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Octobre rose, le dépistage généralisé est-il efficace pour lutter contre le cancer du sein ?

Octobre rose, le dépistage généralisé est-il efficace pour lutter contre le cancer du sein ?

AVERTISSEMENT : cet article ne traite pas des mammographies de diagnostic individuelles prescrites par un médecin ou dans le cadre du suivi post-traitement d'un cancer, ou toute autre raison médicalement.

Octobre rose, le dépistage généralisé est-il efficace pour lutter contre le cancer du sein ?

Octobre rose et mammographie de dépistage, quelle balance bénéfice/risque motive cette journée mondiale de lutte contre le cancer du sein ?

Chaque année, le 1er octobre marque le lancement de la campagne #OctobreRose destinée à lutter contre le cancer du sein. Le dépistage organisé concerne toutes les femmes de 50 à 74 ans qui sont invitées à utiliser le coupon reçu de leur Caisse Primaire pour bénéficier d'une mammographie prise en charge à 100%. La mobilisation massive autour de cet évènement laisse à penser que seul le dépistage généralisé permettrait de lutter efficacement contre le cancer du sein. Cet examen, qui est réalisé par mammographie et prescrit tous les deux ans, sauverait des vies grâce à la détection précoce de tumeurs. Selon cette campagne, un cancer dépisté tôt, serait plus facile à soigner, mais qu'en est-il réellement ?

Il n'existe pas un type de cancer du sein, mais plusieurs, tous différents.

L'histoire naturelle d'une maladie est la description de ses étapes, son évolution telle qu'elle serait en l'absence de tout traitement. On a longtemps pensé que le cancer était un amas de cellules anormales d'abord petit, puis qu'il grossissait, progressait de façon inexorable pour produire ensuite des métastases et conduire fatalement le patient à son décès. Mais les cancers peuvent être petits ou grands, avec ou sans métastases.

Les métastases sont des tumeurs formées à partir de cellules cancéreuses qui se sont détachées de la tumeur première, puis diffusées dans l'ensemble de l'organisme, impactant ainsi d'autres organes. Tous les cancers n'ont pas la même vitesse de progression et présentent un éventail de possibilités tout à fait imprévisible. Un cancer peut être rapide, lent, très lent ou encore dormant. Les patients atteints d'un cancer très lent peuvent mourir de vieillesse ou d'autres maladies avant d'en être impactés. Un cancer peut être progressif, il se manifestera par des symptômes qui conduiront la patiente à consulter. Elle recevra alors un traitement en temps et en heure.

Le cancer rapide n'est pas détecté par le dépistage car il se développe en quelques semaines ou quelques mois, entre deux mammographies. Ce sont pourtant ces cancers que l'on voudrait éradiquer grâce au dépistage mais leur rapide évolution ne le permet pas ou que très rarement. Il sont nommés cancers de l'intervalle.

Les cancers dormants qui stagnent ou parfois régressent eux, sont détectés par le dépistage mais sont traités inutilement car il n'auraient pas mis en danger la patiente. Le cancer qui évolue lentement ou très lentement sera également détecté inutilement par le dépistage. Pour les cancers progressifs qui se seraient manifestés par un symptôme, le dépistage ne fait qu'anticiper leur détection et leur traitement. Avec le dépistage reconduit tous les deux ans, ce type de cancer sera bien détecté par la mammographie et probablement traité avec succès. Si la patiente ne s'était pas soumise au dépistage, ce cancer progressif aurait fini par provoquer des symptômes et on aurait eu le temps, à ce moment-là, de le traiter. Ces symptômes peuvent être une boule, une déformation autour du sein, un creux, une bosse, une rétraction mamelonnaire, un écoulement sanglant du mamelon, une rougeur inexpliquée.

Le cancer progressif a besoin d'une, voire plusieurs décennies avant de produire des métastases. Non dépisté, il sera simplement traité un peu plus tard avec le même succès. En effet, des études comparatives entre des groupes de femmes dépistées et non-dépistées ne montrent pas que ces dernières survivent plus longtemps ou souffrent moins.

Alors pourquoi tant de bruit autour d'Octobre Rose ? Étudions objectivement les faits, les chiffres, les résultats des études scientifiques menées sur la question de l'utilité des campagnes de dépistage organisé, massivement promu via l'évènement Octobre rose et réalisé par mammographie.

Qu'est-ce qu'une mammographie ?

Une mammographie est une radiographie des seins, en principe indolore, qui dure environ 15 minutes. Pour obtenir une image de l'intérieur du sein sous tous ses angles, il est nécessaire de procéder à une coupe horizontale, puis latérale. Le sein est alors comprimé entre deux plaques de verre afin d'en diminuer l'épaisseur. Cette technique peu agréable pour certaines femmes, est utilisée pour éviter qu'une trop grande quantité de rayons X ne traverse le sein et obtenir des clichés de qualité optimale (4 au total, soit 2 par sein). Une fois la mammographie terminée, le radiologue procède à un examen clinique des seins et des aisselles (vérification de l'aspect de la peau, des mamelons, palpation, recherche de ganglions suspects).

Dans le cadre d'une campagne de dépistage organisé, le radiologue donne à la patiente les résultats d'une première lecture de sa mammographie. Puis, une seconde lecture obligatoire sera effectuée par un confrère afin de réduire le risque d'erreur de diagnostic. Les résultats de l'examen seront ensuite communiqués sous quinze jours au médecin traitant ou au gynécologue de la patiente qui recevra les clichés par courrier après la seconde lecture. Si la mammographie révèle une anomalie, des examens complémentaires seront prescrits (échographie, IRM, ponction ou biopsie) afin de déterminer la nature d'une éventuelle tumeur. Et c'est généralement là que les choses se compliquent .

De l'utilité réelle de la mammographie.

Avec tous les efforts déployés par les grands médias, le Ministère de la santé, les associations en ".gouv", le milieu artistique engagé, qui oserait remettre en question l'utilité du dépistage organisé du cancer du sein ? Quel genre de pisse-froid rejetterait un examen totalement gratuit qui prétend sauver tant de vies ? En théorie, personne, et surtout pas les femmes. Mais la mammographie sauve-t-elle réellement des vies ? Tout ce ramdam organisé, marches, concerts, courses roses, rubans roses, exhibitions de "seins célèbres" pour la bonne cause à l'occasion du mouvement Octobre rose, est-il fondé scientifiquement, voire même éthiquement ?

Balance bénéfices/risques : quand le doute s'installe.

Cancers du sein, lesquels sont mortels ?

Nombre de sites scientifiques de référence interrogent l'efficacité réelle du dépistage organisé du cancer du sein, présentant un bilan des plus médiocres quant aux résultats attendus et un autre, des plus noirs, auquel on ne s'attendait pas : des surdiagnostics massifs et leur cohorte de dommages directs ou collatéraux, dont les sur-traitements.

La plupart des cancers du sein sont curables et ne conduisent pas à une mort certaine, beaucoup disparaissant même spontanément. La majorité des tumeurs découvertes lors d'un dépistage sont asymptomatiques et le resteront, d'autres évolueront lentement vers une maladie symptomatique en raison de la longue durée de leur séjour dans le sein (toujours sans signes cliniques). Si ces tumeurs sont "petites" au moment du diagnostic, ce n'est donc pas parce qu'elles sont récentes et "prises à temps", mais parce qu'elles n'évoluent pas et souvent, elle n'évolueront jamais.

Pour preuve, une étude australienne réalisée par BMC Cancer, intitulée Prevalence of incidental breast cancer and precursor lesions in autopsy studies: a systematic review and meta-analysis, concernant des autopsies réalisées sur les seins de femmes décédées par accident ou autres maladies sans rapport avec le cancer du sein, a révélé que 2 femmes sur 10 présentaient des lésions cancéreuses ou inquiétantes qui, si elles avaient été détectées par mammographie, auraient donné lieu à un traitement radical.

En revanche, il existe des cancers à fort potentiel métastatique qui se développent rapidement. Leur détection avant la dissémination des métastases n'est possible que dans un temps très court, rarement au moment d'un dépistage (cancers de l'intervalle) et lorsqu'elles sont détectées, ces formes agressives et rapidement évolutives sont souvent déjà avancées. Ce constat nous permet de mieux comprendre dans quelle mesure une grande quantité d'études des plus sérieuses dont certaines récentes, ont révélé que le dépistage organisé ne contribuait pas à diminuer le nombre de décès par cancer du sein. Mais ce n'est pas l'unique raison de l'actuel constat d'échec. Une étude publiée en 2005 par le New England Journal of Medicine, confirme que 30% des cancers chez les femmes de 40 ans ne sont pas détectés par les mammographies de dépistage. Une autre étude réalisée par le NIH (National Institute of Health), révèle que 10% des tumeurs malignes chez les femmes de plus de 50 ans ne sont pas dépistées par les mammographies. Par ailleurs, une étude suédoise(2) menée sur 60 000 femmes a démontré que 70% des tumeurs détectées par mammographie n’étaient pas des tumeurs !  

Mammographie de dépistage : quels risques pour la santé ?

Si un nombre grandissant de médecins alertent, non seulement sur l'inutilité des mammographies de dépistage, mais aussi leurs graves conséquences sur la santé des femmes, c'est parce que les faits ont été observés cliniquement. Cet examen vivement recommandé via Octobre Rose, consistant à bombarder les seins d'une femme de rayons X tous les deux ans n'est pas sans danger. Dans certains cas, cela peut même causer des cancers radio-induits (causés par l'exposition à des rayonnements ionisants : atteinte de coronaires par irradiation, aplasie médullaire etc.) chez des femmes parfaitement saines. D’après Diana Hunt, diplômée du centre médical d’UCLA, spécialiste des rayons X, "les radiations reçues par le sein au cours d’une seule mammographie correspondent à 11,9 fois la dose absorbée annuellement par le corps entier." Imaginons la dose absorbée par une femme exposée à deux mammographies par sein chaque année sur une période de 10 ans. Pour faire image, les femmes qui ont survécu aux bombardements de Hiroshima ou Nagasaki ont absorbé 35 rads, les femmes mammographiées à cette fréquence, 20 rads.

D'ailleurs, le NCI (National Cancer Institute) a publié des statistiques qui révèlent que les mammographies peuvent provoquer chez les femmes de moins de 35 ans, 75 cancers pour 15 cancers correctement diagnostiqués. Au cours de ces quatre dernières années, on a réalisé en moyenne 19 966 mastectomies totales par an, contre 18 351 annuelles au cours des quatre années ayant précédé la généralisation du dépistage organisé (2000-2003), soit une hausse de 8,8% (4). Alors le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? En France en 2017, des médecins français ont publié une étude(3) qu'ils commentaient ainsi : 

Si le dépistage organisé s’était accompagné d’une diminution du nombre de mastectomies pour cancer réalisées en France, cette diminution devrait se traduire par une diminution équivalente des mastectomies codées dans les bases de données du PMSI. Cela ne correspond pas aux résultats observés. Au contraire, on constate une augmentation statistiquement significative des mastectomies totales ainsi que de l’ensemble des mastectomies tout type confondu.

Le dépistage s'étant surtout accompagné d'un nombre massif de surdiagnostics (environ 50%), lesquels ont donc généré des surtraitements, pouvait-il en être autrement ? Mais d'autres dommages collatéraux s'invitent dans la balance bénéfices risques des mammographies par dépistage organisé, incidences fâcheuses pourtant passées sous silence par les principaux acteurs d'Octobre rose. Parmi les conséquences d'un surdiagnostic, notons :

  • une qualité de vie altérée, voire détruite : physiquement, professionnellement, socialement, économiquement, affectivement et sur le plan relationnel ;
  • une augmentation du niveau global d'angoisse pour toutes les femmes ;
  • des surtraitements : avec augmentation du taux d'ablations des seins, chimiothérapies (toxicité additionnelle si plusieurs traitements), radiothérapies (avec leurs complications) ;
  • des symptômes de ménopause précoce dus aux traitements ;
  • la création de faux antécédents médicaux en cas de diagnostic erroné et qui détermineront le dépistage dès 40 ans.


Bénéfices des mammographies de dépistage : réinformer les femmes.

Un collectif de médecins français, nommé Cancer rose, présente une approche scientifiquement et déontologiquement responsable de la réalité du dépistage organisé du cancer du sein. Pour les professionnels de santé, les divers acteurs associatifs et les femmes concernées par l'invitation que je viens de recevoir, ces médecins militant pour une information loyale, neutre et indépendante, mènent des actions d'enseignement, réalisent du matériel d’information, des brochures téléchargeables ainsi que de courtes vidéos à destination du grand public. 

Cancer Rose est également une association à but non lucratif, qui a pour objectif de soutenir l’action du collectif, et à laquelle il est possible d’adhérer.

Conclusion

En révélant souvent des lésions qu'on aurait mieux fait d'ignorer, le dépistage semble davantage enclin à instrumentaliser la peur des femmes qu'à leur fournir un véritable moyen de lutte contre les cancers du sein. En d'autres termes, bien que chaque femme soit concernée par une maladie qui fait encore trop de victimes, et bien que l'intention de celles qui relayent assidument cette campagne sur les réseaux soit louable, l'efficacité de cette initiative laisse malheureusement apparaître une balance bénéfice/risque très loin de la justifier.



1 -  https://bmccancer.biomedcentral.com/track/pdf/10.1186/s12885-017-3808-1 

2 - https://www.cancer-rose.fr/efficacite-et-surdiagnostic-du-depistage-mamographique-aux-pays-bas-etude-populationnelle/  

3 - http://www.jle.com/fr/revues/med/e-docs/le_depistage_organise_permet_il_reellement_dalleger_le_traitement_chirurgical_des_cancers_du_seinospheres_310529/article.phtml?tab=texte 

Références article : 



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