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Troubles de l’érection et anxiété de la performance

Troubles de l’érection et anxiété de la performance

Les troubles de l'érection touchent 150 millions d'hommes dans le monde.

Les troubles de l’érection semblent se répandre chez les jeunes hommes. Rappelons qu'ils se traduisent par une incapacité permanente, récurrente ou ponctuelle à obtenir ou maintenir une érection suffisante pour l’accomplissement de l’acte sexuel. Les troubles de l’érection et la dysfonction érectile touchent environ 150 millions d’hommes dans le monde et pas loin de 3,5 millions en France. Il existerait deux causes principales à ces affections, une organique, due au vieillissement ou la maladie, et une autre psychogène, due à des problèmes psychologiques, affectifs, relationnels ou situationnels. Cependant certains sexologues insistent sur deux points qui nous paraissent essentiels dans l’advenue, la compréhension et le traitement des troubles de l’érection, la perte du désir et l’anxiété de la performance.

Des troubles de plus en plus fréquents chez les trentenaires.

Une récente étude anglaise, qui en suit beaucoup d’autres, réalisée sur un échantillon de 2 000 hommes, a conclu que 50% des hommes de moins trente ans rapportaient des difficultés pour obtenir et maintenir une érection complète. Pour les jeunes hommes, les origines organiques de ces troubles restent exceptionnelles et de toute évidence, les explications sont d’un autre ordre. Dans un contexte où la performance sexuelle est devenue l’objectif unique de la relation érotique, nombre d’hommes développent ce que les spécialistes nomment une anxiété de la performance. Difficile de ne pas mettre en rapport la pornographie, qui présente les hommes comme des performeurs inépuisables, et la montée en puissance cette anxiété. Il est indubitable que les jeunes hommes, par manque d’expérience, sont moins bien armés pour comprendre que les femmes de la vraie vie n’ont pas forcément envie d’être bourrinées pendant des heures et que ce que la pornographie leur présente comme le nec plus ultra de la relation sexuelle convient surtout à l’éducation sexuelle des bourricots.

Les sexologues de la première génération, qui ont commencé à officier à la fin des années 70, reconnaissent une forte augmentation des demandes de consultations pour des troubles de l’érection émanant d'hommes jeunes, pour la plupart au mieux de leur forme physique. 

Les troubles de l'érection ne sont pas forcément synonymes de dysfonction érectile.

Qu'elle soit le résultat du stress, de la fatigue, d’une alcoolisation abusive ou autre, une grande majorité des hommes connaîtront à un moment de leur vie une panne érectile. Répétons que l’homme n’est pas une machine à bander, qu’il peut avoir des jours sans et qu’en soi, cela n’a rien d’exceptionnel. Dans les années 1990, conjointement à l’explosion de la diffusion pornographique et l’apologie de la performance, s’est amorcé l’idée, portée par l’industrie pharmaceutique, que les troubles de l’érection étaient inacceptables. En jouant sur la corde sensible de l’érection, symbole de la puissance masculine, le commerce de la pilule bleue a fait preuve d’un machiavélisme qui a permis de générer des profits colossaux mais surtout entériné une vision erronée de la sexualité masculine. Les petites pannes qui hier encore relevaient de l’anecdote, sont vécus aujourd’hui comme des évènements dramatiques. Alors que les troubles de l’érection ne doivent être pris au sérieux uniquement lorsqu’ils dépassent le stade du ponctuel et s’inscrivent dans la récurrence et la durée, nombre d’hommes croient être sujets de dysfonction érectile au moindre incident de parcours. Il est ainsi nécessaire de préciser que les troubles de l’érection ne seront qualifiés de dysfonction érectile qu’en cas de persistance dans le temps. Le problème d’interprétation de ces petites pannes entraîne chez certains hommes la mise en place d’un cercle vicieux. Se croyant porteurs d’un problème, ils créent les conditions psychologiques idéales pour que se répètent les échecs, ce qui renforcera leur conviction première et ainsi de suite. 

L'anxiété de la performance produit les mêmes effets que le stress.

L’anxiété de la performance se déclare généralement en amont de la relation sexuelle. L’homme focalise son attention sur l’impérieuse nécessité de la réussite érectile et ainsi pose-t-il les bases sur lesquelles va se développer un sentiment anxieux excessif difficilement contrôlable. L’anxiété est assimilable à un stress, elle favorise l’activation du système nerveux sympathique et le déclenchement de mécanismes vasoconstricteurs hostiles à l'érection. L’anxiété de la performance peut avoir plusieurs origines. Comme nous l’avons vu précédemment, elle peut faire suite à une ou deux pannes érectiles. Mais elle peut aussi naître d’un défaut de confiance en soi généré par le sentiment de manquer d’expérience, de ne pas savoir si l’on va faire ce qu’il faut pour satisfaire sa partenaire ou encore du référentiel pornographique qui met en exergue des pénis surdimensionnés et des prouesses copulatoires irréelles. 

Lorsque l’on est sujet à une anxiété de la performance récurrente, qui s’exprime quel que soit le contexte ou la partenaire, il est souhaitable de consulter un sexologue qui en tant que spécialiste sera là pour écouter sans jugement et aider à déconstruire les mécanismes anxieux. En tout état de cause il n’est pas souhaitable de se prendre seul en charge en ayant recours à des stimulateurs chimiques de l’érection tels ceux que l’on peut se procurer sans ordonnance sur le net ou dans n’importe quel love-shop. 

Érection déficiente et souffrance masculine.

Quand un homme se sent en échec sur le plan sexuel, c’est son identité masculine qui est mise à mal, car les hommes, "les vrais", sont supposés être prêts à l’emploi en toutes circonstances. Cette croyance absurde qui conduit certains à penser qu’ils ne sont plus rien dès que leur érection leur échappe, provoque de profondes souffrances psychologiques qu’il convient de ne pas minimiser. Pour les jeunes hommes en particulier, les troubles de l’érection sont ressentis comme de véritables humiliations. Dans quelques cas le sujet atteint peut entrer dans une spirale de désocialisation typique d’une dynamique dépressive. Pour les hommes, il semble que le fait de ne pouvoir obtenir une érection complète et durable soit la chose la plus socialement difficile à vivre. 

Ce qui questionne aujourd’hui repose sur le constat de recrudescence des troubles de l’érection chez les jeunes hommes. Nous avions dans un précédent article mis la focale sur la consommation excessive de pornographie et la manière dont elle corrompt le système de récompense, mais nous ne pouvons pas faire l’impasse sur son implication dans l’apparition de l’anxiété de la performance. Comment ne pas faire de corrélation entre l’augmentation des cas de troubles érectiles chez les moins de trente ans et le fait pornographique. Cette génération qui s’est sexuellement éduquée en regardant des milliers de contenus pornos a accepté comme vérité absolue la vision qu’ont les producteurs de X de la jouissance féminine. Mais les femmes aiment-elles par-dessous tout être pénétrées des heures durant par des membres énormes ? L’expérience nous inciterait à répondre non, trois fois non.  

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