Sphère sociétale

Morts prématurées dans l'industrie du X : non, le porno n'est pas glamour.

Morts prématurées dans l'industrie du X : non, le porno n'est pas glamour.

Morts prématurées dans l'industrie du X : non, le porno n'est pas glamour.

Non, le porno n'est pas glamour.

Les industriels du porno sont devenus des artistes de la communication. Les actrices métamorphosées en « pornstars » sont invitées sur les plateaux télé à parler dans des termes laudatifs de leur profession et débattre de sujets de société. Sans remettre en question leur capacité à formuler des analyses dignes d’intérêt, on est en droit de s’interroger sur l’image idyllique, qu’en bonnes et dociles porte-paroles, elles donnent de leur métier. Car, on le sait, prises dans la dynamique de leur carrière, ne voulant pas risquer une mise au ban des productions, elles n’ont d’autres choix que d’enjoliver à l’excès leurs expériences d’actrices. En leur permettant de sortir de l’ombre, les producteurs de talk-show font le jeu des pornographes, de leur désir de donner à l’activité porno l’apparence d’une activité bien sous tous rapports, synonyme de reconnaissance et réussite sociale. Or, la réalité est bien plus sombre. 

La profession d’actrice porno n’est pas glamour, elle est tragiquement sordide. Les conditions de tournage, les prestations demandées ont radicalement changé depuis le début des années 70. La violence des actes a pris des proportions sidérantes et si l’on en croit le psychanalyste Steve McKeown, au moins 90% des femmes qui travaillent dans l’industrie du X manifestent des symptômes de stress post-traumatique d’une nature identique à ceux qui touchent les militaires engagés dans des conflits armés ! Régulièrement, et à juste titre, les médias portent l’attention sur des faits de maltraitance animale dans l’industrie agro-alimentaire. Étrangement, les sévices que doivent supporter les actrices porno ne sont que très rarement dénoncés par les mêmes âmes sensibles. La raison ? Certainement la signature qu’elles apposent au bas de leur contrat. C’est un fait indéniable, elles ont signé, mais tous les spécialistes du sujet le savent, ces contrats ne garantissent en rien leur intégrité physique et psychologique, car la volonté du producteur de hardcore est de "casser" son actrice en lui imposant dès le premier tournage des pratiques sexuelles hors contrat. Ce que cherche un pornographe actuel, c’est du vrai, du réel, des filles violentées à la limite de la torture qui ne font pas semblant d’avoir mal, tout le talent du caméraman se résumant à la captation de la souffrance, les mascaras qui dégoulinent sur les joues, les yeux qui se révulsent sous l’effet de pénétrations buccales si profondes qu’elles déclenchent des réflexes de régurgitation. Non, le porno n’est pas glamour. 

Triste et sans appel.

L’espérance de vie d’une actrice porno est de 40 ans et nombre d’entre elles ne les atteindront jamais. Sur le modèle de la liste des féminicides commis en France et mentionnant le prénom, l'âge, et la nature de la mort des victimes, nous pourrions énoncer :

Natasha Vega, overdose, 25 ans.

Bella Blaze, overdose, 30 ans.

Olivia Lua, overdose, 23 ans.

Olivia Nova, overdose, 20 ans.

Roxy Nicole, overdose, 22 ans.

August Ames, suicide, 23 ans.

Kasey Chase, overdose, 27 ans.

Natasha Blu, suicide, 23 ans.

Angie White, suicide, 24 ans.

Violet Rain, overdose, 19 ans.

Non, le porno n’est pas glamour. Entre 2016 et 2019, 25 actrices dans leur prime jeunesse ont trouvé la mort et ce bilan partiel ne prend en compte que les décès survenus dans la sphère très restreinte des pornstars, ces quelques filles ayant réussi à s’extraire de la masse de celles qui tous les jours, se fourvoient dans l’aventure pornographique pour ne goûter que les affres des tournages de seconde zone, des gonzos nauséeux tournés à la va-vite où elles sont soumises aux pires ignominies sexuelles. La docteure Gail Dines, fondatrice et présidente de « Culture Reframed », abonde dans ce sens : « Ce que je sais, après avoir travaillé avec quantité de femmes impliquées dans l’industrie porno […] c’est qu’elles manifestent des symptômes de stress post-traumatique parce qu’elles sont régulièrement violées sur les plateaux de tournage. Le simple fait d’avoir signé un contrat n’implique pas qu’elles consentent à ce qui se passe sur le tournage. La plupart ne sont pas préparées à ce qui va leur arriver. La plupart aussi sont très jeunes, elles croient qu’elles vont devenir des stars comme Jenna Jameson. Elles ne sont pas préparées à la violence. » 

Objectivation sexuelle et syndrome de stress post-traumatique.

Non le porno n’est pas glamour, et si sa machine à propagande tourne à plein régime, professant à longueur d’interviews que les filles aiment et s’épanouissent dans ce qu’elles font, difficile d’en accepter l’idée. Dans une scène devenue banale du porno mainstream, une actrice au milieu de trois hardeurs survoltés, dopés au viagra, surjoue la jouissance ; un pénis dans la bouche, un dans le vagin, un autre dans l’anus. Après l’avoir sauvagement labourée, insultée et humiliée, ses hôtes éjaculent sur son visage leur généreuse gratification. La séance terminée, elle se relève couverte de sperme, endolorie au plus profond de son corps, psychologiquement ébranlée. Cette prestation qu’elle devra reproduire des dizaines, des centaines de fois, peut-elle sincèrement rimer avec épanouissement personnel ? On en doute, et si au cours d’un entretien elle confie sourire aux lèvres ne s’être jamais sentie aussi bien et sûre d’elle depuis qu’elle fait du porno, personne n’est dupe. Prise dans la machine à broyer de l’industrie du sexe, elle n’a d’autre solution que celle de réciter sagement sa leçon si elle souhaite se voir proposer d’autres engagements.

L'activité d'actrice porno, profondément déshumanisante, psychologiquement et physiquement destructrice, est un cas typique d'objectivation sexuelle. Selon Sandra Bartky, professeure de philosophie et des sciences du genre, l’objectivation sexuelle survient chaque fois que le corps d’une femme ou ses fonctions sexuelles, sont séparés de sa personne, réduits à l’état de simples instruments, ou considérés comme s’ils pouvaient la représenter. En d’autres termes, quand les femmes sont objectivées, elles sont traitées comme des corps qui n'existent que pour le plaisir d'autrui. Les agressions sexuelles et les viols sont les manifestations les plus extrêmes de l'objectivation sexuelle, la victime cédant sous la contrainte l'entière propriété de son corps à l'agresseur. 

Le producteur porno en se rendant propriétaire du corps de ses actrices, qu'il réduit à l'état de simple instrument de plaisir pour la gratification sexuelle de ses clients, ne fait pas autre chose que les objectiver. Le corps de la hardeuse devient, pour les besoins d’un commerce, un corps marchandise dont on use et abuse à l’envie, il n’y a pas débat. L’expérience porno est une expérience émotionnelle traumatisante, une expérience d’objectivation sexuelle qui, comme le confirme la docteure Gail Dines, s'apparente au viol. Lorsque l’on sait que 80% des victimes de ce type d'agression vont manifester un SSPT (syndrome de stress post-traumatique), il serait aberrant de prétendre que les actrices X puissent ne souffrir d’aucun trouble psycho-traumatique.

Les conséquences d’un SSPT sont connues et mises en évidence par plusieurs études, notamment celle de Chilcoat et Bresseau « Investigation of casual pathway between SSPT and drug use disorders ». En plus d’établir un lien clair entre syndrome de stress post-traumatique et toxicomanie, les auteurs de cette étude en ont identifié la raison : soulager les souvenirs traumatiques et les autres symptômes douloureux liés au SSPT. Si les produits stupéfiants et l’alcool sont consommés comme anesthésiants, le suicide est aussi un moyen pour les victimes d’agression sexuelle de remédier à leur mal-être. Les causes de mortalité dans la population des jeunes actrices porno étant principalement l'overdose et le suicide, comment ne pas affirmer qu'elles souffraient toutes de SSPT directement en lien avec leurs activités ? 

Non le porno n’est pas glamour, il en est même l’antithèse. Les producteurs de X peuvent couvrir de strass, de paillettes et d’oscars leur business lors des grandes kermesses du sexe, il n’en demeure pas moins tristement sordide et criminel. La kyrielle des "pornstars" ayant trouvé prématurément la mort nous rappelle cette terrible phrase d’un magnat du porno mainstream : « Le porno détruit les femmes, c’est pour ça que nous l’aimons. » Tout est dit.

Poster un commentaire

Dans la même thématique

Osphères c'est avant tout...

Une information fiable, objective et diversifiée

Une approche décomplexée, éthique et responsable de la sexualité et de l’érotisme

Un espace privilégié de rencontres et d'échanges

Un univers où prévalent les principes de respect, de courtoisie et d’ouverture.

X