Sphère sociétale

Un travail comme un autre

Un travail comme un autre

"Textes de femmes prostituées" sur le site Ella.

Le réseau Ella est une organisation indépendante de défense des prostituées allemandes fondé le 1er janvier 2018 par Exprostituierten et militant pour le modèle nordique. Ella est un groupe d’action composé de femmes prostituées et impliquées dans la reconnaissance de la prostitution en tant que violence, en particulier en tant que violence sexuelle. Ce texte, signé Ana, rend compte de la dimension psychotraumatique de l'activité prostitutionnelle.

En réponse au poncif servi à l'envie par les promoteurs de la prostitution, Un travail comme un autre révèle toute la violence que représentent les humiliations, les coups, l'enchaînement des passes, et la nécessité pour les prostituées de recourir à la dissociation afin d'arriver à la supporter.


Un travail comme un autre.


Quand on est une pute, on ne peut pas tricher, parce qu’on ne vend que ses services - la marchandise que tout le monde veut.
Son propre corps.
Les hommes me veulent.
Les clients veulent mon corps.
Les clients veulent juste baiser.
Et c’est pas grave.
Parce que c’est juste un boulot.
C’est mon boulot de me laisser humilier, de me laisser frapper, de lécher les trous de cul des autres et de me laisser tripoter.
La queue doit rentrer plus profond.
Au mieux, de façon que je ne puisse plus respirer.
Parce que quand je ne peux plus respirer, il y a un moment de silence.
La connexion avec moi, mon corps et ce qui se passe à cet instant est perdue.
Je suis coincée entre gémir et bien me dissocier pendant qu’il me baise par derrière.
Toujours au moment où je me sens sûre en moi et bien loin de son appartement, je me rends compte que je ne gémis plus, et il pourrait réaliser que quelque chose ne va pas, que même je ne prends peut-être aucun plaisir.
Mais ça me fait sûrement plaisir.
C’est bien ça, mon travail.
Mais dès que je me remets à gémir, ça m’arrache de la dissociation.
Un cercle vicieux.
Je sens ses gouttes de sueur pleuvoir sur mon dos.
Dans ma tête, je suis dans un bel endroit.
Peut-être en forêt ou à la mer.
''Un lieu sécurisé'' l’appelaient-ils en psychiatrie.
Dans les situations exceptionnelles, on saisit chaque brindille.
Même si je tiens la thérapie pour une fumisterie.
Mais je veux être partout, sauf dans son lit graisseux, avec sa queue graisseuse en moi.
Lentement, je commence à compter les minutes, combien de gouttes de sueur coulent de lui à moi à la minute ?
Je veux rentrer chez moi dans mon lit.
Sous ma douche et me laver de sa saleté.
Il sort sa queue de moi et me gicle sur le dos.
Son sperme chaud et dégoûtant coule le long de moi et je prie Dieu qu’il n’ait pas touché mes cheveux. Je lui demande ce qui est arrivé à la capote, et il dit qu'elle a craqué.
Ça ne fait plus aucune différence.
Mon corps ne vaut de toute façon pas plus que ce que veut le prochain client.
Il prend une douche et je souhaite qu’il s'y brise la nuque.
Intérieurement, je vois ses os se briser pendant que j'attends de pouvoir prendre une douche aussi.
Au moins maintenant, je peux laver son sperme de moi.
Sa dernière phrase avant que je parte : ''Personne ne peut simuler autant de plaisir, je t’aime vraiment bien.''
Dans le train, je recommence à me dissocier - heureusement, personne ne me dérangera cette fois.

Un travail comme un autre.



Source : https://netzwerk-ella.de/index.php/texte/

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