Sphère émotionnelle

Javier Marin, un nouveau souffle

Javier Marin, un nouveau souffle

Pour une expérience émotionnelle pure et limpide. 

L’intellectualisation de la création artistique, qui a formaté plusieurs générations de plasticiens occidentaux et accouché au milieu du 20ème siècle de l’art contemporain, a plongé dans l’ennui la grande majorité des publics, décontenancés, non par la qualité des productions, mais par le vide émotionnel qui les habite. Par bonheur quelques artistes insoumis ont, à contre-courant de la bien-pensance critique, produit ce que leur intuition leur commandait de faire. Il en est ainsi du sculpteur et peintre Mexicain Javier Marin dont l’œuvre, qualifiée de néo-expressionniste, palpite d’humanité et d’intensité émotionnelle. 


Pour aborder l'univers de Javier Marin, nul besoin d'être un érudit de l'art ou d'ingurgiter de longs et fastidieux discours sur le pourquoi et le comment de sa démarche, il suffit de regarder et de se laisser porter. Pour ceux qui voient dans l'art savant et l'hermétisme le gage des formes culturelles supérieures, le travail de Javier Marin évoluerait dans le champ péjoratif de l'art populaire, un art de masse, facile d'accès. Mais pour ceux qui conçoivent l'art comme une expérience émotionnelle transformatrice, il représente la quintessence des processus culturels. 


Artiste à la production pléthorique, Javier Marin a consacré une grande partie de son travail à revisiter le nu aussi bien dans sa version féminine que masculine. Si le premier accapare l'attention des plasticiens depuis le début du 20ème siècle, le second est par la plupart d'entre eux considéré comme un genre annexe. Ce ne semble pas être le cas de l'artiste qui lui alloue un espace d'expression privilégié. 

 

Bien que l’on puisse retrouver dans le traitement du corps les influences des grands maîtres de l’antiquité et de la renaissance, le message qu’il porte est en tous points différent. Alors que ses aînés cherchaient à magnifier les valeurs morales et viriles devant diriger la conduite des hommes dans la société, Javier Marin semble les exhorter à se redéfinir pour le meilleur de l’humanité. L’ensemble des qualités de fermeté, courage, force, vigueur et contention des émotions, culturellement attribuées à l’homme adulte et qui rendait aux yeux de tous un homme accompli, ne sont plus en phase avec l’avènement d’une société révolutionnée.



La crise de la masculinité qui définit l’immense désarroi d’une grande partie de la gent masculine face au changement de paradigme sociétal ne saurait se résoudre sans une prise de conscience que tout modèle comportemental se construit au regard d’un contexte. Or, celui d’aujourd’hui n’est plus celui des siècles précédents. Si les femmes se sont réinventées en quelques décennies, les hommes n’ont pas su le faire. Bien au contraire, en refusant de comprendre que l’érosion de leurs privilèges était inéluctable, en se cabrant à l’idée d’intégrer un nouveau logiciel de pensée ils se sont condamnés, une fois les dernières bases de leur suprématie dissoutes, à une chute vertigineuse. 

 


Au premier regard, difficile de ne pas percevoir dans le travail de Javier Marin une référence appuyée à la statuaire des anciens. Cependant par la déstructuration, le délabrement et le démembrement des corps, l’artiste met en évidence la désuétude des concepts masculinistes qui ont guidé sa réalisation.


Sur les ruines de l’homme archétypal imperturbable, infaillible et glorieux, que l’on juge à l’aulne de ses exploits et de son intégrité morale, Marin propose de construire l’homme nouveau qui débarrassé de ses oripeaux peut exprimer sa sensualité, ses émotions profondes et sa part de féminité. L’homme de Javier Marin tout à la fois massif, musculeux, à l’instar de l’Hercule Farnèse, et libre d’être sensible, parvient à la complétude. 

  

En trente ans d’existence Javier Marin s’est construit une renommée internationale. Né en 1962 au Mexique et fils de famille nombreuse, il rapporte avoir bénéficié d’un environnement particulièrement stimulant grâce à son père, artiste plasticien, qui lui a transmis le goût de la création, l’amour du travail bien fait et l’ambition de se construire une personnalité artistique autonome, entendez libérée des carcans de la mode. Son œuvre, que les critiques ont souvent jugé esthétiquement anachronique, s’inscrit pourtant de plain-pied dans l’air du temps. Parce que l’époque nécessite que s’opèrent des changements fondamentaux, l’œuvre de Javier Marin s’impose comme une réflexion sur la perte de sens qui compromet l’avenir de l’humanité et la nécessité de refonder les modèles qui gouvernent nos modes de pensée. Sa vision de l’homme est à cet égard porteuse d’un message clair, le futur s’écrira métaphoriquement au féminin. Pour autant, il n’est pas question de féminiser les hommes, mais de les inviter à repenser leur statut et de prendre une nouvelle place au sein de sociétés plus harmonieuses. 


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