Sphère sociétale

Maïa Mazaurette et la porno-prostitution

Maïa Mazaurette et la porno-prostitution

Pour Maïa Mazaurette, comme pour l'establishment intersectionnel du féminisme et ses soutiens associatifs, la pornographie serait dans certains cas, une forme d'art pratiqué par des "performeuses" et certainement pas de la prostitution filmée. Quant à la prostitution, elle serait à distinguer de l'esclavage sexuel au risque de "victimiser l'ensemble des travailleur/ses du sexe".

Maïa Mazaurette et la porno-prostitution

Maïa Mazaurette, c'est un peu la marotte "sexperte" des médias mainstream.

Écrivaine, blogueuse et chroniqueuse sexo du journal Le Monde, Slate, et l’émission Quotidien animée par Yann Barthes, Maïa Mazaurette est un peu la marotte "sexperte" que s’arrachent les médias mainstream. Journaliste de formation, elle a rejoint au début des années 2000 les équipes de Playboy, période durant laquelle elle déclare au web magazine "Art de séduire point com", avoir fréquenté clubs échangistes et BDSM. Maïa Mazaurette anime également une chronique sexo hebdomadaire sur France Inter et donne des conférences retransmises sur des plateformes comme Youtube ou Dailymotion, toujours sur le thème de la sexualité. Pour l’essentiel, on retient un ton léger, décomplexé, un air fripon et une personnalité pimpante qui lui valent un succès certain auprès du grand public.

Dans cette même interview donnée au média "Art de Séduire point com", Maïa Mazaurette se déclare "féministe radicale nuancée", ce qui du point de vue sémantique est un contre-sens et revient à un féminisme intersectionnel, qui est à peu près tout sauf radical et lequel par un abus de langage, se déclare "pro sexe" (le féminisme radical n'est pas anti-sexe). Et en effet, la chroniqueuse en adopte très clairement les positions en matière de pornographie et de prostitution. Comme le Strass, ses lobbyistes et sympathisants, M.M se fait le porte-voix d’une poignée de femmes clamant à qui veut les entendre, qu’elles vendent leurs services sexuels par "choix" et avec bonheur. Cet argument nous l'avons traité et en avons démontré la relativité en nous appuyant sur les travaux de la Docteure Muriel Salmona.

Pour Maïa Mazaurette, comme pour l'establishment du segment intersectionnel féministe et ses soutiens associatifs, la pornographie serait finalement dans certains cas une forme d'art, pratiqué par des "performeuses" et certainement pas de la prostitution filmée. Quant à la prostitution, elle serait à distinguer de l'esclavage sexuel au risque de "victimiser l'ensemble des travailleur/ses du sexe" et il est vrai que sous ce vocable, sont rassemblées toutes sortes de prestations sexuelles, masseuses, streap-teaseuses, dominas BDSM au Camgirls.

Quoi qu'il en soit, les ultra-minorités revendicatrices dont Maïa Mazaurette se fait la défenseure, affaiblissent la valeur des témoignages des survivantes dont la majorité reconnaissent le caractère relatif du choix qui fut un temps le leur, de consentir à des actes sexuels contre paiement. 

Écouter les survivantes v/s écouter les "principales concernées".

C'est la dichotomie récurrente qui pervertit le débat sociétal actuel autour de la porno-prostitution. Les activistes ultra sonores, notamment du STRASS et consorts, nous somment d' "écouter les concernées", mais pour eux comme pour Maïa Mazaurette, ces concernées sont les personnes déclarant se prostituer librement, quel que soit le sens de ce mot.

En France, 62% de la prostitution s'exercerait sur internet, 30% dans la rue et 8% "indoor" (salons de massage, bars...) Les dernières études à disposition font état de 30 000 à 50 000 personnes en situation de prostitution dont 85% sont des femmes, 10% des hommes et 5% des transgenres. Selon les chiffres rapportés par les forces de l'ordre, 1 022 personnes victimes du proxénétisme et de recours à la prostitution de mineurs ont été identifiées. La quasi-totalité d'entre elles sont des femmes, la moitié sont françaises et un quart sont mineures. Peut-on alors s'arrêter à ce chiffre - 1 022 personnes - pour décréter que "l'ensemble des travailleurs/euses du sexe" dont il est question dans le tweet de M.M, donc les quelques 20 000 restants/es ne doivent pas être considérés/es comme victimes de la prostitution ? Les principales concernées ne sont-elles pas (aussi) les survivantes que des nécessités économiques extrêmes, souvent induites par les effets dévastateurs de psychotraumatismes ont conduit à entrer en situation de prostitution ?

[...]On retrouve dans toutes les études chez les personnes en situations prostitutionnelles des antécédents de violences avec de multiples violences exercées le plus souvent depuis la petite  enfance : maltraitance 59%, agression sexuelles dans l’enfance de 55% à 90%, étude de Mélissa  Farley en 2003 (dans 9 pays et 854 personnes prostituées) :  63% avec en moyenne 4 auteurs pour chaque enfant), la majorité des situations prostitutionnelles débutent avant 18 ans (moyenne 13-14 ans) le taux d’antécédents de violences sexuelles retrouvés chez les personnes prostituées est extrêmement  important et le lien entre violences sexuelles subies pendant l'enfance et entrée en prostitution est évident[...] (1)

L'honnêteté intellectuelle dont Maïa Mazaurette reproche la carence aux radfems (féministes radicales dont elle se réclame ne l'oublions pas) alors qu'en l'espèce, elle en manque cruellement, eut été de revoir sa copie "nuancée" quant à la victimisation d'un sous-ensemble ostentatoire et surreprésenté par les médias, alors que la majorité des femmes sexuellement exploitées se trouve à la fois invisibilisée et amalgamée à lui. 



Pornographie, prostitution, deux faces d'une même pièce.

La "sexperte" du Monde et de Quotidien affirme donc sur Twitter que la pornographie n'est pas de la prostitution filmée au motif qu'il n'existe pas de transaction financière entre les protagonistes : "tout faux !" Et d'un simplisme confondant. Les protagonistes sont les actrices/acteurs et les pornographes. Il y a donc bien transaction financière. Comme pour la prostitution de rue ou quel que soit son lieu d'exercice, l'activité porno est loin d'être toujours un choix éclairé chez toutes les "performeuses qui s'en tirent très bien". Et c'est bien ce que Marguerite Stern, militante FEMEN, a vainement tenté d'intégrer au logiciel intellectuel de la chroniqueuse.


Car il a été largement démontré que si certaines femmes consentent à cette activité, leur choix est généralement motivé par une nécessité économique et/ou, plus souvent qu'on ne le croit, par de sournois mécanismes psychiques induits par un psychotraumatisme. La dissociation psychique qui résulte d'une sécrétion de neurotransmetteurs "morphine-like" et "kétamine-like" est à la fois la cause et la conséquence de l'activité prostitutionnelle, ce dont témoigne un très grand nombre de survivantes de la prostitution. Dans les contextes de la porno-prostitution, il est évident que le cercle vicieux est total puisque les effractions physiques et psychiques sont permanentes. La sexperte Maïa Mazaurette a-t-elle seulement pris la peine de creuser autre chose que le fond du pot de la mélasse servie par les lobbies proxénètes avant d'en "remettre une couche" ?


Et la machine est bien rodée, Maïa Mazaurette le sait. Elle ne prend aucun risque à traverser ce qu'elle appelle le shitstorm des féministes radicales qui lui mettent le nez dedans. Comme les "pornstars épanouies" et les "prostituées heureuses", invitées privilégiées des plateaux de télévision, sa petite entreprise ne connaîtra pas la crise, tant qu'elle restera dans les clous du consensus bien-pensant des promoteurs de la marchandisation du corps des femmes. Maïa Mazaurette s'inscrit dans ces discours de certaines féministes défendant l’idée que le porno comme la prostitution aiderait les femmes à s’émanciper, alors que dans les faits les deux contribuent à les transformer en objet de désir sexuel, au profit des hommes. 

Dans la prostitution il n'y a pas de "relations sexuelles", mais des transactions sexuelles en chaîne, imposées à la majorité des femmes et filles victimes des réseaux proxénètes ou en situation de vulnérabilité financière et/ou psychique. La pornographie est bien une forme de prostitution filmée (n'en déplaise à Maïa Mazaurette) et ces deux faces d'une même pièce peuvent être apparentées à des viols tarifés. Ces extrêmes violences faites aux femmes sont des féminicides différés avec un taux de mortalité 40 FOIS plus élevé que la moyenne.

1 - Pour mieux penser la prostitution : quelques outils et quelques chiffres qui peuvent être utiles - Mémoire Traumatique et Victimologie, Muriel Salmona.

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