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Non le viol n’est pas un sujet commercial !

Non le viol n’est pas un sujet commercial !

Non le viol n’est pas un sujet commercial !

De plus en plus de films basent leurs scénarios sur le thème du viol dans un but purement commercial. On dit stop !

Si la violence sexuelle et le viol sont devenus des thèmes porteurs dans le cinéma mainstream, le cinéma d’art et d’essai et les productions indépendantes lui ont largement ouvert la voie. Polanski, Lars von Trier, Bertolucci ou encore Michael Haneke ont construit leur carrière à la faveur de films exploitant la thématique de l’agression sexuelle. Certaines séquences comme celle, emblématique, du film de Bertolucci, Le dernier tango à Paris, ont pris une place à part dans la mémoire collective, répugnante pour les uns, extraordinaire de liberté créatrice pour les autres, mais dont rétrospectivement on peut affirmer qu’elles ont ouvert un champ à l'exploitation commerciale de la violence sexuelle.


Dernier tango à Paris - Le viol de Jeanne

Selon les aveux de Bertolucci, le viol  par sodomie de Jeanne, incarnée par Maria Schneider, s’il était simulé, n’en était pas moins une véritable agression, un quasi viol, conçu comme tel par Brando et Bertolucci pour obtenir une réaction de femme et non d'actrice, "Parce que je voulais sa réaction de fille humiliée, par exemple lorsqu’elle hurlait non, non !” dira le cinéaste italien. Le film de Lars von Trier, Breaking the waves, où l’actrice Emilie Watson endosse le rôle de la victime sacrificielle, s’infligeant des supplices sexuels pour délivrer son homme de la paralysie, est-il autre chose qu’une allégorie qui entend faire comprendre que la femme doit racheter sa faute originelle par la souffrance pour la rédemption de l’humanité ? Quoi qu’il en soit, Breaking the waves reste un monument de fascination des violences faites aux femmes et un symbole de l’ostensible allégeance des producteurs à leur potentiel commercial.

Si ces films ont marqué de leur empreinte ostentatoire l’histoire du cinéma, il en est d’autres, passés plus inaperçus, qui ont traité le sujet du viol avec toute la gravité qu’il impose, sans arrière-pensées commerciales. Dans cette veine, on trouve l’excellent L’amour violé de Yannick Bellon, fille de la photographe Denise Bellon, un quasi film-documentaire qui n'utilise pas le viol comme prétexte mais comme moteur de réflexion sur la violence physique, morale et psychologique d’une agression sexuelle. Les insultes, les coups, les larmes, les cris de détresse, la brutalité de l’acte sont montrés dans leur dimension crue, sans effets de lumière et de mises en scène trop raffinés, pour nous faire sentir avec force réalisme l’horreur d’une âme et d’un corps blessés, souillés, salis à jamais.

Il est possible que des productions encensées comme Baccalauréat de Cristian Mungiu, primé en 2016 à Cannes et Le client de Asghar Farhadi, primé en 2017, soient aujourd’hui, compte-tenu du contexte, l’objet de virulentes critiques. Dans le premier, une jeune lycéenne est victime d’une tentative de viol et dans le second, c’est une femme mariée qui est agressée. Dans les deux cas, la focale n’est pas mise sur les traumatismes subis par les victimes, qui restent des aspects marginaux, secondaires du propos des cinéastes, mais sur le père de la première et le mari de la seconde pris dans une quête de justice pour laver on se sait quel affront.

La lutte des femmes contre le harcèlement sexuel qui, au travers de plusieurs mouvements a forcé l’attention sur la partie toxique des relations de pouvoir, mériterait que les cinéastes s’attaquent au problème avec un autre angle de vue.

Le réalisateur américain, Francis Lawrence, ouvrira peut-être cette nouvelle ère avec son dernier long métrage, Red Sparrow. Si le viol est un élément clé du film, le cinéaste a voulu démystifier l’image du violeur et qu’attention soit portée sur la victime, au moins dans un premier temps du scénario. Mais l'on est encore loin de ce qu’on aimerait voir sur les écrans, à savoir la dimension individuelle et personnelle des conséquences d’un viol. Montrer une scène d’agression sexuelle sans en explorer les suites pour la victime ne doit pas plus longtemps être considéré comme suffisant, et il serait réconfortant que les artistes de l’image utilisent la puissance de leur médium pour faire avancer les consciences. À cette heure cependant, les violences faites aux femmes restent un fonds de commerce apprécié des cinéastes soucieux de faire le buzz. Lors du dernier festival de Berlin, plusieurs films : Garbage, My Brother’s Name is Robert, Unsane ou encore Lemonade, ont présenté de longues scènes d’agressions physiques ou sexuelles qui ne semblaient avoir d’autre but que celui de choquer pour choquer. Dans le genre, la palme reviendra à Human, Space, Time and Human, le dernier film du Coréen Kim Ki-Duk aussi présenté à Berlin et qui n’est qu’une longue litanie de viols sans le moindre intérêt.

Aujourd’hui, la violence sexuelle ne peut être simplement un prétexte, un élément dramatique liminaire, comme dans Wind River ou Three billboards, pour construire un scénario. L’époque réclame autre chose que des machines à cash, elle attend plus d’implication, de conscience et l’on espère que les réalisateurs oserons un discours cinématographique critique des violences sexuelles et nous ferons comprendre par la maîtrise de leur art, la souffrance des femmes violentées.

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