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Polyamour, définition et historiographie

Polyamour, définition et historiographie

Polyamour, définition et historiographie

Quelle est la définition du polyamour, de quel historique disposons-nous ?

S'il est vrai que les relations ouvertement polyamoureuses, c'est-à-dire assumées, sont assez rares (Rubin, 1982), leurs nombreuses déclinaisons en font un mouvement d'une grande complexité qui ne saurait être entièrement circonscrit par une simple définition du dictionnaire. D'autre part, nous devons prendre en compte le fait que les arrangements polyamoureux au sein de certains couples monogames sont quant à eux relativement communs. Les études sur la question, qui ne sont toutefois pas récentes, dont celle menée par Blumstein et Schwartz (1983, cité dans Rubin et Adams, 1986) ont révélé que sur les 3 574 couples mariés de leur échantillon, 15 à 28% avaient "une compréhension qui permet la non-monogamie dans certaines circonstances". Ces pourcentages sont plus élevés s'agissant des couples non mariés (28%), des couples lesbiens (29%) et des couples homosexuels (65%). 

Dans un premier temps et après avoir rappelé l'une de ses définitions, une chronologie du mouvement polyamoureux nous parlera de son origine et de ses principaux courants. Ensuite, nous présenterons une description de quelques-uns des nombreux cas de figure du polyamour, de leurs implications sociales et familiales mais sans toutefois prétendre à une étude exhaustive. Il semble en effet raisonnable de penser qu'il existe autant de polyamours que de polyamoureux. Enfin, nous proposerons quelques points de vue contradictoires sur la question des principes philosophiques du polyamour et de leur impact sur le bonheur et l'épanouissement des polyamoureux.

Polyamour : définition

Étymologiquement, le mot "polyamour" (de l'anglais polyamory) provient à la fois du grec et du latin et signifie "amours multiples". Également nommé "pluri-amour", le polyamour se définit comme "l'orientation relationnelle présumant qu'il est possible [et acceptable] d'aimer plusieurs personnes et de maintenir plusieurs relations amoureuses et sexuelles à la fois, avec le consentement des partenaires impliqués, […] et qu'il est souhaitable d'être ouvert et honnête à leur propos." 

Contrairement à certaines idées reçues, une relation polyamoureuse n'inclut pas nécessairement la présence de relations sexuelles ; le polyamour peut revêtir plusieurs formes, il peut être chaste, spirituel, intellectuel, sexuel ou le fruit de n'importe quelle combinaison de particularités et ce, en fonction des individus, de leurs envies respectives et des accords qu'ils auront fixés. Partant de là, nous pouvons sans mal imaginer quel peut être le nombre de déclinaisons possibles d'un mode de vie qui se veut avant tout respectueux des libertés et du bien-être de chaque membre impliqué dans la relation polyamoureuse, une relation à géométrie variable suivant le nombre de personnes qui la composent et de la diversité des arrangements convenus. Relations épisodiques ou régulières, vie commune ou mariage (voire mariage en série), relations primaires, secondaires, tertiaires, triangulation, polyfidélité, quads, pentacles, sextets et plus, les configurations et combinaisons envisageables semblent ne connaître aucune limite, sinon celles garantissant le bien-être de chacun des membres y-compris, le cas échéant, de celui des enfants du polyamour.

Historique et terminologie du polyamour

C'est au début des années 1920 qu'émerge la première conceptualisation du polyamour alors appelé "amour-camaraderie". Le polyamour prend sa source au sein des mouvements politiques marxistes et libertaires et regroupe trois principes définis par Alexandra Kollontai, femme politique et militante féministe russe, comme étant :

  • l'égalité des rapports mutuels ;
  • l'absence de possessivité et la reconnaissance des droits individuels de chacun des membres du couple ;
  • l'empathie et le souci réciproques du bien-être de l'autre.

En France, c'est en 1929 que le mouvement polyamoureux, qui ne dit pas encore son nom, prendra corps à travers la relation sulfureuse de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. C'est sur la proposition de Monsieur que le couple s'engagera finalement dans une sorte de "pacte de polyfidélité", privilégiant la primauté de leur couple tout en s'accordant la liberté de vivre des amours multiples. Ainsi publiquement assumé, l'exemple de leur relation polyamoureuse marquera et influencera fortement les milieux intellectuels parisiens. Pourtant, le terme "polyamory" n'apparaîtra aux États-Unis pour la première fois que bien plus tard, au cours des années 1960, lors de la parution d'un roman de l'écrivain de science-fiction Robert A. Heinlein, En terre étrangère. Jugée trop sulfureuse pour les mœurs de l'époque, sa première version, commercialisée en 1961 aux États-Unis, sera expurgée d'une scène trop explicitement sexuelle. Il sera publié en France en 1970 et son influence marquera considérablement la contre-culture des seventies. 

Si le terme polyamour devient d'usage courant aux États-Unis à la fin des années 1990, ce n'est qu'à partir de la fin des années 2000 que sa visibilité médiatique prendra de plus en plus d'importance, à la faveur de romans tels que The Ethical Slut (La Salope Éthique), de Janet Hardy, alias Dossie Easton ou encore certains ouvrages de Françoise Simpère, journaliste française polyamoureuse, parmi lesquels Aimer plusieurs hommes et Guide des amours plurielles. Dans ces livres, l'auteure expose les principes du mouvement polyamoureux et dispense des conseils relationnels. Internet permettra également une plus grande exposition du polyamour et le développement de nombreuses communautés fédérées autour de sites dédiés où l'on échange sur ses expériences, y partage points de vue et témoignages, notamment lors de "cafés poly". Et comme nous allons le voir, les sujets de discussion ne manquent pas, attendu qu'il n'existe pas un seul modèle, mais une multitude d'arrangements possibles.

Polyamour et individualisme relationnel.

Nos recherches sur le polyamour nous ont conduits jusqu'au site polyamour.info, faisant référence en la matière. Nous y avons découvert que la kyrielle des expressions du polyamour s'organiserait principalement autour de deux courants aussi distincts qu'opposés : un courant libertaire-altruiste relationnel et un courant libertarien-individualiste relationnel. En des termes plus simples, l'individualisme relationnel considère que les personnes doivent être libres et indépendantes les unes des autres, quand l'altruisme relationnel favorise l'interdépendance et la solidarité entre les personnes. Ces deux approches antagonistes pouvant faire l'objet de malentendus au sein des formations polyamoureuses, il semble important que chacun soit à même de définir ses attentes relationnelles, parce que les expectations seront différentes selon que la relation sera de type individualiste ou altruiste relationnel. Par exemple, au sein d'une relation s'inscrivant dans un courant individualiste, les actions de l'un ne sauraient influencer le bonheur de l'autre, chacun étant présumé responsable de son propre bonheur. Dans telles conditions, la jalousie n'a aucun droit de cité car nul n'est supposé porter la responsabilité émotionnelle d'autrui. Parce que dans l'individualisme relationnel, les personnes se veulent insensibles aux influences extérieures, elles considèrent chaque individu comme seul responsable de ses émotions. Une vue relativement confortable lorsque l'ego gouverne la personnalité au point de prioriser systématiquement son bien-être personnel. Il sera donc perçu comme abusif de demander à quelqu'un de ne pas coucher avec une autre personne sous prétexte de la douleur affective que cela causerait. Sauf à ce que chaque personne composant la polyrelation soit dans les mêmes dispositions, ce mode relationnel, alors dépouillé de sa dimension humaniste, principe fondateur du mouvement polyamoureux, est susceptible de causer malentendus et souffrances. 

N'est-il pas plus humain de considérer que, dans un contexte amoureux quel qu'il soit, l'on soit non seulement responsable de son propre bonheur, mais également co-responsable du bonheur d'autrui ? En tant qu'êtres humains, nous sommes des êtres de relation. Chaque personne est le fruit des influences qu'elle a reçues d'autres personnes. Depuis son premier souffle jusqu'à son dernier, la personnalité de l'être humain se construit, se déconstruit, se fragilise ou se renforce, se renouvèle en permanence au contact de son entourage. 

Comment donc imaginer qu'au sein d'un couple (qu'il soit ou non polyamoureux), donc entre deux ou plusieurs personnes partageant une si grande intimité, puisse s'exprimer un véritable amour de l'autre sur la base d'un individualisme forcené rejetant de fait toute responsabilité ou même co-responsabilité dans la douleur affective que certains actes pourraient lui causer ? Si cette tendance polyamoureuse nous semble davantage relever du narcissisme que d'un amour authentique, il s'agit avant tout et encore une fois, d'une philosophie amoureuse parmi beaucoup d'autres et chacun est en droit de choisir librement, sans craindre aucun jugement, la façon dont il s'épanouira le mieux dans une relation amoureuse, qu'elle soit multiple ou plus classique. Car si nous pouvons éventuellement formuler une critique argumentée sur une tendance, un courant de pensée ou même une religion, nous devons nous souvenir qu'elle émane d'une conception subjective du monde qui nous entoure, en conséquence de quoi nous ne saurions émettre de jugements ad personam


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