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Le concept d'addiction sexuelle

Le concept d'addiction sexuelle

L’addiction sexuelle est un diagnostic proposé pour les individus dont l’activité sexuelle excessive est source de souffrances.

Nommée Don Juanisme, Satyriasis, nymphomanie ou encore hypersexualité, la servitude sexuelle est bien connue depuis le 18ème siècle. Tous ces termes, corrélés à la notion de perte de contrôle du désir, impliquent l’existence d’une consommation excessive et irrépressible de sexe. Le concept de dépendance sexuelle est quant à lui plus récent. Il aurait été élaboré dans les années 70, sans que la source en soit précisément établie et repris par le docteur Patrick Carnes, spécialiste des troubles sexuels, dans les années 80 sous la dénomination d’addiction sexuelle.

Le concept d’addiction sexuelle ne fait pas l’unanimité parmi les professionnels car il se fonde sur le postulat qu’une addiction peut se développer sans produit addictif et même sans produit tout court. Mais peut-on vraiment parler d’addiction sans substance dans le cas des dépendances sexuelles ? Le corps d’autrui, vu comme objet par l’hypersexuel compulsif ne peut-il pas être assimilé à une substance, comprise ici comme la chair et les tissus qui forment l’être vivant ? Dans le cas des sujétions, la masturbation, la pornographie et/ou le fantasme, ne pourraient-ils pas être identifiés, en tant que productions de l’esprit, à des substances immatérielles ? Cependant on peut reconnaître que le fantasme, la pornographie ou le corps d’autrui ne sont pas intrinsèquement addictifs comme le sont l’alcool, l’héroïne, le tabac ou le sucre. Pour certains, le terme addiction relèverait donc de l’abus de langage et serait inapproprié pour désigner des comportements sexuels répétitifs et compulsifs. Les termes dépendance et, plus rare, assuétude, seront alors privilégiés par ces derniers. 

Le DSM dans sa version IV abordait le diagnostic de l’addiction sexuelle sous l’angle d’un trouble sexuel non spécifique, défini par une souffrance relative à un mode de relation sexuelle impliquant la multiplicité des partenaires, par ailleurs non désirés en tant que sujets mais en tant qu’objets. Si la dernière version du DSM ne fait plus état d’un diagnostic du trouble de l’hypersexualité, quelques praticiens soutiennent cependant qu'il doit-être conceptualisé sous la forme d’un trouble du désir sexuel de nature compulsive mais non paraphilique. Là encore tout le monde ne s’accorde pas sur cette vision. Penser l’hypersexualité comme une addiction n’est-ce pas stigmatiser les personnes qui apprécient avoir des relations sexuelles à haute fréquence avec de multiples partenaires ? Au vu des différentes prises de position, il semble que le vocable "addiction" soit la pierre d’achoppement de la mise en œuvre d’un diagnostic remportant consensus. Cela dit, on se demande si la guerre sémantique n’a pas pris, aux yeux des spécialistes, plus d’importance que les individus en souffrance. 

Le psychiatre Aviel Goodman a défini l’addiction comme un processus par lequel un comportement, qui peut fonctionner à la fois pour produire du plaisir et pour soulager un malaise intérieur, est utilisé sous un mode caractérisé par l’échec répété dans le contrôle de ce comportement et la persistance de ce comportement en dépit de conséquences négatives significatives. Dans la version IV du DSM l’addiction était définie stricto sensu comme un mode inapproprié d’utilisation d’un produit entraînant des signes physiques et psychiques et se manifestant par l’apparition, après une année de consommation, d’au moins trois des symptômes suivants : 

  • l’accoutumance, le manque ;
  • l’incapacité à gérer la consommation ;
  • l’allongement du temps passé à la recherche de la substance ; 
  • l’abandon de la vie sociale et culturelle ;
  • la poursuite de la consommation malgré la conscience des problèmes engendrés.

Cela étant, si l’on retient comme définition de l’addiction la notion d’attachement nocif et que l’on privilégie une approche sociologique davantage axée sur le sujet qui consomme que sur le produit consommé, alors on peut raisonnablement croire que l'on peut être addict au sexe, comme il est possible de l’être à l’héroïne, à l’alcool ou au jeu.

L’addiction sexuelle ou dépendance sexuelle, se définit par une progressive perte de contrôle de la sexualité caractérisée par des pensées et des actions sexuelles compulsives dont les effets, pourtant perçus par l’individu comme nocifs, ne suffisent pas à enrayer le processus. En d’autres termes, le sex-addict persistera dans ses comportements pathologiques et ce, malgré les risques encourus pour sa santé, sa socialisation, ses performances professionnelles, son confort financier, la qualité de ses relations amicales et amoureuses et éventuellement, sa liberté. Comme dans tous les autres types d’addiction ou de dépendance, les répercussions délétères sur le sujet et son entourage vont gagner en intensité au fil du temps. D’autre part, pour atteindre le même niveau de récompense, le sex-addict devra intensifier la fréquence de ses rapports et/ou leur nature. En résumé et suivant les critères retenus comme fiables par les chercheurs, on pourrait dire que souffre d’addiction sexuelle celui ou celle qui, sur une période d’au moins six mois :

  • a de récurrents et intenses fantasmes, des envies irrépressibles de sexe accompagnées de passage à l’acte ;
  • compromet ses activités professionnelles et ses obligations par le temps consacré à la sexualité ;
  • n’arrive pas, malgré des efforts répétés, à contrôler ou même à réduire sa consommation de sexe ;
  • répond à un sentiment dysphorique : anxiété, dépression, ennui, irritabilité, ou à des stress de la vie quotidienne par une consommation de sexe ;
  • oblitère les conséquences négatives, psychologiques et/ou physiques de ses actes, que ce soit pour lui/elle-même ou pour autrui ;
  • souffre de cet état de fait.

L’addiction sexuelle doit être aussi entendue comme un bouleversement psychique provoquant un dysfonctionnement du système de récompense entraînant à son tour une fuite en avant, une surenchère dans la recherche des sensations fortes et du plaisir. Cette hypertrophie des comportements sexuels peut mener le sujet à flirter avec la mort. Il en est ainsi lorsque que ce dernier s’engage dans des conduites à risque, comme le "bareback", pratique popularisée par le milieu gay américain des années 90, qui consiste à réaliser un rapport sexuel non protégé en dépit de risques majeurs de contamination au VIH ou autres MST. La personne dépendante au sexe recherche ce que certains nomment "un shoot sexuel", soit un état d’euphorie de bien-être intense et de déconnexion du réel anxiogène qui succède au passage à l’acte. Mais cet état n’étant pas persistant, l’individu n’aura de cesse qu’il n’ait obtenu par de nouvelles expériences sexuelles sa dose d’apaisement. Pris dans la spirale infernale de l’addiction, il sera condamné à un éternel recommencement.

L’addiction sexuelle se décompose en trois phases et quatre cycles.

La première phase est celle de l’euphorie, où seuls les bénéfices et les récompenses sont perceptibles. La seconde est celle du déni, où l’individu entraperçoit les effets négatifs liés à son comportement mais les occulte sciemment. La dernière phase est celle de la morbidité, où l’individu ne ressent plus que les effets négatifs de ce qui est devenu une addiction, en a pleinement conscience, sans avoir les ressources psychiques pour la combattre.

Dans chacune de ces phases, le passage à l’acte se décompose en quatre cycles. Tout commence par le cycle de l’obsession, le champ psychique est alors entièrement investi par la recherche de stimuli sexuels. Ensuite vient le cycle de la ritualisation, mise en place d’un contexte optimisé pour le passage à l’acte. Puis le cycle de la consommation et de l’euphorie que l’individu ne peut en aucun cas contenir. Enfin le cycle de la désespérance post orgasmique, quand l’euphorie évanouie cède la place à un vide terriblement anxiogène qui appelle à la réitération.

Si l’un des trois premiers cycles ne peut se réaliser, alors l’individu ressentira un état de manque qui peut se traduire, dans le cas des addictions sexuelles, par quantité de réactions allant de la tristesse profonde à l’agressivité en passant par des réactions purement physiques : sueurs froides, tremblements, tachycardie, insomnies. Pour réduire les sensations de manque, l'individu addict pourra se livrer à des actes d’automutilation, la boulimie ou encore la consommation excessive d’alcool et/ou de stupéfiants.  

L’addict sexuel, sitôt qu’il rentre dans la phase du déni, met en place des stratégies visant à rendre son addiction invisible aux yeux de son entourage. Malgré les désagréments induits par son comportement et dont il a maintenant conscience, il se conforte dans l’idée que tout va bien, mettant en avant les pseudo bénéfices et occultant les aspects négatifs, destructeurs de son addiction. Cependant, il n’est pas totalement dupe et là est tout le paradoxe. Il ne tient pas à ce que le pot aux roses soit découvert par une tierce personne car il ne veut pas se trouver devant l’obligation de reconnaître les nuisances qu’occasionnent pour lui-même et son entourage, sa sexualité incontrôlable et encore moins être contraint d’en finir avec ce qu’il s’autorise encore à voir comme une source de plaisir. De plus, cette volonté de dissimuler la vérité, notamment chez les femmes, est renforcée par la honte et la culpabilité.

L'addiction sexuelle peut revêtir plusieurs formes.

Dans le champs légal, on parlera :

  • de masturbation compulsive avec une fréquence de cinq à quinze fois par jour pouvant conduire à des blessures et une forte sensation de fatigue ;
  • de consultation compulsive de contenus ou de services téléphoniques pornographiques ;
  • de drague compulsive impliquant la recherche insatiable de partenaires multiples ;
  • d'hypersexualité accompagnée d’un sentiment d’insatisfaction doublé d’un déni de l’autre en tant que sujet.

L'addiction sexuelle peut aussi entrer dans la sphère délictueuse ou criminelle lorsqu’elle s’associe à une paraphilie comme l’exhibitionnisme, le voyeurisme, la pédophilie ou le viol paraphilique. Quelle qu’en soit l’expression, ce trouble du comportement sexuel est considéré par les sexologues comme pathologique.

Les causes de l’addiction sexuelle ne sont pas précisément établies. Il est important de noter que l’activité sexuelle fait partie de la vie et qu’elle est saine, même si l’on apprécie de multiplier les partenaires et les expériences. Elle ne devient problématique que dans la mesure où elle perturbe la vie de l’individu, le met en souffrance et est susceptible de nuire à son intégrité physique, psychologique ou celle de ses partenaires. Les traumatismes subis pendant l’enfance, les dysfonctionnements familiaux et le stress social sont des paramètres à prendre en compte dans le cas d’une addiction sexuelle. Toutefois, il faut admettre qu’aucune relation de cause à effet systématique n’a jamais été mise en évidence. 

Bien que les diagnostics d’addiction sexuelle et de trouble de l’hypersexualité ne soient pas retenus dans le DSM V, les sexologues sont des spécialistes qui sont en mesure de déterminer si problème il y a et de proposer des thérapies comportementales et cognitives adaptées à chaque situation. La recrudescence des demandes d’assistance de la part de personnes présentant une conduite sexuelle compulsive fait que cette problématique particulière est aujourd’hui bien comprise des thérapeutes. Les praticiens modernes sont enclins à la bienveillance et dans tous les cas tournés vers une approche qui permet au patient de parler ouvertement, libéré du carcan de la honte lié à son comportement sexuel addictif. 

Enfin en cas de suspicion vous pouvez toujours faire, à titre indicatif, le test de Carnes en répondant par oui ou non aux 25 questions qui le composent :

1 - Avez-vous été victime d'abus sexuel pendant l'enfance ou l'adolescence ?

2 - Vous êtes-vous abonné ou avez-vous régulièrement acheté des revues érotiques ?

3 - Vos parents avaient-ils des troubles sexuels ?

4 - Êtes-vous souvent préoccupé par des pensées de nature sexuelle ?

5 - Avez-vous le sentiment que votre sexualité n'est pas normale ?

6 - Votre partenaire a-t-il (elle) déjà souffert ou s'est-il (elle) plaint(e) de votre comportement sexuel ?

7 - Avez-vous des difficultés à maîtriser votre comportement sexuel quand vous savez qu'il n'est pas approprié ?

8 - Vous êtes-vous déjà senti mal à l'aise vis-à-vis de votre comportement sexuel ?

9 - Votre comportement sexuel a-t-il déjà été à l'origine de difficultés pour vous ou votre famille ?

10 - Avez-vous déjà recherché de l'aide pour un comportement sexuel que vous n'aimiez    pas ?

11 – Avez-vous déjà craint que des personnes puissent se renseigner sur vos activités sexuelles ?

12 - Est-ce que quelqu'un a déjà été choqué moralement par vos pratiques sexuelles ?

13 - Certaines de vos activités sexuelles sont-elles hors-la-loi ? 

14 - Vous êtes-vous déjà fait la promesse d'abandonner certains aspects de votre sexualité ?

15 - Avez-vous déjà fait des efforts et échoué pour abandonner un certain type de comportement sexuel ?

16 - Devez-vous dissimuler certains aspects de votre sexualité aux autres ?

17 - Avez-vous tenté d'arrêter certaines de vos activités sexuelles ?

18 - Vous êtes-vous déjà senti dégradé par votre comportement sexuel ?

19 - Le sexe a-t-il été une façon pour vous d'échapper à vos problèmes ?

20 - Vous sentez-vous déprimé après un rapport sexuel ?

21 - Avez-vous ressenti le besoin d'espacer une certaine forme d'activité sexuelle ?

22 - Votre activité sexuelle a-t-elle déjà interféré avec votre vie familiale ?

23 - Avez -vous déjà eu des rapports sexuels avec des mineurs ?

24 - Vous sentez-vous dirigé par votre désir sexuel ?

25 - Pensez-vous parfois que votre désir sexuel est plus fort que vous ?

Si vous avez plus de 13 réponses oui, ne concluez pas trop vite, mais prenez rendez-vous avec un sexologue.

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