Sphère sociétale

Les fondements de la violence masculine

Les fondements de la violence masculine

Les fondements de la violence masculine

Essai de compréhension des fondements de la violence masculine envers les femmes.

Il faut toujours se méfier des tableaux en trompe l’œil, et l’avalanche de révélations à laquelle nous avons eu droit ces derniers temps ne doit pas nous faire croire que les violences faites aux femmes sont beaucoup plus importantes aujourd’hui qu’hier ou qu’elles touchent davantage certains milieux que d’autres. Par ailleurs, il ne faudrait pas non plus appréhender la violence sous le seul angle de la violence physique, du harcèlement ou du viol. Une société qui accepte que les femmes ne soient pas sur un pied d'égalité avec les hommes fait montre de violence à leur endroit. Cela étant, les violences à l’égard des femmes sont aujourd’hui sous le feu des projecteurs médiatiques et nous devons saisir cette opportunité pour mettre des mots sur ces maux, engager une réflexion profonde et sincère pour comprendre et remédier à cet intolérable état de fait.

En lisant le témoignage d’Annabella Sciorra dans l’affaire Weinstein, on n’est malheureusement pas ou peu surpris du manque d’empathie manifesté par le magnat de l’industrie cinématographique. L’actrice rapporte qu’après l’avoir violée, avoir éjaculé sur sa jambe et sa chemise de nuit, Weinstein a conclu par un trait d’esprit des plus sordides : "J’ai un timing impeccable."  L’indigence morale de cet homme ne relève pas du cas d’espèce et nous nous interrogeons sur les motivations profondes qui poussent certains hommes à se comporter comme des Weinstein. 

Ces affaires de harcèlement et de viol n’ont-elles pas d’autres fondements que le désir de sexe ?

Ne doit-on pas y voir l’expression d’une volonté de domination totale sur la femme ? Si l’on ajoute aux allégations d’agression, l’intention d’humilier et la volonté d’organiser un contrôle par une surveillance à postériori des victimes (nous savons que Weinstein engageait des agents du Mossad pour faire pression sur les victimes manifestant la moindre velléité de rébellion), il appert que l’enjeu du pouvoir est bien réel.

Pour bien comprendre le type d’ascendance que ces hommes recherchent, il est nécessaire de prendre en compte le narcissisme de genre qui les habite. Nul doute qu’ils considèrent l’homme de façon stéréotypée, comme naturellement dominant, supérieur, agressif et qu’ils rejettent toute idée d’égalité homme-femme. L’exubérance, l’arrogance de leur masculinité ne cherchent au fond qu’à entériner le dogme préhistorique de la primauté physique de l’homme sur la femme. D’une façon assez simpliste, ils associent leur pouvoir de coercition de certaines femmes à la capacité fantasmée de les soumettre toutes.

Les violences sexuelles ont le même dessein que les violences domestiques, le harcèlement, la discrimination professionnelle et l’ostracisme religieux : forcer les femmes à la soumission.

En observant l’histoire du genre humain, au moins depuis le début des grandes civilisations, on s’aperçoit, quelles que soient les époques et les lieux, que les hommes ont cherché à exercer un contrôle sur les femmes, à les dominer, les soumettre. Ils se sont constitués un catalogue d’outils coercitifs prenant la forme de dispositions législatives, de codes moraux et de force physique. Mais quel est le moteur profond de cette volonté de domination, de contrôle, qui prend le plus souvent des formes agressives ? 

Si plusieurs hypothèses peuvent être avancées, il est certain qu’une seule pourra être retenue comme valable. Les violences subies par les femmes ne sont pas l’apanage d’une société particulière, d’un groupe ethnique spécifique, d’un ensemble social déterminé, d’un pays plus qu’un autre, ces violences se retrouvent partout dans le monde et dans toutes les strates de la société. Compte tenu de l’universalité de ces violences, seule une loi universelle pourrait expliquer le phénomène et ses diverses formes d’expression.

Certains chercheurs se sont attachés à démontrer que des facteurs biologiques, comme un excès de testostérone, l’hormone mâle, ou un déséquilibre en sérotonine pouvaient être à la source de ces violences. Si tel était le cas, comment expliquer le comportement des hommes qui n'expriment leur violence qu'au sein du foyer et jamais en dehors?

D’un point de vue sociologique, la violence des hommes à l’égard des femmes prendrait racine dans une matrice de socialisation qui formate les hommes pour le pouvoir et l’autorité, et les femmes pour la soumission et la passivité. La sexualisation des rôles imposerait donc aux hommes d’occuper une position dominante, contraignant ceux qui n’y parviendraient pas naturellement à recourir à la force et la violence. Mais alors comment expliquer les cas de maltraitance qui impliquent des hommes de pouvoir, des hommes en position de domination établie ?

Une autre hypothèse se fonde sur l’historique de l’homme violent qui aurait lui-même subi des sévices dans l’enfance. Il est vrai que les traumatismes hérités de cette période sont susceptibles de générer des comportements agressifs à l’âge adulte. Cela étant, quid des hommes violents qui n’ont pas de vécu de ce type, et quid de ceux qui ont été maltraités mais qui à l’âge adulte ne manifestent aucune violence ?

La théorie de l’apprentissage social, qui veut que les comportements violents s’acquièrent par mimétisme et se développent dans un contexte social où ils sont valorisés, ne paraît pas non plus pouvoir expliquer l’ensemble des situations. On comprend qu’un garçon élevé par un père violent ait une organisation intra-psychique qui légitime l’agressivité comme mode de fonctionnement relationnel. Mais dans cette hypothèse, la violence ne s’exprimera pas qu’à l’égard des femmes et toutes les situations génératrices de tension trouveront leur résolution dans la violence. 

La remise en cause du système patriarcal qui a conduit à une crise de la masculinité et parallèlement à l'émancipation des femmes, pourrait être avancée comme explication. Cependant, il est toujours dans le monde des pays où le patriarcat est solidement ancré, notamment au Moyen Orient, et ce ne sont pas dans ces contrées que les femmes sont les moins sujettes à la violence. 

Reste donc l’hypothèse sexologique qui met en relation les violences faites aux femmes et la peur masculine de la puissance érotique féminine.

Sexuellement, la nature n’a pas gâté les mâles. Le phallus censé symboliser leurs puissance et virilité est en fait terriblement fragile et vulnérable. Sur le terrain sexuel, le jeune homme va se découvrir une faiblesse qui réfutera ce que le culturel lui a enseigné, il n’est pas l’être tout-puissant qu’il croyait. Il doit brutalement composer avec une perspective qu’il n’avait pas imaginée : l’impuissance. Momentanée à la suite du coït ou durable dans le cas de troubles érectiles, cette impuissance va saper les fondements de sa construction psychique qui repose sur le concept de sexe fort. En prenant conscience de la précarité des ses capacités sexuelles, il réalise qu'il lui sera impossible de rivaliser avec le potentiel de jouissance des femmes. Dans la sphère de l’intime, il est et restera le sexe faible. On se demande alors si ce sexe défaillant qui détruit l’illusion de la suprématie masculine n’est pas à l’origine de la haine, de toutes les violences et tentatives de soumission dont les femmes sont sujettes. 

La violence, qu’elle soit physique, psychique ou sociale, est toujours un aveu de faiblesse mais pour certains hommes elle est le seul moyen d’entretenir le mythe de la toute-puissance masculine. Le viol est, à n’en pas douter, la plus terrible preuve de l’indigence sexuelle et orgasmique masculine. Nier le droit au consentement n’est que l’expression d’un refus de la relation égalitaire, dans laquelle la femme pourrait revendiquer un droit à la jouissance. Pour ne pas mettre en jeu sa virilité, sa puissance, sa dominance donc son pouvoir, la meilleure stratégie de l’homme n'est-elle pas d’éviter la confrontation avec un réel susceptible de révéler sa fragilité ? Le viol entretient le fantasme de l’inaliénabilité du pouvoir, de la puissance des hommes. Au-delà du caractère sexuel de l’agression, c’est bien la notion de domination qui est en jeu. 

Au regard de l’affaire Weinstein et de celles qui ont suivi, la question qui se pose concerne les motivations qui poussent des hommes de pouvoir à manifester des comportements agressifs envers les femmes. On pourrait supposer qu’ils n’ont rien à prouver, puisque dans le cercle public ils sont reconnus comme dominants. Cependant, c’est sans doute chez eux que la distorsion entre la réalité publique et le réel intime est la plus violente et la plus intolérable. 

Cette haine des femmes serait-elle autre chose que la manifestation de l’aversion de l’homme pour ses propres déficiences ? 


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