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Viagra pour femme, quel intérêt ?

Viagra pour femme, quel intérêt ?

Viagra pour femme, un marché de dupes ?

La petite pilule bleue arrivée sur le marché du désir masculin il y a une vingtaine d’années a rapporté des millions d’euros. Fortes de ce succès, les entreprises pharmaceutiques, Boehringer Ingelheim en tête, ont cherché un équivalent pour traiter les problèmes du désir féminin. En 2009, les chercheurs annonçaient avoir trouvé le saint graal, la flibansérine, un viagra pour femme. Sur la base d’un essai clinique de six mois impliquant un panel de femmes souffrant d’une baisse plus ou moins sévère de libido, nommée aujourd’hui trouble du désir sexuel hypoactif, ils ont affirmé que la molécule avait toute les qualités requises pour réveiller une vitalité sexuelle endormie.

Dans leur rapport, les scientifiques soutenaient que les femmes ayant pris le médicament avaient connu une renaissance libidinale et pris plus de plaisir lors des rapports, quand celles ayant avalé le placebo n’avaient pas signalé de notables bénéfices. Il n’en fallut pas moins à certains médecins pour déclarer que la molécule pouvait être le support d’un traitement efficace du trouble du désir féminin. 

Mais quel est donc ce trouble du désir sexuel hypoactif ?

Pour la sexologie clinique, il s’agit d’une déficience ou d'une absence de fantaisies imaginatives d’ordre sexuel ou de désir d’activité sexuelle. Si ce trouble a été reconnu comme trouble sexuel à part entière dès les années 80, peu d’études sérieuses ont été faites pour en déterminer la fréquence. De plus, on ne sait pas grand-chose des causes, qui sont certainement multiples. D’après les industriels, entre 9 et 26% des femmes seraient victimes de ce trouble du désir. Mais d’où sortent ces chiffres ? Ne serait-on pas en présence d’une pure manipulation de la part d’une industrie qui, soyons honnête, a un goût immodéré pour le profit ? D’ailleurs, dans la communauté scientifique, nombreux sont ceux qui doutent de l’exactitude des pourcentages avancés par les laboratoires. Et quand bien même existerait-il un pendant féminin aux troubles de l’érection, aura-t-on pris en compte les différents aspects du problème ? Le désir est fragile et peut être perturbé par bien des facteurs. Le contexte de vie, l’estime de soi, aussi bien que la ménopause ou d’autres dérèglements hormonaux peuvent parasiter le processus du désir. 

Environ 2000 femmes non ménopausées et atteintes du trouble sexuel hypoactif ont participé à l’étude orchestrée par les laboratoires Boehringer Ingelheim. Pour celles qui ont eu droit à la flibansérine, le regain de libido a été effectif, sans être transcendant. Pour celles qui ont pris le placebo, il a été moins important sans être totalement négligeable. Ces résultats mitigés ont pourtant autorisé les promoteurs de la flibansérine à la commercialiser coûte que coûte.

À l'origine, la flibansérine était une molécule destinée à traiter les personnes atteintes de dépression.

Développée par la compagnie allemande Boehringer Ingelheim, elle n’a pas donné les résultats escomptés sur le plan de la dépression mais au cours des essais cliniques, quelques femmes ont indiqué aux chercheurs avoir ressenti une intensification de leur libido. Se rappelant que le Viagra, blockbuster pharmaceutique, avait été à l’origine élaboré pour traiter des problèmes de pression sanguine avant de révéler une efficacité pour le traitement des dysfonctionnements érectiles, les industriels ont vu dans la flibansérine la nouvelle poule aux œufs d’or.

Mais ne soyons pas dupes. Si l’on comprend l’intérêt économique des industriels, on ne souhaite pas se convaincre que la solution médicamenteuse pour pallier les défaillances du désir ne soit autre chose qu’un cautère sur une jambe de bois. Les troubles du désir sont d’une nature si complexe que seule la vanité autorise à croire à la magie d’une petite pilule, fût-elle rose ou bleue.

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