Sphère émotionnelle

BDSM : Quelques pratiques

BDSM : Quelques pratiques

BDSM : Quelques pratiques

Les "checklists" généralement présentées sous forme de tableau qui énumèrent les pratiques les plus courantes en BDSM ne prennent généralement pas en compte leur différents degrés de dangerosité. 

La plupart du temps les pratiques BDSM sont présentées par ordre alphabétique et d'un point de vue strictement technique. Pourtant, il semble essentiel de prendre en compte les risques potentiels de certaines d'entre elles parmi les plus extrêmes telles que, les jeux d'asphyxie, les scarifications, les jeux dits médicaux impliquant l'utilisation d'aiguilles, de speculums, de sondes urétrales, ou encore la pratique du lavement. Et que dire du bondage, du fouet ou encore du marquage au fer ? 

Alors, même sous l'empire d'un irrésistible besoin de satisfaire à ses pulsions animales, ou toute autre raison évoquée par un esprit aventureux, peut-on tout se permettre et/ou tout permettre à l'autre ? En conscience - et dans l'absolu - la réponse pourrait être oui si ces deux concepts ne s'affrontaient parfois sur le terrain du psychisme humain. Aucune pratique BDSM n'est anodine, même les pratiques d'humiliation, à première vue inoffensives, peuvent avoir des effets dévastateurs sur une personne dont l'équilibre psychologique est instable, à plus forte raison si l'humiliation est infligée par un dominant irresponsable ; en effet, comment savoir si le consentement de celle-ci s'appuie sur une réelle conscience des risques auxquels elle s'expose ?  Il faut le savoir, le safeword dans tels cas, est souvent prononcé trop tard. 

Exemples d'humiliations

  • La déshumanisation : consiste à traiter la personne soumise comme un animal ou un objet (chien, table, lampe humaines…)
  • L'humiliation publique : consiste à mettre la personne soumise dans une situation avilissante, soit en l'exhibant, soit en l'offrant comme jouet sexuel lors d'un évènement ou d'une soirée ou dans tout endroit pouvant se prêter à la situation.
  • Le travestissement : pour les hommes, il a pour objectif de rabaisser, ridiculiser le soumis en lui faisant porter des vêtements ou sous-vêtements de femme, ou pour les femmes, de les habiller en prostituées, soubrettes etc. 

Il existe quantité d'autres situations d'humiliation dont il serait impossible de dresser une liste exhaustive. Certaines concernent la sphère privée, d'autres la sphère publique, mais toutes ont en commun la réduction de la personne soumise à l'état d'objet, d'animal, si ce n'est à l'état de "rien du tout". Quel bénéfice, quel plaisir peut-on retirer de pareils jeux, objecterez-vous. Certains psychanalystes dont Hugo Trauer, ont corrélé - du point de vue de la personne masochiste - sexualité SM et culpabilité. Quelles que puissent être les motivations profondes, conscientes ou non des adeptes, les pratiques d'humiliation semblent nous parler, comme toute forme de sexualité "punitive", de la façon dont, sans doute, l'humain tente cahin-caha de maintenir l'équilibre instable de son patrimoine psychogénétique. 

Le présent article n'est pas destiné à traiter du vaste sujet des pratiques BDSM de façon exhaustive mais d'en parcourir les axes principaux à travers les plus connues et courantes d'entre elles. En BDSM aucune pratique n'est anodine et exempte de risques, hormis l'illustre fessée, dont on ne cesse de nous vanter les bienfaits à temps et à contretemps, et dont l'aura se pare des plus beaux atours de l'art comme de la littérature. Il existe des ouvrages entièrement dédiés à L'art de la fessée, tel celui du même nom de J.P Eynard, illustré par Manara ou L'éloge de la Fessée de Jacques Serguine. Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, Diderot, Sade, Alfred de Musset, Apollinaire et consorts ont largement exploité le fort potentiel érotisant de la fessée, cette valeur sûre de l'érotisme. 

En revanche, d'autres techniques de jeux dits d'impacts sont très loin d'être inoffensives et méritent que l'on se penche sur les liminaires parfois confus séparant plaisir érotique d'une pratique sexuelle atypique et pure mise en danger d'autrui.

Les pratiques de type "Impact play"

Elles sont relatives à tout impact réalisé sur le corps avec la main, le poing, le pied, ou à l'aide d'objets (paddle, cravache, badine, lanières diverses). Ces pratiques ont pour but, soit de punir, soit de contrôler la personne soumise.

Maniement des lanières

La plupart des couples BDSM s'accordent au préalable sur les pratiques qu'ils sont disposés à mettre en oeuvre. Le plus souvent, en début de relation - et lorsque l'on a affaire à des personnes responsables - leur gradation, en principe, en est au stade de la découverte et les risques sont donc relativement faibles. Fessées, application de pinces à seins, utilisation de cravaches sont généralement des entrées en matière et si elles ne semblent pas dangereuses, encore faut-il en user avec parcimonie. En revanche, l'utilisation de martinets de type "chats à 9 queues" peut s'avérer risquée car leur action ne se limite pas à l'épiderme. Les coups assénés au-delà d'une certaine force, provoquent des ondes de choc qui se propagent dans les tissus profonds et les structures internes (organes). Afin d'éviter tout accident, il est donc fortement recommandé de se limiter aux seules parties charnues dotées ou non de structures osseuses (haut et bas des fesses, cuisses, poitrine…), toutes parties de l'abdomen devant être soigneusement évitées, comme doit l'être la partie lombaire du dos qui abrite les reins. Notons que du point de vue de la morphologie, hommes et femmes ne s'exposent pas aux mêmes risques. Si pour Madame, quelques coups de martinet assénés au niveau de l'entrecuisses peuvent s'avérer très érotiques et relativement sans danger, il n'en va pas de même pour Monsieur qui s'expose à de graves lésions testiculaires.

L'improvisation et l'usage approximatif des lanières en tous genres est en soi hasardeux, voire dangereux mais le curseur d'alerte s'affole dès lors qu'il est question d'utiliser un "single-tail", mot anglais signifiant "simple queue", fouet mythiques du BDSM. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un fouet à une seule lanière, terminé ou non par un "cracker", plumeau en nylon ou en kevlar qui, lorsque sa vitesse passe le mur du son, provoque le fameux "bang supersonique" à l'origine du claquement caractéristique du fouet.

L'usage du fouet ne s'invente ni ne s'improvise car cet instrument (qui est aussi une arme) ne pardonne pas la moindre approximation. Il en est ainsi des Sjumbocks, fouets absolument redoutables utilisés à l'époque de l'apartheid par la police Sud-Africaine. Les Sjumbocks sont constitués d'un manche rigide auquel est fixée une tresse qui se termine par une lanière sans cracker. Si les Sjumbocks en cuir de girafe sont déjà très puissants et ne doivent être utilisés qu'avec circonspection, ceux en cuir de rhinocéros ont la réputation de pouvoir casser un avant-bras.  

Les risques sont également avérés pour les personnes débutant dans le maniement du fouet. Rappelons qu'il s'agit d'une arme et comme l'utilisation du nunchaku l'illustre plutôt bien, il n'est pas rare qu'elles fassent les frais d'un retour malencontreux de leur instrument. Quelques règles de base comme se protéger le visage et veiller à ce que l'espace soit suffisant pour éviter toute projection d'objet non désirée (le fouet pouvant accrocher lustres ou objets divers), doivent être observées. L'on comprend donc sans mal qu'il n'est pas question de s'aventurer dans cette dimension du BDSM sans un minimum d'informations (voire de formation) tant sur l'instrument lui-même et ses effets, que sur le degré de maîtrise requis du praticien. Quoi qu'il en soit, l'amateur ne devra en aucun cas effectuer son apprentissage sur le corps de son ou sa partenaire et un oreiller sera plus approprié lors des premiers entrainements.

Les jeux de cire

Chacun de nous connaît la désagréable sensation de brûlure provoquée par une coulée inopinée de cire sur les doigts. La réaction est immédiate et déclenche un réflexe de retrait, mais très vite la douleur s'apaise puis disparaît, laissant place à un soulagement quasi jubilatoire. Il semble que cette singularité n'ait pas échappé aux adeptes BDSM de la cire. Mais quelques précautions doivent être prises avant que de goûter aux plaisirs brûlants d'une coulée de cire sur la peau ou les muqueuses. Le b.a ba : veiller à aménager son environnement. Si la cire est une substance particulièrement tenace qui s'incruste profondément dans les tissus, il ne faut pas oublier qu'une bougie allumée, c'est avant tout une flamme. L'espace devra donc être soigneusement organisé afin d'éviter tout danger d'incendie. Et pour le cas où un accident surviendrait néanmoins, prévoir une serviette mouillée, voire un extincteur.

Quant au déroulement de la séance, il ne faut pas perdre de vue qu'une bougie allumée peut s'avérer dangereuse si l'on a prévu aucun réceptacle où la déposer. Une maladresse pourrait occasionner des dommages involontaires, tant du point de vue de l'environnement que de la personne "cirée" ; ce genre d'approximations dans l'organisation, qui ne serait pas du meilleur effet, tendrait à décrédibiliser le dominant et par voie de conséquence, fragiliserait le rapport de confiance établi entre dominant et soumis. Lorsque l'on a veillé à sécuriser l'environnement et anticipé le déroulement de la séance, il convient de tester chaque bougie sur sur soi avant de l'appliquer sur le terrain de prédilection de la cire, le corps de la personne soumise à proprement parler. Le dos de la main donne une indication généralement fiable du degré de chaleur de la cire. 

Les bougies

Pour débuter dans les jeux de cire, les bougies de massage sont vraisemblablement les plus appropriées car plus douces, leur chaleur étant à peine perceptible. À un stade plus avancé, il sera préférable de choisir des bougies de paraffine, qui fondent à une température plus haute (54° à 57°).  Attention, les bougies "domestiques" colorées et/ou parfumées, sont susceptibles d'occasionner irritations et allergies, et les bougies noires, qui contiennent des particules de métal, les bougies en cire d'abeille ou composées de stéarine, qui se liquéfient à haute température, peuvent provoquer de graves lésions de la peau ou des muqueuses. Idéalement, il est recommandé de choisir ses bougies dans un magasin ou un site de e-commerce spécialisé en BDSM. Une fois que la cire qui convient est prête à couler, il faut prendre en considération, la quantité et la distance à laquelle elle est versée ; plus la coulée est courte, plus la chaleur ressentie par la peau sera élevée.

Les pratiques SM plus extrêmes qui consistent à faire couler de la cire à l'intérieur du vagin et de l'anus, sont réservées aux initiés qui maîtrisent parfaitement l'art de la bougie. Ces pratiques dangereuses sont susceptibles d'endommager gravement les muqueuses internes. En outre, un fragment de cire résiduel, même infime, peut être à l'origine d'une irritation des muqueuses et provoquer une infection. Les coulées de cire dans un orifice préalablement lubrifié, ressortiront en principe sans problème, à condition de les retirer avec délicatesse pour ne pas les fragmenter. Quelles que soient les bougies utilisées, la quantité de cire déversée, la question de la sécurité persiste et le facteur risque, en termes sanitaire et physiologique, doit toujours rester présent à l'esprit des utilisateurs.

Le "Branding" ou marquage au fer rouge

Cette pratique extrême revêt en BDSM une signification puissante d'appartenance pour les personnes amenées à recevoir un jour le "baiser de feu" de leur maître ou maîtresse. Autrement nommé "branding", cette technique n'est autre que le marquage au fer d'une partie de l'anatomie de la personne soumise. Au-delà de la dimension irrévocable traduite par le caractère indélébile du marquage au fer, existe un aspect sanitaire non négligeable. La peau une fois brûlée est remplacée par un tissu cicatriciel, les soins seront donc essentiels au processus de guérison de la plaie qui peut prendre plusieurs semaines (3, 4 ou plus). 

Il faut être conscient que la brûlure est occasionnée par un fer chauffé à près de 900° et que la douleur ne disparaît pas rapidement. Le temps de pose doit être parfaitement maîtrisé. Si quelques secondes de contact sont ressenties comme infiniment longues par le receveur, elles sont un battement de cil pour le donneur qui ne devra pas maintenir le fer plus de 3 secondes sur la peau, au risque d'atteindre le derme et d'occasionner de graves lésions des tissus musculaires, nerveux ainsi que des vaisseaux sanguins. Comme toutes les pratiques à risque, le branding nécessite de prendre connaissance des règles de base permettant de limiter les conséquences fâcheuses que peuvent occasionner des brûlures de ce type. En tout état de cause, nous ne saurions trop recommander aux amateurs de ne pas hésiter à demander l'avis d'un médecin, voire de solliciter des soins infirmiers dans le cas de marquages importants. Nous ne souhaitons pas, comme nous l'avons fait pour l'utilisation de la cire ou des différentes lanières, énumérer règles de sécurité et autres apprêts en matière de modus operandi, parce qu'il n'existe pas de demi-mesure ou de stade intermédiaire dans la pratique du branding. Comme nous ne souhaitons pas apporter de discours partisan, nous ne prendrons pas le risque de conseils approximatifs. En revanche, il nous a paru intéressant de pénétrer davantage ici l'aspect psychologique d'une pratique à la symbolique puissante. 

Beaucoup dans la sphère BDSM traduisent cet acte comme étant "l'ultime preuve d'amour" qu'une personne soumise puisse offrir à son maître ou sa maîtresse, amour manifesté par l'acceptation inconditionnelle, de la terrible douleur occasionnée et de la modification définitive d'une partie de son corps. Si un tatouage peut en couvrir un autre ou peut être effacé, il n'en va pas forcément de même d'une brûlure qui n'est autre qu'une cicatrice. Il s'agit en conséquence d'un acte devant interroger, avant tout, les véritables motivations des candidats au branding.

C'est très personnel et difficile d'en parler mais c'est un moment très émouvant et impressionnant pour les deux partenaires. On ne se lance pas dans ce genre de choses sans avoir bien réfléchi. C'est un aboutissement. J'ai porté plusieurs fois des anneaux aux seins (et plus intimes) sur la demande de ma Maîtresse. Je les ai enlevés quelques mois plus tard. Je déteste les tatouages et jamais je n'aurais accepté d'être tatouée. Certainement que la marque s'estompera au fil des ans mais visible ou invisible je l'aurai à vie.

La marque n'est donc pas que visible, physique. Elle s'imprime jusque dans les abysses de la mémoire et les zones les plus enfouies du psychisme. Quel instinct anime ces esprits en recherche d'une souffrance devenue expression d'amour de l'autre ? Quelles raisons ou déraisons suscitent de telles pulsions, aboutissant parfois à l'abandon de sa propre humanité ? Fascination, désir d'appartenance absolue, pulsion amoureuse, goût pour les situations de défi, passion de l'extrême ?

Je me souviens avoir été troublée par la scène de marquage au fer d'Histoire d'O, j'ai été horrifiée en imaginant la pression sur la tendre peau des fesses, du fer rougi (j'avais lu le livre, pas vu le film). Quand j'ai rencontré mon premier Maître, je me souviens avoir repensé à cette scène quand il avait abordé le sujet d'une "marque d'appartenance" (il pensait à un tatouage sur le pubis). C'était comme sauter dans le vide, l'idée m'effrayait et m'excitait à la fois mais je n'ai pas osé lui parler du marquage. Même si je n'en ai pas eu l'occasion (je n'étais pas assez impliquée avec lui), je suis sûre que j'aurais sauté le pas si j'en avais été amoureuse. 

Sauter le pas, faire le grand saut, est à l'évidence souvent au centre de la démarche sadomasochiste. Endurer le pire, dans un ultime dépassement de soi, parfois sous les applaudissements d'un public d'initiés, faire ainsi "honneur" à son maître et en éprouver une enivrante fierté. L'humain est ainsi fait qu'il assimile l'inéluctable fin à la finalité et en vient à aimer ce qui le fait se sentir en vie, la douleur et l'omniprésence de la mort.

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