Sphère sociétale

La démocratisation du BDSM n'est pas sans danger !

La démocratisation du BDSM n'est pas sans danger !

Des associations spécialisées dans la défense des femmes victimes de violence sexuelle, dénoncent pêle-mêle, porno-prostitution et BDSM. Si d’un point de vue strictement sexologique l’on pourrait critiquer la démarche en arguant d’un amalgame qui n’a pas lieu d’être, sur le plan sociologique il n’y a pas débat.

La démocratisation du BDSM n'est pas sans danger !

Le BDSM (Bondage/Domination/Sado/Masochisme), n'est l'affaire que d'une minorité d'initiés.

La révolution sexuelle des années 70, renversant des décennies de carcans moraux, était censée ouvrir sur une libération des mœurs profitable à tout un chacun et aux femmes en particulier. Un demi-siècle plus tard, la désillusion est cruelle. Car de libération il n’y aura eu que celle des desseins les plus noirs. Pornographes, prostitueurs, pédophiles, éphébophiles, zoophiles et autres pervers, se sont largement revendiqués de cette licence d’agir pour couvrir leurs comportements toxiques d’une couche de vernis trompeur.

L'industrie du sexe a su exploiter à merveille les subtilités et failles du concept de liberté d'expression sexuelle et si bien réussi dans son entreprise de prosélytisme d’un érotisme corrompu et androcentré, que la société entière s’est pliée à la pornification. Échapper à la pornographie ne relève plus de la simple volonté. La mode, le cinéma, la publicité, en ont adopté les codes. L’idéologie de réification du corps féminin est devenue par leur zèle « artistique » normale. L’espace public s’est ouvert à la propagande médiatique des pornographes et la sphère privée subit son effraction via le net. La consommation croissante des contenus pornos banalise toujours plus les violences faites aux femmes. Leur gradation, du peu reluisant « porno à papa » au sordide porno hardcore, démontre une inéluctable fuite en avant. De l'objectisation à la déshumanisation. Une dérive sadienne qui ne serait, selon les pornographes, que fantaisies érotiques sans conséquences. Et pourtant tout montre que l’idéologie porno est contaminante, que les consommateurs intègrent des schémas d’excitation psycho-génitale qui conditionnent leur  fantasmatique et comportements sexuels. C’est un fait, et d’innombrable femmes témoignent de la volonté de leur partenaire d’incarner les « performances » et attitudes des hardeurs. 

Les pornographes sont parvenus à rendre grand public des pratiques sexuelles s’inspirant de démarches érotiques alternatives autrefois réservées, non pas à une élite sociale, mais à des cercles d’initiés. Il en est ainsi du BDSM. Ensemble de disciplines qui fascinent ou rebutent, c’est selon, le BDSM n’est pourtant pas ce que les pornographes en montrent, même si nombre de pratiquants s'y conforment. Profitant de l’ignorance des uns et de la complicité avisée des autres, l’industrie du porno, toujours en recherche d’upgrade, s’est emparée de la thématique pour exalter sa conception d’une sexualité « transgressive » perverse centrée sur la coercition, la dégradation et l’humiliation. Quand les pratiquants BDSM accomplis donnent aux consentement éclairé et désir un caractère inaliénable, les pornographes mettent en exergue son exact contraire.

BDSM consensuel et responsable, l'antithèse du message porno-BDSM.

Parce que la frontière entre expériences saines et malsaines est ténue, le BDSM consensuel et responsable est présidé par plusieurs principes auxquels on ne peut déroger, une stricte codification des pratiques pensée comme un garde-fou aux comportements pervers. C'est pourquoi l'initiation aux subtilités qui sécurise les jeux BDSM joue un rôle fondamental.

Car dans le BDSM, les jeux de rôles relèvent du simulacre et de l’illusion, non de la réalité. Ainsi est-il acquis que les clés de ces jeux sont confiées à la personne soumise, et que rien ne peut être accompli sans son accord explicite. Le safe code est d’ailleurs utilisé à sa seule discrétion. De plus les scénarios BDSM impliquent une sincère complicité amoureuse, émotionnelle et intellectuelle des amants.es ainsi que leur désir partagé de vivre des expériences hors la sexualité génito-centrée.

Halte au feu !

Des associations spécialisées dans la défense des femmes victimes de violence sexuelle, dénoncent pêle-mêle, porno-prostitution et BDSM. Si d’un point de vue strictement sexologique ce postulat peut être nuancé, sur le plan sociologique il n’y a pas débat. Même s’il serait plus juste de parler des dérives du BDSM, force est d’admettre que la diffusion massive et sans filtres de pratiques toxiques se réclamant du BDSM doit être dénoncée. Car il est constaté une recrudescence de situations extrêmement préoccupantes impliquant principalement de jeunes femmes, au lourd passé d'agressions sexuelles, tombées dans les filets d’habiles manipulateurs sadiques. 

Avec la vulgarisation des pratiques BDSM via le porno hardcore, ou sa glamourisation en  mode « 50 nuances de Grey » ou « 365 DNI », les actes moralement et pénalement répréhensibles se multiplient. Si autrefois les personnalités perverses ne pouvaient que difficilement pénétrer les cercles d’initiés, aujourd’hui la profusion des sites de rencontres BDSM douteux leur donnent tout loisir de réaliser leurs fantasmes sadiques en profitant de la vulnérabilité de personnes psychologiquement fragiles. Certains.es avouent avoir subit de véritables endoctrinement, des lavages de cerveaux en règle, une manipulation de leur affect pour leur faire accepter d’impensables séances de torture et de barbarie. Et ce qui est maintenant devenu la nébuleuse BDSM-porno freine des quatre fers pour éviter la médiatisation de ces dérapages, préférant accuser les victimes de vouloir jeter l’opprobre sur la communauté. C’est bien connu, le linge sale se lave en famille.

Contrairement à son interprétation porno, le BDSM consensuel, qu’il soit bondage, D/s ou S.M, ne se traduit que dans de très rares exceptions par des conduites extrêmes. Conduites qu’il serait même rationnel d’intégrer dans la liste des paraphilies de type pervers. La gradation des pratiques est donc une question essentielle car tout n’est pas acceptable en matière de BDSM, notamment quand les intégrités corporelle et psychique sont mises en danger. Le BDSM responsable n’est pas un univers sans lois ni limites où l’on pourrait laisser libre cours à ses instincts les plus vils. Au contraire il s’agit d’y explorer une sexualité cérébrale, portée sur le jeu de rôle, la théâtralisation et la ritualisation, dans le cadre strict du respect des participants.

Quelques rappels.

Pouvoir identifier ce qui appartient à un érotisme de pleine conscience et ce qui entre dans le cadre des sexualités pathologiques est capital pour expérimenter en toute sécurité des alternatives à la sexualité classique. Tout comportement sexuel qui s'enracine dans la perversion est définitivement incompatible avec l'érotisme BDSM consensuel et responsable. La perversion étant définie par la réification d’autrui, une volonté de ne lui accorder aucune autonomie de penser et d’agir, et/ou une impossibilité d’excitation psycho-génitale et de jouissance en dehors d’un schéma fantasmatique monolithique impliquant violence, asservissement ou l’humiliation.

En tout état de cause, interrogez vos motivations profondes :

  • si votre partenaire ne respecte pas vos désirs et limites, qu’il vous impose à force d’insistance des scénarios qui vous rebutent ou vous dégoûtent : vous avez affaire à un pervers manipulateur ;
  • si vous développez des fantasmes de soumission, d’humiliation ou de masochisme sexuel alors que vous avez subi des agressions sexuelles, si vous en ressentez le besoin, faites appel à un professionnel ;
  • idem, lorsque vos demandes masochistes impliquent une mise en péril de votre intégrité physique par des blessures graves ;
  • ou des requêtes extrêmes de soumission et de bondage ;
  • quand après une séance, dominent les sentiments de honte, culpabilité et dégoût, associés ou non à des épisodes dépressifs ;
  • par ailleurs, rappelons que la consommation d’alcool ou de produits stupéfiants, dans une mesure qui ne permet plus le discernement et l’expression du libre arbitre, est à proscrire ;
  • et n’oublions jamais qu’en tout état de cause, l’exercice de la sexualité du plaisir doit apporter plénitude, bien-être, physique et psychique.

Osphères a consacré plusieurs articles aux pratiques BDSM, non pour les promouvoir, mais pour donner aux aspirants.es une vision claire des dangers qui les guettent. Parce qu'il  est important d'être pleinement conscient des problèmes posés par la pornification du BDSM, par sa glamourisation médiatique pouvant aboutir à des expériences en tout point regrettables.


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