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Implants mammaires : un siècle d'expérimentations hasardeuses

Implants mammaires : un siècle d'expérimentations hasardeuses

Implants mammaires et plastie mammaire d'augmentation.

Selon une étude parue dans Le Parisien en 2019, les 18-34 seraient maintenant plus nombreux que les 35-60 à rechercher dans la chirurgie esthétique la solution à leur problème d’image corporelle. Parmi les différentes interventions possibles, la chirurgie plastique des seins avec objectif d’augmentation de volume ou plastie mammaire d’augmentation, est la plus fréquemment pratiquée. Elle représentait, pour la France, 47 000 opérations en 2017. L’évolution des attentes sociales en matière de perfection du corps, l’influence des icônes des réseaux sociaux et la banalisation de l’acte chirurgical à visée esthétique, ont participé de la progression croissante des demandes de modifications mammaires. En dépit du scandale sanitaire des prothèses PIP et des 400 000 victimes recensées au niveau mondial, des risques connus de rupture ou de fuite des implants mammaires même certifiés, la chirurgie des seins se porte à merveille.

Rappels historiques.

Il est communément admis que le chirurgien austro-allemand, Vincenz Czerny, a effectué en 1895 la première pose d’implants mammaires, constitués de tissus adipeux autologues, sur une patiente ayant subi une mastectomie partielle. La chirurgie esthétique jusque-là peu pratiquée va, dès le début du 20ème siècle, susciter un intérêt grandissant et l’augmentation mammaire une phase d’expérimentation plus ou moins hasardeuse. Injection d’un mélange de paraffine, vaseline et huile d’olive (1903), greffes graisseuses (1917), transplants épiploïques (1930), injections d’huile de silicone (1950), insertions de prothèses ouvertes à base de polyuréthane, téflon, alcool polyvinylique (1950-60), autant de techniques qui seront testées sans réel succès esthétique, mais avec des conséquences fâcheuses pour les patientes : inflammation des tissus, durcissement et/ou déformation des seins, nécrose, douleurs permanentes et autres inconforts. Après un gros demi-siècle de tâtonnements, la recherche s’orientera vers la création d’implants fermés, constitués d’une enveloppe d’élastomère de silicone remplie soit d’une solution saline, soit d’un gel de silicone. 

Silicone ou solution saline ? 

Les implants mammaires à l’eau saline sont des implants gonflables. L’enveloppe de silicone est insérée dans le sein avant d’être remplie de la solution saline. Ce type de prothèse a été utilisé dès 1965. Il présente plusieurs avantages :

  • la solution saline est sans danger pour la santé dans l’hypothèse d’une fuite ;
  • le chirurgien peut plus facilement corriger une asymétrie des seins ;
  • la cicatrice laissée par l’intervention est plus petite ;
  • un rendu esthétique généralement acceptable ;
  • un suivi médical réduit ;
  • un coût généralement moins élevé.

Il est cependant reconnu pour avoir un toucher nettement moins naturel que l’implant à base de gel de silicone.

La première génération de prothèses 100% silicone est née en 1962. Peu convaincante elle sera, dans les années 70, remplacée par une autre censée réduire le phénomène de contracture capsulaire, soit la formation excessive de tissus fibreux autour de l’implant causant douleurs, déformations et induration du sein. Ces implants de seconde génération seront toutefois pointés du doigt pour leur manque de sécurité en matière de fuites des molécules de silicone et des résultats mitigés en matière de contracture capsulaire. Au cours des décennies suivantes, les chercheurs travailleront à l’amélioration de la résistance et l'imperméabilité des implants pour les rendre aussi sécures que possible. Dans le même temps, la texture de surface des implants et leur design, plus anatomique, feront l’objet d’évolutions notables. Concernant le silicone, les principales recherches s’orienteront vers la mise au point d’un produit à « mémoire de forme », le gel de silicone cohésif. Bien que de nombreux progrès aient été réalisés en matière de sécurité, les risques liés à l’augmentation mammaires demeurent importants. 

Texturation des implants mammaires.

Jusqu’en 1984, l’enveloppe en élastomère de silicone des prothèses était lisse et cette caractéristique induisait de multiples complications dont une, plus courante que les autres : la rétractation péri-prothétique, autrement nommée contracture capsulaire, qui survenait dans plus de 40% des cas. La capsule est une couche de tissus cicatriciels qui se forme autour de l’implant à la suite de son insertion, c’est un phénomène naturel. Cependant il arrive qu’elle épaississe trop et comprime l’implant qui prend alors une forme irrégulière et très inesthétique. Les symptômes sont :

  • le durcissement du sein ;
  • le déplacement de l’implant vers le haut de la cage thoracique ;
  • la déformation de l’implant qui prend la forme d’une balle, avec l’apparition d’ondulations ;
  • la diminution de l’implant qui perd en mobilité ;
  • la sensation d’oppression potentiellement conjointe à des douleurs.

Afin de réduire les contractures capsulaires, les fabricants chercheront à élaborer une enveloppe apte à contrer l’organisation des tissus cicatriciels. Dans les années 1990, les implants lisses seront remplacés peu à peu par des implants dotés d’une surface dite texturée qui du fait de son irrégularité empêche les tissus cicatriciels de former une coque autour de l’implant. Cette spécificité technique présentera aussi l’avantage d’une plus grande adhérence tissulaire ouvrant la voie à la conception de prothèses anatomiques très utiles dans le cadre de la reconstruction mammaire faisant suite à une mastectomie. 

En France, la chirurgie d’augmentation mammaire génère un chiffre d’affaire annuel d’environ 250 millions d’euros. Cette source de profits n’est pas sans liens avec l’empressement des chirurgiens à mettre en avant les bénéfices éventuels de l’opération et de passer sous silence ses inconvénients. Sur les différents sites que nous avons visités, seuls les résultats esthétiques les plus bluffants sont évidemment exposés et aucune mention n’est faite des risques associés en matière de santé. 

Pour les femmes qui souffrent d'une image corporelle dégradée, l'implantation de prothèses offre l'espérance d'une vie nouvelle et les innombrables clichés avant-après que l'on trouve sur le net leur donnent toutes les raisons d'y croire. Cependant, prises par la projection d'une silhouette idéale, elles peuvent avoir tendance à occulter ou sous-estimer les risques associés en matière de santé. La deuxième partie de cet article sera donc consacrée aux conséquences néfastes de la plastie d'augmentation mammaire.

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