Sphère émotionnelle

Digisexualité, l'orientation sexuelle connectée

Digisexualité, l'orientation sexuelle connectée

Digisexualité, l'orientation sexuelle connectée

La digisexualité, pensée et concepts cybersexuels.

Certains théoriciens de la cybersexualité conjecturent que l’opportunité de s’investir émotionnellement et cognitivement dans un avatar d’un genre opposé à celui qui nous définit naturellement, permet de stimuler ou plus précisément de réveiller des groupes neuronaux susceptibles de produire chez l’homme des orgasmes de types féminins et inversement. Bien que le cerveau soit un système cybernétique particulièrement plastique et flexible, cela est-il vraiment entendable ? Si l’indifférenciation sexuelle des huit premières semaines de l'embryon est l’argument justifiant d’une base orgasmique commune aux femmes et aux hommes, nous remarquerons que pilotés par des paires de chromosomes différentes le développement sexuel des embryons puis fœtus féminin et masculin divergent pendant les trente autres semaines. En outre si nul ne sait exactement ce qu’est l’orgasme personne n’est en mesure de déterminer la part que jouent l’éducation, l’histoire, la construction sociale du genre, le psychisme de chaque individu dans le ressenti orgasmique. Yann Minh admet que l’extase féminine ou masculine, différenciation biologique oblige, resteront à jamais inaccessibles, mais suggère que l’expérience cybersexuelle est de nature à générer une troisième voie, l’orgasme androgynique, une complétude quasi métaphysique. 

Kinesthésie et empathie référent à notre capacité à nous projeter dans notre partenaire, réel ou avatar, mais aussi à notre aptitude à investir nos corps et esprit dans un artefact ou un dispositif technologique. Cela semble obscur, mais c’est ce que nous réalisons lorsque nous sommes en voiture. La sensation d’encombrement qui, par exemple, nous étreint lors d’un embouteillage, tient au fait que nous investissons mentalement et corporellement le « dispositif véhicule » dans son ensemble. Si tel n’était pas le cas nous ne ressentirions pas cette oppression, car objectivement, embouteillage ou pas, l’espace dont nous disposons dans l’habitacle demeure inchangé. Parce qu’investir émotionnellement un avatar est plus complexe, l’expérience érotique virtuelle, pour être vécue intensément, impose d’avoir ou d’acquérir des talents kinesthésiques et empathiques au-dessus de la moyenne. Pour les cybersexuel, cet impératif porte les ferments d’une évolution positive de l’espèce humaine.

Au-delà des indéniables compétences informatico-technologiques que requiert la cybersexualité, elle nécessiterait aussi de la part de ses utilisateurs une véritable expertise cognitive en termes de communication, de culture, de sens artistique, de verbalisation, de rédaction et de sensualité. Le désir des aficionados de trouver à leurs pratiques toutes les qualités possibles est compréhensible, cependant nous aimerions pointer que toute aventure érotique qui veut créer « autre chose » implique la présence de partenaires ayant les qualités évoquées ci-dessus. Il suffit pour s’en convaincre de se référer à l’érotisme tantrique, au kinbaku ou encore aux univers scénarisés du BDSM. 

La cybersexualité connectée vise un érotisme magnifié par l’intervention de la machine. Yann Minh argumente que la cybersexualité est à la sexualité ce que la voiture est à la marche, laquelle en amplifiant la fonction de courir a généré un plaisir spécifique et modifier notre rapport au monde en termes de déplacement. Il en serait de même avec les outils informatiques et les réseaux qui auraient la capacité d’accroître notre sensualité, de transformer notre relation au corps et aux autres et par conséquent de générer de nouvelles formes de volupté et de jouissance. Le cybersexe s’ajouterait à notre sexualité « traditionnelle », pour l’augmenter, sans pour autant la remplacer. Cependant nous remarquerons que la facette « aseptisé » de l’érotisme technologique, qui se prive du contact des peaux, des odeurs, des fluides et des phéromones, appauvrit le champ des informations érogènes que le cerveau est amené à traiter et logiquement prive l’expérience d’une part importante de ses stimuli. Par ailleurs, la distance entre les êtres que ce type de rapports sexuels peut impliquer, en tant qu’énième expression de la fragmentation du corps social en d’infimes parties déconnectées les unes des autres, induit un paradoxe pour une cybersexualité qui se veut sublimée par la connexion informatique.

À terme que sera-t-il de la digisexualité ? 

Compte tenu des différents progrès que nous avons évoqué au cours de cet article tout est réellement imaginable et les limites dans le domaine, sont plus sûrement liées à l’intelligence érotique des utilisateurs qu’aux performances des machines. D’ores et déjà des chercheurs travaillent à la conception de robots sexuels non humanoïdes en forme de fauteuil à jouissance, reproduisant par la technologie ce qu’en 1814, l’artiste japonais Hokusai avait imaginé pour le shunga  « L’ama et le Poulpe ». Deux siècles séparent Hokusai des cybersexuels, pourtant une même obsession les rassemble : le désir de jouir plus et plus fort. 


L'ama et le Poulpe. Hokusai. 1814.


Nooscaphe-X1 Cybersex Stimulation Engine. Yann Minh.

La puissance des émotions que nous éprouverons lors d’une expérience érotique réellement communicante avec une machine empathique est pour les plus convaincus des cybersexuels le facteur qui poussera à l’abandon les rapports sexuels humains, tout à la fois compliqués et peu gratifiants. Doit-on s’en attrister ? Certainement, la perte de l’humain est toujours regrettable. Enfin, si comme Yann Minh nous sommes persuadés que toute aventure érotique enthousiasmante, cybersexuelle ou non, se nourrit d’amour, d’intelligence relationnelle, d’empathie, de raffinement et de sensualité, nous ressentons un certain malaise à l’idée que ces qualités puissent se traduire en algorithmes. Car de facto cela reviendrait à comprendre l’humain comme une entité mathématique, une équation émotionnelle solvable par la force de l’intelligence artificielle et c’est un peu déstabilisant.

Le monde transhumaniste que certains appelle de leurs vœux est encore loin d’être une réalité et ne le sera sans doute jamais. La cybersexualité qui nécessite la production de produits de haute technologie gourmande en énergie, matières premières et terres rares, ne peut faire l’économie d’une réflexion approfondie sur nos modes de vie consuméristes et leurs conséquences. Aujourd’hui se dessine deux options, faire comme si de rien n’était et continuer à détruire nos environnements ou prendre le parti d’inventer un nouveau monde. Le progrès technologique, sauf dans les secteurs de la santé et de l’agriculture, n’est clairement plus synonyme de progrès au sens holistique du terme. Il faut s’en convaincre, la satisfaction de nos désirs superflus est incompatible avec une vision optimiste de l’avenir. Renoncer à la 5G, à la dernière machine à café, à la télé grand écran plasma ou à la télédildonique, ne demande pas d’efforts particulièrement couteux dès lors que l’on accepte l’idée qu’un changement de paradigme économique est la seule solution pour éviter la paupérisation généralisée des populations et la déliquescence de nos écosystèmes. La mutation de l’humanité ne saurait advenir dans une vision transhumaniste, tout simplement parce que les ressources indispensables pour ce faire se trouvent déjà en voie d’extinction. Le monde bercé par les illusions de l’éternel progrès technologique s’oppose maintenant à un autre conscient des enjeux et défis écologiques qu’il faut relever pour assurer au plus grand nombre des conditions de vie « augmentées ».


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