Sphère sociétale

Sexualisation des fillettes et pédophilie décomplexée

Sexualisation des fillettes et pédophilie décomplexée

La lutte contre la pédophilie ne pourra aboutir tant que nous persisterons à travestir nos enfants en adultes miniatures, sexualisés et objétisés.

Sexualisation des fillettes et pédophilie décomplexée

Sexualisation des fillettes et banalisation de la pédophilie.

Pour évoquer cette dérive sociétale et ses conséquences, les médias concernés par la protection de l’enfance utilisent généralement le vocable « hypersexualisation », certainement plus accrocheur que celui de « sexualisation ». Cette hyperbole lexicale, sans doute utile en termes de communication, laisse néanmoins entendre que seule l’hypersexualisation de l’enfance serait problématique et que sa sexualisation des fillettes serait plus ou moins acceptable. Or, c'est la sexualisation stricto sensu qu'il faut combattre, car un enfant ne peut en aucun cas être objet de désir.

La sexualisation des fillettes est le fait de leur imposer, par des tenues vestimentaires et gestuelles inappropriées, des comportements de séduction propres au monde des adultes. Ce processus confusant est particulièrement prégnant dans l’univers du prêt-à-porter où la frontière entre les vêtements pour enfants et ceux pour adultes est de plus en plus floue. Inciter les jeunes filles à se comporter comme des femmes ne serait pas en soi dramatique si l’industrie des médias ne faisait la promotion d’une image de la femme toujours plus portée sur la séduction et le sex-appeal. Que ce soit dans la presse ou à la télévision, il est difficile d’échapper aux reportages, émissions de télé-réalité et publicités où les icônes féminines sont présentées de manière érotisée. Il n’est donc pas étonnant que les jeunes filles intègrent l’idée que pour réussir une femme doit être, avant toute autre chose, attractive et désirable. De facto influencées par la mode, les stars du show-biz et la pub, elles se conforment à ce qu’elles croient être le nec plus ultra de la reconnaissance sociale : le paraître sexy. 

Sexualité infantile, un monde à part.

S’il n’est pas question de nier l’existence d’une sexualité infantile, il est urgent de rappeler qu’elle se différencie en tous poins de la sexualité adulte. La notion de plaisir en termes d’orgasme et les fantasmes ne font pas partie de l’univers sexuel de l’enfant prépubère. Ce n’est qu’une fois la puberté réalisée que la recherche délibérée de jouissance et l’élaboration des premiers scénarios érotiques remplaceront les conduites instinctives d’exploration sensorielle. Et encore à ce stade, si les adolescents n’ont pas été en contact avec des contenus pornos ou régulièrement témoins de scènes de sexe entre adultes, leur conception des rapports sexuels restera basique et empreinte d’une certaine forme d’innocence. La gradation de la conscience des émotions sexuelles et de l’expérimentation « érotique » qui s’opèrent concomitamment au développement psychique et intellectuel de l’enfant, ne peuvent faire l’objet d’une accélération forcée. À l’instar de l’acquisition des savoirs intellectuels, l’acquisition des savoirs sexuels doit se faire par étapes, chacune ayant une importance spécifique dans la construction d’une sexualité du plaisir saine et épanouie.

La fashion attitude pour être "populaire".

Suivant l’avènement de la télé-réalité, le concept de star a changé de nature. Autrefois réservée à des personnalités ayant un minimum de talent pour la musique, le cinéma, ou le sport, la starification est aujourd’hui accessible à quiconque est doté d’un physique avantageux et conforme à la « fashion attitude ». Dans le contexte actuel, être fashion ou « stylé », ce n’est pas seulement être à la mode, mais comme le terme anglais le suggère, c’est aussi faire partie de l’élite et inversement ne pas l'être c’est devoir évoluer dans le camp des faibles et des « victimes ». Ainsi, dès l’entrée au collège, pour ne pas être considérés comme des « victimes » et à ce titre être ostracisés voire harcelés, les jeunes se soumettent à l’impératif de la starification, ce qui à leur niveau se traduit par le fait d’ « être populaire », c’est-à-dire d’épouser les codes vestimentaires et comportementaux de la fashion attitude. Si côté garçon le modèle de référence est le « beau gosse », côté fille c’est la « bimbo », une jeune femme, « hot », mince et sexy, qui met ses atouts en avant, joue de son physique et adopte des postures de pornstar pour attirer les regards. 


Icônes féminines de la télé-réalité.

L'adultification des collections prêt-à-porter enfants.

Comprenant que les enjeux de cour d’école pouvaient se traduire en intérêts commerciaux, les grandes marques de prêt-à-porter ont mis sur le marché des collections permettant aux jeunes filles de répondre à l’injonction de la « popularité », autrement dit de paraître plus âgées, stylées et en filigrane, sexuellement désirables. Cependant ces marques qui font l’éloge de la séduction créent un environnement dans lequel les jeunes filles se jaugent les unes les autres et en conséquence, les assujettissent à un processus de mise en valeur de leur image pouvant tourner à l’obsession ou au drame. De plus, exposées à un flot ininterrompu d’images photoshopées, d’une représentation du féminin faite de perfection illusoire, la plupart des adolescentes développent un constant sentiment d’anxiété. Mais ne nous y trompons pas, la promotion d’un modèle féminin irréel et anxiogène auquel les jeunes filles sont invitées à référer est pour les pros du marketing la meilleure façon de garantir une surconsommation de produits cosmétiques, de sous-vêtements et de vêtements de marque.


Sans commentaire.

Relayant ce que le prêt-à-porter a initié, de nombreux fabricants de sous-vêtements, proposent à une clientèle tout juste pubère, strings et soutiens-gorge à effet push-up. Qu’un premier soutien-gorge soit conçu pour être confortable et protéger la pudeur est une chose, qu’il le soit pour sexualiser la silhouette en est une autre. Quant au string, pensé pour donner aux fesses une qualité de courbe, il est tout simplement inadéquat. Si quelques marques se sont fait rappeler à l’ordre, telle « Little Miss Naughty » et ses soutiens-gorge push-up pour gamine de 8 ans, ou d’autres qui proposaient des petits tops avec le slogan « Future Porn Star », « Future Hooters Girl », les fabricants et revendeurs tentent constamment de repousser les limites de l’acceptable en encourageant les jeunes filles à s’identifier à un archétype féminin construit sur le sex-appeal, les tenues provocantes et les attitudes explicitement sexuelles.


Little Miss Naughty. Petite coquine.


Futur Hooters Girls. Hooters désigne en argot "les nichons". Make 'em drool se traduit par rendez les bandantes. 

Depuis une décennie, l’industrie de la mode s’est donc lancée dans une « adultification » des collections enfants. Les adolescentes, puis les préadolescentes et maintenant les fillettes ont à disposition des collections leur permettant de s’habiller comme des femmes. Ce qui autrefois relevait du jeu du rôle pratiqué dans l’intimité du cadre familial, souvent en cachette du regard maternel, s’affiche maintenant ostensiblement dans l’espace publique. Il est de plus en plus courant de voir des filles d’à peine douze ans déambuler nonchalamment dans les rues, en talons aiguilles, jupes courtes, chevelure travaillée, visage maquillé. Il est de surcroît terrifiant de constater que les tenues fétiches des actrices porno, tel les shorts en jean ultra courts, se retrouvent dans les garde-robes de nombre de pré-adolescentes. Entraîner les jeunes filles dans des désirs d’adulte, sans leur permettre de prendre le temps de grandir à l’abri de la pression du paraître, c’est les embarquer dans des jeux de séduction qui les dépassent, dont elles n’ont pas acquis les codes, ni les clés de décryptage. 


Quelques exemples parmi des centaines de l'adultification du prêt-à-porter enfant.

Les médias et le prêt-à-porter ne sont pas les seuls acteurs de la sexualisation des fillettes et jeunes filles. Les industries de la pop, du rock, mais surtout du rap et du R’n’B imposent la même vision sexualisée de la femme, à ce détail près qu’elle est résolument pornifiée. Il n’est nullement nécessaire de produire des études sur le sujet pour se rendre compte que dans l’écrasante majorité des clips musicaux, les femmes servent de décorum porno. Danses lascives, poses suggestives, simulacres de masturbation, tout un système de représentation axé sur l’objectivation sexuelle dans lequel les jeunes filles sont entraînées et duquel elles peuvent difficilement s’extraire. 


La référence et les attitudes mimétiques.

Les poupées "Bratz Doll". 

Si l’industrie de la mode et de la musique s’emploient à la sexualisation des jeunes filles dès la préadolescence, celle du jouet vise plus directement les fillettes. C’est ce que l’on a observé lors de la commercialisation, au début des années 2000, d’un nouveau type de poupées-mannequins, les « Bratz Dolls ». Arborant un style fashion sexualisé, composé de jupettes et shorts très courts, de talons aiguilles, de cuissardes et de bas résilles, la Bratz Doll prend la pose en mode shooting photo. Maquillée de façon outrancière et présentée parfois dans une version « pornstar », cette poupée n’a rien de l’innocente Barbie. Alors que son aînée représentait une femme prude et pondérée, la Bratz Doll est clairement une ado effrontée à laquelle les fillettes s’identifient aisément et ce d’autant plus que la marque propose de multiple accessoires leur donnant l’opportunité d’en créer une version personnalisée. Le succès commercial de cette poupée a malheureusement fait des émules parmi les fabricants de jouets banalisant dangereusement la sexualisation de l’enfance. 


La Bratz Doll et une de ses concurrentes.

Concours de mini-miss.

Autre cas emblématique, les concours de mini-miss. Bien qu’en 2013 le Sénat français les ait interdits sur le territoire français, dans le cadre du projet de loi sur l’égalité des femmes et des hommes, ils continuent de proliférer notamment aux U.S.A, berceau du phénomène. Ces concours essentiellement destinés aux filles, qui considèrent l’enfant comme un adulte en miniature, sont le reflet type du paradoxe pédophile. Car, supposées lutter drastiquement contre la pédocriminalité, les sociétés occidentalisées  tolèrent cependant que de toutes jeunes filles participent à des compétitions où la séduction tient lieu de critère de sélection. Présentées comme d’anodins jeux d’enfants, elles sont en réalité une manière de projeter violemment des fillettes dans un monde qui n’est pas le leur, un monde adulte avec ses composantes spécifiques, qu’elles ne peuvent appréhender à leur juste mesure et sur lequel elles n’ont aucun recul. In fine les « compétitrices » sont des victimes prématurées du système phallocrate d’objectivation sexuelle et sont instrumentalisées au bénéfice du plaisir d’adultes pernicieux. 


Concours de mini-miss.

La pédophilie décomplexée.

Ces différents exemples qui montrent comment une fraction du corps social incite délibérément les jeunes filles à embrasser des comportements sexualisés, s’inscrivent dans une dynamique d’hypersexualisation et pornification de la société. La corruption de la sexualité infantile qui tend à la mettre sur le même plan que la sexualité adulte participe au développement de la pédophilie décomplexée. L’industrie du porno propose depuis longtemps des contenus sur le thème « barely legal », dans lesquels des actrices présumées majeures, mais présentant un physique d’ado prépubère, sont livrées en pâture à des hardeurs surdimensionnés. Dans l’univers glauque du dark net, le hurtcore, une pédopornographie extrême essentiellement centrée sur les agressions, viols, tortures, mutilations et meurtres d’enfants, ne cessent de prendre de l’ampleur. Si le nombre de sites hurtcore est difficile à déterminer du fait de l’opacité du dark net, il a été établi que les plus visités d’entre eux comptabilisaient environ  400.000 clics par jour. Au Japon, plusieurs sociétés spécialisées dans la production de sex-dolls offrent à leur clientèle la possibilité d’acquérir des modèles enfants. Alors que le Royaume Uni et le Canada en interdisent l’importation, l’Europe et spécialement la France ne se sont toujours pas opposé formellement à cette commercialisation. D’ailleurs Amazon et Cdiscount en vendaient encore au début du mois d’Août, et ce n’est que suite à la mobilisation de plusieurs associations de protection de l'enfance qu’elles ont été retirées de la vente. Sur le site de Jeff Bezos on pouvait lire : «  Des poupées pour satisfaire le désir des hommes, avec un toucher sans différence par rapport à la vraie chair. Réalistes poupées, vierges, vaginales et anales, à poitrine plate pour améliorer le plaisir maximum des hommes ». Sur Cdiscount il était fait mention de « Poupée de Sexe Réaliste Gros Seins. Poupée d’Amour pour hommes »


Les poupée d'amour pour hommes.

La sexualisation de l’enfance, au vu et su de tous, dans l’indifférence générale des pouvoirs politique, législatif et judiciaire, témoigne de l’amoralité crasse de nos sociétés et, sur un méta-plan, l’hypocrisie et le cynisme insondables du patriarcat. Chaque année, au niveau mondial, des millions de jeunes filles sont agressées et détruites par des pédophiles principalement dans le cadre de la prostitution infantile, des productions pédopornographiques et de l’inceste. La lutte contre la pédophilie ne pourra aboutir tant que nous persisterons à voir et travestir nos enfants en adultes miniatures, car l’essence de la motivation, de l’excitation perverse des pédophiles se trouve dans la confusion délibérée de l’enfant et de l’adulte.

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