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Hypersensibilité, amour et sexualité - Introduction

Hypersensibilité, amour et sexualité - Introduction

Le rapport à l’amour et à la sexualité d’une personne hypersensible diffère grandement d’un individu à l’autre. Il existe par ailleurs différentes formes d’hypersensibilité, sensorielle, émotionnelle, parfois combinées. Mais il semble acquis que les personnes identifiées comme hypersensibles, plus que la moyenne, vivent un rapport au couple, à l’amour, la séduction et la sexualité, plus intense et corolairement plus problématique.

Hypersensibilité, amour et sexualité - Introduction

Hypersensibilité : de quoi s’agit-il ?

Avant d’aborder la question de l’amour et la sexualité des personnes hypersensibles, il est nécessaire d’expliquer en quoi consiste cette particularité. C’est pourquoi cette première partie sera exclusivement consacrée à sa définition du point de vue psychopathologique et ses différentes descriptions.

L’hypersensibilité, ou « haute sensibilité » (high sensitivity), n’est généralement pas considérée comme une pathologie, mais plutôt comme une particularité du système limbique(1) , aussi appelé « cerveau émotionnel ». Il s’agit d’un trait de caractère, un tempérament (2) , une forme de neuro-atypie spécifique chez des personnes capables de traiter de façon plus aiguisée, profonde et complexe les stimuli sensoriels et qui, selon Elaine N. Aron (3) , représenteraient 1/5ème de la population. Pour mener ses travaux, l’auteure se réfère au concept de « sensibilité innée », théorisé par Carl Gustav Jung en 1913. Cette sensibilité exacerbée, provisoire ou permanente, fréquemment source de souffrance importante chez la personne concernée, est souvent perçue comme extrême/exagérée par des personnes neuro-typiques, ce qui aura pour conséquence d’accentuer son mal-être. Elaine Aron a établi l’échelle d’évaluation à laquelle se réfèrent généralement les professionnels pour déterminer si une personne est hypersensible ou non : l’échelle DOES.

  • « D » : Depth of processing : profondeur de traitement.
  • « O » : Over aroused : sollicitation plus forte aux stimuli.
  • « E » : Emotional reactivity and high empathy : réactivité émotionnelle et empathie élevée.
  • « S » : Sensitivity to subtle stimuli : sensibilité aux stimuli subtils.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, une personne hypersensible n’est pas forcément introvertie ou timide, elle peut au contraire se montrer expansive, voire exubérante de façon ponctuelle ou régulière, ce qui lui permet notamment de se défaire de la charge émotionnelle ou d’anticiper une situation anxiogène. De même, être hypersensible ne signifie pas obligatoirement être à "Haut potentiel". Pour mémoire, les personnes identifiées à haut potentiel (HP), ne représentent que 1 à 3% de la population générale et toutes ne sont pas hypersensibles.

Chez une personne hypersensible, les expériences bénignes pour la plupart des gens, sont vécues de façon beaucoup plus intense. Les plus petits détails du comportement et des paroles d’autrui ainsi que de l'environnement sont soumis au microscope de leur système limbique, amplifiés, parfois mal interprétés. Souvent, les perceptions de l’hypersensible sont influencées par une mauvaise estime de soi conséquente aux nombreuses remarques et réactions de l’entourage à leur sensibilité extrême. Il est aussi souvent avancé que l’hypersensible ressent les émotions et intentions des autres. On parle alors d’empathie ou hyper-empathie émotionnelle. Si les avis sur la nature des filtres psychiques de ces perceptions divergent selon les écoles psys, l’empathie émotionnelle semble constituer l’un des principaux facteurs de stress des personnes hypersensibles lorsqu’elles ne sont pas en mesure de discerner ce qui leur appartient en propre de ce qui appartient à l’autre.

Empathie, empathiques et « empathes ».

Étymologiquement, « empathie » signifie « souffrance à l’intérieur ». Le terme « Einfühlung » (traduit par « empathie ») fut introduit par le philosophe Theodore Lipps au début du XXe siècle. À l’origine, il désigne la projection d’un observateur dans les objets qu’il perçoit, associée à une tendance immédiate à réagir en adéquation avec l’objet. En psychologie, Allport définit l’empathie comme « la transposition imaginaire de soi dans la pensée, les affects et les actions de l’autre ». (4)

L’empathie est donc définie comme la capacité à s'identifier à autrui, plus communément, à « se mettre à la place de » quelqu’un d’autre et percevoir ou éprouver ce qu’il ressent. Afin de comprendre ce phénomène particulièrement prégnant chez les hypersensibles, des études furent réalisées sur le fonctionnement neurologique des empathiques via l’imagerie à résonance magnétique (IRM), après qu’une équipe de chercheurs italiens ait découvert les « neurones miroirs ». L’animation ci-dessous, réalisée par l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), vulgarise le fonctionnement de ce type de neurones.


Lors des observations par IRM, des similitudes ont été révélées entre l’activité cérébrale des sujets soumis à un stimulus provoquant une réaction de tristesse ou de douleur et celle d’autres sujets assistant à la scène.

Pour l’essentiel, on distingue plusieurs formes d’empathie : cognitive, émotionnelle et comportementale.

Par empathie cognitive, on entend la faculté à se représenter les différents schémas mentaux d’une autre personne, à les « comprendre ». En psychanalyse, on parle de « mentalisation », en cognitivisme, de « théorie de l’esprit ».
L’empathie émotionnelle (ou contagion émotionnelle) consiste à « ressentir » les émotions d’autrui au point de se les approprier, il s’agit d’émotions dites « isomorphes » à celles ressenties par une autre personne. Un empathique émotionnel peut se trouver submergé par le chagrin en présence de la souffrance d’autrui ou inversement, l’être par son bonheur. Est également citée l'hyper-empathie kinésique qui consiste à ressentir les symptômes physiques d’autres personnes soit lorsqu’elles se blessent ou sont malades.
L’empathie comportementale ou « effet caméléon » est généralement nommée « mimétisme comportemental » par les professionnels qui ne reconnaissent pas ce concept. Cette forme d’empathie peut conduire la personne à adopter inconsciemment les mimiques, le langage ou les postures de son interlocuteur/trice. C’est une forme de communication verbale ou non-verbale entre deux personnes affectivement proches. C’est aussi un mécanisme de protection pour l’empathique mis en situation anxiogène, dans un environnement qui lui paraît hostile. Ainsi, il se fondra dans la masse, espérant passer inaperçu.

Hyper-empathique émotionnel ou « empathe » ?

On rencontre souvent sur les espaces dédiés à l’hypersensibilité, le terme « empathe ». Alors quelle est la différence entre empathique et empathe ? En langage courant, une personne empathique possède la capacité à voir les choses du point de vue d'une autre personne ou s'imaginer dans la même situation qu’elle. C’est cette faculté à « se mettre à la place de », énoncée précédemment. Chacun d’entre nous est doté d’un capital empathie plus ou moins élevé. Du point de vue anthropologique, l’empathie est essentielle à la construction des groupes et sociétés humaines.

En revanche, le mot empathe qui est censé définir une capacité d’empathie hors normes, fait référence à des particularités dont l’origine et la définition sont controversées. Le mot « empathe », emprunté à certaines pseudosciences et mouvances ésotériques new-age, n’est pas reconnu en médecine psychiatrique et en psychologie où l’on dispose déjà d’un terme pour décrire ce phénomène : la syntonie. La syntonie désigne un état d’harmonie entre l’environnement, les émotions et le comportement d’une personne. Pour autant, la syntonie peut être pathologique et s'exprimer dans le cadre de certaines maladies mentales comme la skizophrénie. Ces perceptions extra-sensorielles peuvent être corrélées à un système de croyances religieuses ou ésotériques (médiumnité, présence d’entités, énergies etc.)

L’hypersensibilité à des stimuli spécifiques.

À l’hypersensibilité émotionnelle s’ajoute parfois une hypersensibilité à des stimuli chimiques, sensoriels ou environnementaux.

  • L’hyperosmie : désigne une sensibilité extrême aux odeurs.
  • L’hyperacousie ou misophonie ou phonophobie : aux sons.
  • L’hypersensibilité cutanée.
  • La photophobie : à la lumière.
  • L'hypersensibilité médicamenteuse.
  • L’hypersensibilité aux ondes (non démontrée mais néanmoins souvent évoquée par les patients).

Ces hypersensibilités spécifiques doivent systématiquement faire suspecter une origine physique avant de s’orienter vers une cause psychique.

Hypersensibilité et relations amoureuses.

Pour Christophe André, médecin psychiatre et psychothérapeute, « l'hypersensibilité n'est ni une honte ni une gloire » mais représente « une dimension particulière dont il est nécessaire de tenir compte ». En réalité, il existe plusieurs dimensions à prendre en considération. Chaque couple est différent, chaque personne, hypersensible ou non, l’est également. Mais une constante persiste, la difficulté pour l’un et l’autre membre du couple à calibrer ses réactions et comportements lorsque survient un conflit lié à l’hypersensibilité, car son influence sur la relation amoureuse est importante. Elle rend la communication plus complexe, les échanges plus intenses, profonds et stimulants. Elle donne de la substance à la relation qui oblige à plus d’intimité. Toutefois, elle représente aussi un véritable challenge en matière de communication et de maintien de l’équilibre relationnel du couple. Les cas de figures sont multiples et diverses questions doivent être posées en termes de compatibilité des tempéraments.

Pour la personne neurotypique :

  • Connaît-elle le phénomène de haute sensibilité ? S’y intéresse-t-elle ? Le comprend-elle ?
  • Quel accueil fait-elle à cette particularité de son/sa partenaire ?
  • Est-elle dans l’empathie, l’acceptation, le déni ?
  • Quel est son degré de tolérance à ce qu’elle considère être des réactions excessives, leur intensité, leur fréquence ?
  • Quelles limites pose-t-elle aux conséquences de l’hypersensibilité de son/sa partenaire au-delà desquelles elle estimera devoir mettre un terme à la relation ?

Pour la personne hypersensible :

  • Comment vit-elle et gère-t-elle sa haute sensibilité ?
  • S’agit-il pour elle d’un handicap ou d’une richesse malgré les difficultés rencontrées ?
  • Si elle ressent un profond mal-être lié à son hypersensibilité, doit-elle envisager un suivi psy ?
  • Quels sont les points précis sur lesquels elle accepte de travailler pour évoluer elle-même et préserver l’équilibre et l’entente du couple ?
  • Quelles sont ses attentes vis-à-vis de son/sa partenaire qu’elle estime être non négociables ?

Bien sûr, si les deux partenaires sont hypersensibles, il semble logique que les questions relatives au second cas de figure s’appliquent aux deux. Répondre à des différentes questions peut aider le couple à donner une orientation constructive et enrichissante à ses échanges, ses comportements et peut certainement éviter nombre de déconvenues aboutissant à une rupture douloureuse. Notons également que tous les couples ne répondent pas au stéréotype hétérosexuel monogame et que chaque personne hypersensible ne vit pas maritalement sa relation. Hypersensibilité, amour et sexualité : du paradigme amoureux dépendent les différentes approches.

Partie II : Hypersensibilité, amour et sexualité - Principales problématiques.



1 - Le système limbique, appelé parfois cerveau limbique ou cerveau émotionnel, est le nom donné à un groupe de structures de l'encéphale jouant un rôle très important dans le comportement et en particulier, dans les émotions.

2 - En psychologie traditionnelle, le tempérament est une sorte de fondement de la personnalité, considéré souvent comme héréditaire.

3 - Elaine N. Aron est une psychologue et chercheuse en psychologie américaine, reconnue comme l'une des spécialistes de l'hypersensibilité.

4 - Vers une approche neuropsychologique de l'empathie Pauline Narme, Harold Mouras, Gwénolé Loas, Pierre Krystkowiak, Martine Roussel, Muriel Boucart, Olivier Godefroy. Dans Revue de neuropsychologie 2010/4 (Volume 2), pages 292 à 298

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