Sphère émotionnelle

Qui sont les asexuels ?

Qui sont les asexuels ?

Dans nos sociétés hyper-sexualisées, les asexuels revendiquent leur différence.

Les asexuels sont des individus ayant peu ou n’ayant pas d’intérêt pour la bagatelle. Pour la plupart d’entre eux, l’idée même du désir est difficilement compréhensible puisqu’ils ne l’ont jamais éprouvé. Ils ne ressentent donc aucun manque, aucune frustration, ils n’ont pas faim de sexe et vivent ou pourraient vivre heureux sans. L’asexualité n’a rien à voir avec l’abstinence, souvent motivée par des croyances religieuses ou philosophiques. Paradoxalement, elle est une orientation sexuelle à part entière. Bien que peu de recherches aient été entreprises sur le sujet, on estime que 1% de la population mondiale est asexuelle. 

Dans des sociétés marquées par deux mille ans de morale chrétienne, l’asexualité devrait bénéficier d’un regard au minimum bienveillant, mais il n’en est rien. Au contraire, le regard sur l’asexualité est empreint d’incompréhension. De nos jours, la réussite sociale ne se mesure plus seulement à l’aulne de la prospérité mais aussi à celle de l’épanouissement sexuel. En cela, les asexuels forment un groupe qui bouscule nos idées reçues. Au même titre que les homosexuels, les transgenres et finalement tous ceux qui ne s’accordent pas avec les standards romantico-érotiques, les asexuels ont du mal à faire accepter leur différence, que ce soit dans le cadre familial ou social. L’a-normalité dérange, sans doute parce elle a le pouvoir de remettre en question l’étayage de nos convictions, d’ébranler nos certitudes et d’ouvrir une porte sur un inconnu anxiogène. 


Drapeau du mouvement asexuel

Le mouvement s’est formé au début des années 2000, grâce à internet qui a permis aux asexuels de sortir de l’ombre et de se rassembler au sein d’une communauté.

L'asexualité est une particularité du comportement sexuel humain qui existe depuis toujours (au même titre que l'homosexualité) mais qui jusqu'à la fin du siècle dernier, n'avait fait l'objet d'aucune classification en matière d'orientation sexuelle. La structuration du mouvement asexuel a permis de poser une réflexion sur ce qu’était l’asexualité : l’absence de désir et non sa suppression ou le renoncement à celui-ci. L’asexualité intrigue et déconcerte. Est-il possible de passer toute son adolescence et au-delà sans éprouver le moindre désir sexuel ? L’asexualité ne prend-elle pas racine dans une sexualité refoulée, une difficulté à faire face au désir ? Pour les asexuels, ces questions sont sans objet car elles reposent sur une conception archaïque du désir sexuel.

Théoriquement, l’absence de désir ne devrait pas être problématique. Mais comme le souligne le Docteur Tony Bogaert, spécialiste de la question, l’hypersexualité est devenue la norme et là est le problème. Nombre d’asexuels confessent avoir rencontré des spécialistes qui voulaient les "guérir" et leur redonner le goût de la sexualité. Le manque de compréhension de cette orientation sexuelle ne permet pas de développer une approche satisfaisante des difficultés psychologiques et émotionnelles rencontrées par les asexuels. Quand la sexualité est considérée comme élément indispensable du projet de couple, ceux qui n’y portent aucun intérêt peuvent croire qu’ils ne sont pas faits pour cela. La question de la solitude et de son cortège de souffrances est donc récurrente chez les asexuels. Toutefois, l’absence de désir sexuel n’exclut pas l’envie de partager sa vie, de fonder une famille et d’aimer tout simplement. Aujourd’hui grâce à internet la situation s’est améliorée. Via les forums, les gens découvrent que leur singularité est partagée par d’autres et comprennent qu’ils peuvent nouer des relations amoureuses sur le mode asexuel. 

Pour une poignée de chercheurs, l'asexualité est une énigme qu'il leur faut résoudre !

En cela rien de blâmable si ce n'est l'exploration de pistes pour le moins ubuesques. Les gauchers seraient plus asexuels que les droitiers, les ainés moins que les puînés, les enfants éduqués dans des familles croyantes pratiquantes plus que les autres, etc. Une psychologue américaine a même entrepris de mesurer la réponse vaginale des femmes asexuelles soumises à des images érotiques. Dès lors qu'en matière de sexualité nous sortons un tant soit peu des cadres et standards, ne serions-nous pas considérés comme des bêtes de foire ? Ces tentatives de compréhension pour le moins loufoques masquent un véritable défaut de considération de l’asexualité. Est-il pertinent d’essayer de trouver une cause à l’asexualité ? Certainement pas plus que ça ne l'est pour l’homosexualité ou toutes autres orientations sexuelles. Manifestement, la recherche d’un déterminisme sexuel est une voie sans issue parce que sans objet.

En matière d'orientations et de comportements sexuels, le véritable problème est la normativité. En se révélant dans la sphère publique, l’asexualité menace la pérennité de son antonyme : l'hypersexualité, générée et alimentée par l'industrie pornographique. Même lorsque notre sexualité s'exprime dans un cadre plus mesuré, nous suivons une tendance, un mouvement contraire à celui de l'asexualité. En ce sens, nous la percevons comme anormale, ridicule et spontanément nous la rejetons en tant que telle. Et les réactions auxquelles sont confrontés les asexuels montrent combien nous sommes incultes, étroits d’esprit et peu respectueux de la diversité d’expressions de la sexualité. 

Pour Anne qui a découvert son asexualité à l’adolescence, les discussions centrées sur la sexualité n'ont pas le moindre intérêt, pas plus qu'elles n'en avaient lorsqu'elle avait 13 ans et que ses copines commençaient à draguer les garçons. Aujourd’hui, elle travaille dans un bar et elle est souvent sollicitée par des clients qui lui font des avances. "J’ai beau leur expliquer que je suis asexuelle, rien n’y fait, ils ne comprennent pas. Au bout du compte, lassée, je parle sexe avec eux." Tout est dit.

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