Sphère émotionnelle

Le slow sex, éloge de la lenteur et du temps présent

Le slow sex, éloge de la lenteur et du temps présent

Le slow sex est l’antinomie d’une sexualité consumériste où la recherche effrénée de performance et d’orgasmes tient lieu de Saint Graal. L’objectif de cette pratique est de savourer l’instant, de focaliser sur les sensations voluptueuses pour une profonde et intense connexion érotique.

Le slow sex, éloge de la lenteur et du temps présent

L'art du désir les yeux dans les yeux.

Vite toujours plus vite, ainsi pourrait-on résumer ce que les sociétés contemporaines nomment progrès. Nos vies se taylorisent, elles se rationalisent et se broient dans un espace-temps qui se comprime sans cesse. Perdre son temps est devenu la pire des calamités, nous ne supportons plus de gaspiller la moindre seconde, tout devient trop long et ennuyeux. Depuis août 2020 la plateforme de streaming Netflix propose de regarder films et séries en accéléré. Dans les musées la plupart des spectateurs défilent devant les tableaux comme des fusées, ils ne les contemplent pas, ils les ingurgitent dans une frénésie boulimique. Le monde s’enivre de vitesse et d’expérimentations à la chaîne, il en est ainsi de l’air du tempo : vivacissimo ! 

La modernité nous engage à nous projeter perpétuellement dans le temps d’après. Nous n’existons plus que dans l’« à venir ». Le bonheur est devenu un horizon après lequel nous courons éperdument jusqu’à l’épuisement psychique. Globalement, nous ne sommes pas heureux, mais nous nous rassurons en faisant comme ci à grand renfort de produits masquants. Dans ce qui apparait comme une conduite d’échec manifeste, quelques voix s’élèvent pour faire l’éloge de la lenteur et porter l’ambition d’exister au présent. Ce sont celles du mouvement slow, une philosophie de vie à la recherche d’authenticité, de développement personnel et d’équilibre intérieur. En un sens le slow invite à la décroissance, à vivre avec plus de simplicité, dans l’économie de moyens. Née à la fin des années 70, la révolution slow a peu à peu inspiré, l’urbanisme, le tourisme, la restauration, l’enseignement, le management et bien sûr la sexualité. 

Une autre façon de penser l'érotisme.

Le slow sex est l’antinomie d’une sexualité consumériste où la recherche effrénée de performance et d’orgasmes tient lieu de Saint Graal. L’objectif de cette pratique est de savourer l’instant, de focaliser sur les sensations voluptueuses pour une profonde et intense connexion érotique. La démarche slow sex est méditative, elle vise à conscientiser la moindre caresse pour sublimer son potentiel émotionnel. L’orgasme n’est plus un but en soi, mais une éventualité, un possible qui ne détermine ni la réussite ni l’échec de l’expérience. 

Si le désir est un prérequis à l’exercice de la sexualité, il est, dans la pratique du slow sex, appréhendé comme une énergie qui se révèle par l’érotisation consciente du corps et de l’esprit. En d’autres termes, il n’a pas besoin d’être spontané, mais harmonisé, chaque partenaire stimulant son propre désir en se nourrissant de celui de l’autre, amorçant ainsi un cercle vertueux d’excitation sexo-psychique. Pragmatiquement, une séance typique de slow sex débute par la communion de l’intime désir via le regard qui acquiert l’intensité érogène des fantasmes et ouvre sur la transcendance des perceptions sensuelles. Le slow sex est l’art de faire l’amour par l’esprit, les yeux dans les yeux, sans pour autant négliger la relation physique. Toutefois cette dernière ne s’amorce que lorsque le désir partagé de s’y adonner le suggère pleinement. Les partenaires se livrent alors à l’érotisation de toutes parties du corps en privilégiant dans un premier temps, comme dans le massage érotique, les zones érogènes secondaires. L’étreinte corporelle couronne la séance du slow sex. Elle s’inscrit dans une perspective de fusion des corps qui n’est pas sans rappeler l’union des principes sacrés des deux sexes qui préside à l’érotisme tantrique.


L’initiation au slow sex va de pair avec l’acquisition d’une gestuelle délicate et raffinée. Pour faire image, on pourrait dire, qu’au mieux de leur maîtrise, les mains caressent moins qu’elles ne dansent sur les corps avec élégance et fluidité. La notion de lenteur qui infuse le slow sex n’est pas incompatible celle de variation rythmique. Bien au contraire. Néanmoins, une bonne gestion des tempos implique d’être entièrement à l’écoute du ou de la partenaire et de contrôler sa propre excitation pour ne pas céder à l’emballement et la précipitation. 

Dans sa version ultime, le slow-sex aspire à l’immobilisme et devient en conséquence la forme la plus déconstruire de la gestuelle coïtale reproductive. Ce nec plus ultra de l’érotisme de la lenteur n’est toutefois envisageable qu’après de longues années d’expérience, car il s’appuie sur la synchronisation symbiotique de la respiration des amants.es.

Atteindre l'orgasme sans y penser.

Les statistiques le montrent : une majorité de femmes éprouvent des difficultés pour atteindre l’orgasme via le coït. Paradoxalement si le climax n’est pas l’objectif premier du slow sex, il est indéniablement plus propice à sa réalisation. C’est l’un des enseignements majeurs de la pratique. En focalisant l’attention sur le moment présent et non sur « l’à-venir », en s’autorisant à simplement jouir de l’immédiateté, l’esprit se libère de l’anxiété « de ne pas y arriver » ou de la volonté d’y parvenir à tout prix. Par ce lâcher prise sur l’anticipation, les sensations voluptueuses envahissent le corps avec une évidence inédite et tracent une voie royale vers l’orgasme. 

La pratique du slow sex demande que les partenaires y consacre un temps d’initiation, sans en attendre monts et merveilles dès la première séance. Car si les principes qui la guident sont simples à comprendre leur mise en application ne pas de soi. Parvenir à maintenir son attention sur le seul temps présent sans se projeter, contrôler sa gestuelle sans céder à l’excitation et l’emballement, synchroniser les respirations ou encore maîtriser l’art de faire l’amour les yeux dans les yeux, requièrent, a minima, quelques mois d’entrainement. Mais tous les pratiquants.es le confirmeront, le jeu en vaut la chandelle. 

Le slow sex est un érotisme qui ne peut convenir à tous les couples. Mais comme nous aimons le souligner, c’est à chacun de déterminer les territoires qu’il souhaite explorer. Il n’est pas question d’établir une échelle de valeur entre les différentes pratiques, le principal étant que les amants.es s’y engagent avec désir, en conscience et qu’ils s’y épanouissent. 


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