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Pornographie : la nécessité d’un contre discours.

Pornographie : la nécessité d’un contre discours.

Pornographie : la nécessité d’un contre discours.

L’industrie de la pornographie est managée par des personnes qui ont compris qu’elles avaient tout à gagner en plaçant le débat sur le terrain du manichéisme. 

Nous serions soit pour, soit contre, nous serions pro-sexe ou anti-sexe. Le défaut de subtilité sémantique des pornographes est tout sauf un hasard. Bien au contraire, il est une arme stratégique qui tend à réduire le discours à sa plus simple expression et à néant tout effort de compréhension du phénomène pornographique. Aussi convient-il de produire des éléments de contre-discours permettant de sortir la réflexion de l’ornière tracée par les pornographes.

Pour avoir une approche circonstanciée de la pornographie, il est important, comme le souligne Marie-Anne Paveau, professeure en sciences du langage, de parler systématiquement des pornographies, car les genres et les codes se sont multipliés et continuent de le faire de façon exponentielle. Peut-être serait-il judicieux d’inventer d’autres termes pour différencier la pornographie mainstream, hardcore, androcentrée, misogyne, haineuse, des autres modes de représentation de la sexualité. Là encore, en laissant subsister la confusion, nous faisons le jeu des pornographes vindicatifs et sexistes. 

De plus, il nous semble important de distinguer la pornographie du porno. Nous devrions utiliser le mot porno pour circonscrire un type d’expression érotique, et celui de pornographie pour sa représentation visuelle. L’érotisme porno s’est fondé sur des bases précises, soumission de la femme aux désirs et plaisirs masculins et dilatation de ses orifices. Des premiers films tournés au début du 20ème siècle à ceux réalisés de nos jours, le porno, sur ses fondations inaliénables, a construit une "rhétorique" visuelle de plus en plus brutale et corruptive des rapports humains. 

Les premières pornographies présentaient des femmes faussement prudes qu’il suffisait de titiller un peu pour qu’elles se laissent aller avec délectation au stupre et à la fornication.

L’ambiance était souvent guillerette, voir joyeuse, les cunilingus arrachaient plus facilement des rires honteux que de sauvages râles de plaisir. Les orifices subissaient des pénétrations diverses et variées mais dans le respect de leur anatomie. Aujourd’hui, le concept de soumission s’est hypertrophié et a laissé place à celui de destruction. Un site américain, dont nous tairons le nom pour lui éviter toute publicité, fait sa promotion sur le slogan : "Le porno détruit les femmes c’est pour ça que nous l’aimons". Tout est dit. Quant aux orifices, on est loin du "porno à papa". Aujourd’hui, ils sont dilatés à l’extrême par de multiples fist-fuckings et certaines filles doivent être recousues en cours de tournage avant de reprendre le "travail" à grand renfort d’anesthésiants. 

Dans le porno d’hier, la nature lubrique de la femme devait être révélée par des hommes entreprenants et audacieux. Dans le porno contemporain, cette nature lubrique n’a nul besoin d’être révélée, elle est un fait, la femme est une salope, une pute, une chienne, une traînée, qui ne mérite aucun respect et doit être châtiée pour cela. Dans la vision porno hardcore, la femme est lubrique par essence. On peut se demander si la notion de péché originel, de faute primordiale, n’a pas resurgi des abîmes de la mémoire collective pour infuser l'esprit des industriels de la Pornvalley. Les pornographes se seraient-ils assignés un devoir de rédemption des pécheresses, de guérison du mal par le mâle ? 

L’idée d’une érotisation du sacrifice piaculaire ne fait pas qu’affleurer dans le porno actuel.

L’homme ne jouit plus de l’intempérance sexuelle des femmes, il jouit des punitions sexuelles qu’il leur inflige pour cette prétendue turpitude. À l’archaïsme conceptuel des malheurs de l’humanité, le porno offre une réponse archaïque, le rachat des "fautes" par la souffrance. Aucun châtiment ne semble trop dur pour l’expiation du péché de la femme corrompue, infectée de vices, et aux tourments physiques, il semble opportun d’ajouter l’humiliation, la dégradation et la honte. Les orifices coupables sont soumis à des dilatations qui ont plus à voir avec la torture qu’autre chose. Les béances démesurées qui résultent des multi-pénétrations, que le pornographe se plait à exhiber comme des trophées, ne sont-elles pas censées amener la preuve de la destruction des "voies du péché" ? 

L’érotisme porno entretien donc l’idée, appuyée par un champ lexical guerrier et criminel, que violence et sexualité vont de pair. Cette vision des rapports intimes empoisonne les relations homme-femme et tend à banaliser les violences sexuelles. Pour les défenseurs du porno hardcore, le lien entre agressions sexuelles et consommation de vidéos violentes ne peut être démontré car tout un chacun serait capable de faire la différence entre la réalité, la fiction et la fantaisie. Cela est sûrement vrai du point de vue intellectuel mais certainement pas du point de vue émotionnel. L’homme qui se masturbe et éjacule à la vue d’une femme violentée laisse s’imprimer dans sa sphère émotionnelle des schémas de jouissance dont il aura du mal à se départir et qui sans aucun doute, infecteront, à divers degrés, ses comportements sexuels réels. 

De plus, comment nier que des images, de nature sexuelle, émotionnellement puissantes, permettent d’ancrer dans le cerveau des spectateurs le message qui leur est associé ?

La publicité fonctionne sur ce principe et le renier serait tout bonnement stupide car il a prouvé depuis longtemps son efficacité. L’exposition prolongée à des contenus, associant images chocs et messages délétères, agit comme un lavage de cerveau d’autant plus efficace que le spectateur est complaisant et entièrement disposé à recevoir la propagande sexiste et misogyne des pornographes. 

En brandissant l’étendard de la libération sexuelle, de liberté d’expression, les industriels du porno maistream essaient de nous faire prendre des vessies publicitaires pour des lanternes philosophiques. À les entendre ils seraient les chevaliers héroïques de la lutte contre la censure et la moralisation. Mais leur but est purement mercantile et il serait fallacieux de leur prêter la moindre velléité libertaire. Si nous comprenons la liberté comme la faculté de faire des choix ou encore la condition de celui qui n’est pas soumis à la puissance contraignante d’autrui, il est évident que le porno de masse se pose en chantre de l’asservissement. Sa démarche est doublement liberticide. Sous la bannière de liberté sexuelle, il expose des femmes qui n’ont aucune autre liberté que celle de subir des assauts sexuels violents, des humiliations et des actes dégradants. Sous celle de liberté d’expression, il impose un érotisme standardisé, stéréotypé et dogmatique qui ne laisse aucune place à la créativité. 

N’en déplaisent aux industriels de la Pornvalley, nous ne sommes pas anti-sexe. Nous combattons la pornographie hardcore parce qu’elle est à l’image du capitalisme sauvage, sans état d’âme dès que se dessine l'opportunité "de faire du fric". Nous ne pouvons tolérer que, sous prétexte de profits juteux, des êtres humains soient traités avec moins d’égard que des bêtes d’abattoir. Nous continuerons articles après articles, à démonter le discours inepte des pornographes. Nous leur opposerons un contre-discours érotique marqué par les sceaux de l’humanisme, de l’ouverture d’esprit, de la créativité, du respect et de l’élégance.


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