Sphère fonctionnelle

Vers une sexualité plus consciente.

Vers une sexualité plus consciente.

Vers une sexualité plus consciente.

Un article signé Catherine Blandiaux, sexologue.

Qu'est-ce que la pleine conscience ?

La pleine conscience (ou mindfulness) est un état de conscience qui résulte du fait de porter intentionnellement son attention au moment présent, sans jugement, sur notre expérience qui se déploie instant après instant. Jon Kabat-Zinn, professeur de médecine et méditant, a occidentalisé et « désacralisé » la méditation pour en faire un programme visant à réduire le stress (MBSR ou mindfulness based stress reduction program).

C’était au début des années 80 et depuis, la mindfulness a été appliquée dans divers domaines d’interventions psychothérapeutiques, comme la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT ou Mindfulness based cognitive therapy) pour prévenir les rechutes dépressives, ou encore la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT ou acceptance and  commitment therapy) constituant la troisième vague des thérapies cognitivo-comportementales. Ces 10 dernières années, elle a acquis ses lettres de noblesse et a fait son entrée dans les hôpitaux, les écoles, les entreprises etc. et se conjugue désormais dans de multiples domaines comme la sexothérapie en tant qu’outil complémentaire de gestion des dysfonctions sexuelles.

En quoi consiste-t-elle ?

  • Le champ de la conscience corporelle et émotionnelle.

Pratiquer la pleine conscience c’est se centrer sur l’ici et maintenant en se connectant le plus finement possible à son corps et aux sensations qui s’y déroulent en permanence. 

Quel autre domaine que la sexualité pourrait être aussi intimement lié à cette capacité d’attention ? Car c’est dans le corps que se manifestent nos sensations, notre plaisir, nos émotions, nos orgasmes.

  • Le champ de la conscience du mental

Pratiquer la pleine conscience c’est aussi pouvoir être plus conscient de ses pensées et de l’impact qu’elles ont sur le corps ; nous ne pouvons pas empêcher notre cerveau de produire des pensées qui – si nous n’en sommes pas conscients – se bousculent les unes après les autres pouvant parfois nous emmener loin, très loin de l’expérience que nous vivons, jusqu’à la déconnexion entre l’esprit et le corps. 

Les pensées influencent énormément nos états émotionnels. Si nous nous concentrons en pensée sur l’objet d’une peur, il y a fort à parier que nous ne tarderons pas à ressentir les sensations de la peur dans notre corps (estomac noué, tension musculaire, accélération du rythme cardiaque et de la respiration, sensations désagréables à la chaîne…). Au contraire, si nous repensons à un événement érotique puissant, nous allons ressentir les signes de l’excitation (vaso-dilatation de la vulve ou du pénis, pulsations, sensations de chaleur et lubrification…)

Les pensées sont donc intimement liées à nos ressentis corporels, en positif comme en négatif.

La pleine conscience, en nous invitant à ne pas juger notre expérience, nous aide à sortir des ruminations du passé et des anticipations du futur. En effet, à quoi bon se laisser phagocyter par le passé qui ne changera plus et le futur dont nous n’avons qu’une très vague idée même à court terme ?

Habiter son corps totalement c’est porter son attention sur ce que l’on vit dans l’instant présent au niveau corporel, mental et émotionnel. Être en état de pleine conscience, c’est re-sentir ce qui est là, sans le/se juger, c’est garder la fraîcheur de l’instant si importante dans la rencontre intime d’un rapport sexuel. Les sensations d’excitation, de bien-être, de plaisir peuvent alors monter crescendo jusqu’à l’orgasme si c’est ce que l’on souhaite.

J’aime beaucoup la comparaison du rapport sexuel avec une cour de récréation ; quand ça se passe bien dans une cour de récré, les enfants sont tout entiers absorbés par leurs jeux sans penser à ce qui va se passer la minute d’après, sans même se soucier du temps qu’il reste avant que sonne la fin de la récré. Transposé dans la sexualité, cela signifie être dans ses sensations, se laisser entraîner par le jeu, par le plaisir, dans une forme de curiosité renouvelée au lieu de penser à ce que l’on doit encore faire après, à l’éventuelle mauvaise journée que l’on a pu avoir, ou toute autre pensée négative non propice à la rencontre amoureuse. Le non-jugement, c’est accepter ce qui est sans le dramatiser et cesser de se mettre la pression avec des petites phrases du type « je ne m’y prends pas bien », « il faut absolument que j’aie un orgasme », « je dois le/la faire jouir absolument » et sortir des obligations de performance et de l’anxiété qu’elle génèrent (qui ne fait qu’aggraver le problème).

La mindfulness représente un apport non négligeable dans le champ de la sexologie clinique pour traiter un certain nombre de troubles parmi lesquels :

  • Le désir sexuel hypoactif : en apprenant à délaisser les pensées intrusives et négatives au profit des pensées érotiques qui nourrissent le désir ;
  • L’anorgasmie : en étant plus proche de ses sensations d’excitation et en les laissant « guider » le rapport sexuel ;
  • Les troubles érectiles : l’anxiété de performance est l’ennemie de l’érection. En privilégiant les sensations d’excitation et non pas les pensées limitantes, l’anxiété peut diminuer et l’homme retrouver son érection en continuant le jeu érotique
  • L’éjaculation prématurée : la pleine conscience permet d’habiter son corps pour se connaitre mieux, pour travailler sur les changements de conditionnements au niveau de la respiration, de la tension musculaire, des mouvements, des positions inappropriées etc
  • La dyspareunie : en élargissant le champ de la conscience à tout le corps et à l’interaction avec le/la partenaire, on ne se concentre plus uniquement sur la partie souffrante du corps, ou la partie qui a « engrammé » une mémoire de douleur.

Vous l’aurez compris à la lecture de ce qui précède : être plus conscient permet de faire des choix plus en accord avec soi-même et de restaurer le jeu sexuel instant après instant.

« Le plus étonnant, contrairement à ce que l’on serait tenté de croire, c’est que rien d’autre n’est censé se produire. En renonçant à tenter de faire se produire quelque chose de particulier, peut-être nous rendons-nous compte que quelque chose se produit déjà, et se produit en permanence, à savoir notre vie qui émerge à chaque instant dans la conscience ». Jon Kabat-Zinn, Méditer ; 108 leçons de pleine conscience

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