne doit pas excéder une à deux minutes. Le lavement n’est pas un acte anodin, il convient de le pratiquer avec mesure. Dans tous les situations suivantes, il est même fortement déconseillé : grossesse, maladie hémorroïdaire, saignement intestinaux, opération récente du système digestif, diverticules, maladie de Crohn et rectocolite hémorragique. Bien entendu, si l’envie de sodomie n’a pas été anticipée, qu’elle survient au cours des ébats, un séjour prolongé entre toilettes et salle de bain peut casser l’ambiance. 

Les risques associés.

Les risques associés à la sodomie ne sont guère plus importants que pour d’autres formes de rapports sexuels, si l’on fait preuve d’un minimum de précautions. À ce titre il faut proscrire la pénétration vaginale et la fellation après sodomie sans avoir au préalable nettoyer très soigneusement le pénis ou remplacé le préservatif. De légers saignements peuvent survenir à la suite de la pratique, ils ne sont pas forcément signes de gravité, mais par prudence il sera préférable d'en référer à son médecin traitant ou son gynécologue. Les hémorroïdes ne constituent pas un risque particulier si ce n’est celui de la douleur. Si en aucun cas la sodomie n’est à l’origine de la maladie hémorroïdaire, elle peut toutefois la révéler en déclenchant ses symptômes. Le port du préservatif est conseillé, car on suppose que les germes présents dans le conduit anal et le rectum transitent parfois via l’urètre pénien en direction de la prostate et génèrent des prostatites aigües. Bien sûr comme pour tout acte sexuel entre partenaires occasionnels le préservatif est l’incontournable agent de sécurité. 

Pour conclure.

Les raisons pour lesquelles la pénétration anale est jouissive sont encore assez floues. En effet, l’anus et le rectum ne possèdent pas les récepteurs sensitifs des aires érogènes primaires. L’importante innervation de la zone et sa proximité avec d’autres centres de la volupté, tel le point de Gräfenberg, font partie des explications les plus couramment admises. Il est toutefois important de pointer que la sodomie s’accompagnant d’un parfum d’interdit, renvoie à la transgression, puissant moteur d’excitation sexuelle et d’intensification de la jouissance.

La sodomie fait partie du registre des possibles, mais jamais des obligatoires. C’est à chaque couple de trouver la voie qui lui convient pour que leurs expériences érotiques soient équitablement porteuses de jouissance et de satisfaction émotionnelle et il serait absurde de prétendre que l’accomplissement érotique se joue à l’aune de cette pratique. La qualité et l’intensité d’une relation intime ne dépendent pas d’un type de comportement sexuel, mais de la complicité, l’empathie, l’écoute, l’inventivité et la capacité à s’émouvoir des amants. La réussite de l’aventure intime ne saurait in fine se résumer à l’exécution de recettes de cuisine aussi raffinées soient-elles, car au-delà des ingrédients qui la composent, des éléments d’une nature indicible jouent le rôle de catalyseur. 

Poster un commentaire

Dans la même thématique

Osphères c'est avant tout...

Une information fiable, objective et diversifiée

Une approche décomplexée, éthique et responsable de la sexualité et de l’érotisme

Un espace privilégié de rencontres et d'échanges

Un univers où prévalent les principes de respect, de courtoisie et d’ouverture.

X